Publié au printemps 1917, Nuits de guerre poursuit, sur quinze jours de récit (du 5 au 19 octobre 1914), la chronique minutieuse de l’enfer vécu par l’auteur au front. Chaque journée est évoquée sans omission, comme dans Sous Verdun, paru un an plus tôt.
Mais cette publication marque aussi un tournant capital dans la carrière littéraire de Maurice Genevoix, au moment où se joue l’attribution du prix Goncourt de 1916. Le 16 décembre, le jury couronne Le Feu de Barbusse, paru chez Flammarion à peine un mois plus tôt. Ce prix, obtenu de haute lutte, avait été stratégiquement préparé par les frères Fischer, directeurs de Flammarion : après avoir lu Le Feu en feuilleton durant l’été, ils avaient convaincu Henri Barbusse de signer chez eux, promettant l’appui de leur réseau au Goncourt – ce qui sera fait, à temps.
Mais les Fischer ne s’arrêtent pas là : dès l’automne 1916, tandis que les tractations s’intensifient, ils approchent Genevoix, l’autre favori du prix, pour lui proposer de reprendre la suite de ses récits de guerre, dans des conditions autrement plus avantageuses que chez Hachette où Sous Verdun avait paru. Pour Genevoix, jeune écrivain encore incertain de son avenir après une grave blessure, c’est une offre décisive. Elle initie une décennie de fidélité à Flammarion, jusqu’à la publication de Raboliot chez Grasset en 1925. Le contrat qui va le lier chez Flammarion est signé en décembre, et c’est aux Fischer que Genevoix peut confier ses Nuits de guerre en début d’année 1917.
Précieux bon à tirer de la maquette validée pour la couverture du livre, avec l’inscription autographe « Bon à tirer – Maurice Genevoix » et le tampon « Épreuves » de l’imprimerie Hemmerlé, daté du 3 mai 1917. L’ouvrage, publié dans la foulée, connaît le même succès que le précédent et confirme l’importance de la réception du texte et de son auteur.
Beau et historique document.

