Quatorze histoires de soldats
Publié alors que la première guerre mondiale déroule encore son long tapis d’atrocités, Quatorze histoires de soldats est un recueil de nouvelles dans lequel Claude Farrère, déjà célèbre pour ses romans exotiques et ses récits de marine, met son talent au service de la représentation du conflit. Il y donne à voir, dans des tableaux contrastés, la diversité des figures du soldat français – métropolitain ou colonial – confronté à l’héroïsme discret, à la camaraderie ordinaire ou à l’absurdité du commandement, dans ce théâtre banal qu’est la tragédie quotidienne du front.
Le livre est absent de l’ouvrage de Norton Cru, sans doute parce que Farrère est un combattant des mers, un sujet que Norton Cru a délibérément exclu de son champ d’étude. Capitaine de corvette en 1914, Farrère est affecté à l’état-major de la Flotte d’Orient, puis à des missions en Méditerranée et dans les Dardanelles. En 1917, il rejoint l’artillerie d’assaut et participe à la bataille de la Malmaison : une offensive foudroyante sur le Chemin des Dames, où 1 800 pièces d’artillerie française déversent plus de trois millions d’obus en trois jours sur un front de douze kilomètres. Farrère y commande l’un des chars du général Estienne. Sa bravoure lui vaut la Croix de guerre avec citation.
Moins engagé que Barbusse, plus réaliste que Benjamin, Claude Farrère adopte une posture de témoin lucide et respectueux. Ce recueil, injustement négligé, constitue un document précieux sur les premières représentations littéraires du conflit – à la fois dans sa réalité combattante et dans ses répercussions au-delà du front.

