L’Âme du soldat
Publié en 1917 chez Payot, maison qui jouera un rôle éditorial majeur dans la diffusion des textes de guerre, ce récit de Georges Bonnet tente de dresser un portrait équilibré du soldat français, tout en refusant les clichés de propagande. Il présente ainsi une vision plus lucide – et pour l’époque audacieuse – du soldat allemand, à rebours des caricatures habituelles :
« Dès le début, on avait décidé que l’Allemand était un déplorable soldat. Mal habillé, mal nourri, sans volonté et sans courage, il était voué à une défaite certaine, éclatante et rapide. […] On a reconnu que les soldats allemands étaient mieux organisés et mieux équipés qu’on ne le pensait. Mais ils sont restés, aux yeux de la plupart des gens, des individus totalement dépourvus de qualités. […] Tel est le portrait « classique » du « Boche » » (L’Âme du soldat, p. 52).
Ce regard plus complexe, moins nationaliste, lui vaudra une mention très favorable dans l’ouvrage de Jean Norton Cru, Témoins, qui le considère comme un témoignage de grande qualité.
La suite du parcours de Bonnet est plus controversée. Devenu député radical-socialiste en 1924, il occupe plusieurs fonctions ministérielles dans les années 1930 : ministre des Finances en 1937, puis surtout ministre des Affaires étrangères entre 1938 et 1939. Il est l’un des artisans d’une politique d’apaisement avec l’Allemagne nazie, signant à Paris le 6 décembre 1938 un accord de non-agression avec Ribbentrop. Pétainiste assumé, il vote les pleins pouvoirs au maréchal le 10 juillet 1940 et siège au Conseil national de Vichy. À ce titre, Churchill lui réservera dans La Tragédie de Munich un jugement sans appel :
« Même en dehors des sphères du gouvernement, nous étions nombreux à penser que Bonnet était l’incarnation parfaite du défaitisme, et que toutes ses habiles manoeuvres verbales rendaient un son de « paix à tout prix ». »
Exilé en Suisse à la Libération, il revient discrètement en France dans les années 1950 et tente, sans succès, un retour politique lors des législatives de 1967.
Ce volume de 1917 reste néanmoins un témoignage digne d’intérêt malgré le parcours ultérieur de l’auteur, radicalement éloigné de la posture morale de Genevoix.

