Jeune normalien, Maurice Genevoix intègre en septembre 1914 le 106e régiment d’infanterie et part combattre en Argonne, notamment à la Tranchée de Calonne : il y est grièvement blessé six mois plus tard, le 25 avril 1915 de trois balles, deux au bras et une à la poitrine. Après sept mois de soins, il rentre à Paris, rue d’Ulm et, sous les encouragements du secrétaire général de l’École normale supérieure, Paul Dupuy, avec lequel il avait longuement correspondu pendant l’enfer de ces six mois, il accepte de relater son expérience du front et publie Sous Verdun, en avril 1916. Suivront Nuits de guerre, en mai 1917, Au seuil des guitounes, en septembre 1918, La Boue, en février 1921, et enfin Les Éparges, en septembre 1923 : une oeuvre à la fois historique et littéraire qui figure au premier rang des témoignages publiés sur la première guerre mondiale.
Là où certains pouvaient reprocher aux autres « grandes oeuvres » des écrivains de guerre (Roland Dorgelès avec Les Croix de bois, Henri Barbusse pour Le Feu, Georges Duhamel avec Civilisation, pour ne citer que les principales) des excès de lyrisme ou des récits individuels plus que des expressions collectives, les récits de Genevoix décrivent avec une authenticité rarement égalée la camaraderie des tranchées et surtout l’horreur, la folie, la cruauté de la guerre, et aussi les paradoxes et les choix parfois aberrants du commandement. À tel point que Sous Verdun et Au seuil des guitounes furent amputés par la censure lors de leurs parutions.
C’est d’après un journal de route de huit mois (du 25 août 1914 au 25 avril 1915) que Genevoix composera ses huit mois de campagne ; les deux premiers volumes, Sous Verdun et Nuits de guerre, n’omettent aucun jour. « Ces cinq volumes ne sont pas cinq oeuvres différentes ; ils sont à proprement parler les cinq tomes d’une même oeuvre : la transcription et le développement du carnet de l’auteur [même si Genevoix précisera plus tard qu’ils furent aussi composés de mémoire] » Ces mots sont ceux de John Norton Cru, dans la présentation qu’il fait de l’auteur dans son ouvrage Témoins, publié en 1929, et qui présente les cinq récits de guerre de Genevoix ; et d’ajouter : « (…) Parmi les auteurs de la guerre Genevoix occupe le premier rang, sans conteste. Ce n’est point-là une opinion dogmatique, ce n’est pas l’expression d’un goût individuel. (…) Il faut bien le reconnaître, et rira qui voudra, Genevoix a la génie du récit de guerre et son oeuvre est incomparable ».
Outre ces carnets de guerre, tenus au jour le jour, Genevoix utilise aussi les lettres envoyées à ses proches, à son père, à son frère René, et surtout celles envoyées à Paul Dupuy, rue d’Ulm : « Ce que je devais taire aux miens, écrit-il dans Jeux de glaces (1960), je le confiais librement à ces lettres, avec le souci d’être vrai, de partager sans retenue. »
En écrivant ses récits de guerre, Maurice Genevoix découvre aussi que l’écriture est une thérapie et une quête. Il s’essaye au roman : Jeanne Robelin est écrit en même temps que Au seuil des guitounes et la rédaction de Rémi des Rauches est parallèle à celle de La Boue. C’est cette dernière oeuvre qui, selon ses propres dires, fait de lui un romancier. Rappelons que Raboliot sera écrit deux ans seulement après la fin des récits de guerre (1925).
En 1949, l’auteur décida de les rassembler, en modifiant leur découpage et en apportant quelques modifications au texte original pour ne plus former que quatre récits au lieu de cinq. Ce sera Ceux de 14, « un chef-d’oeuvre absolu qui se lit comme une montée vers le sacrifice et l’horreur. Le sommet, c’est la bataille des Éparges, qui est le paroxysme de la violence, l’une des pires épreuves de 14-18 (…) en raison de leur extrême violence, du bombardement continu d’une position réduite [qui] préfigurent l’intensité de la bataille de Verdun. L’attention portée aux hommes vivants et combattants près de lui, dont plus d’une centaine sont précisément identifiés, donne une épaisseur humaine incomparable à ce texte dont la beauté littéraire a été immédiatement admirée », assure l’écrivain Michel Bernard, auteur de Pour Genevoix (La Table ronde, 2011). Huit-cents pages, pour huit mois sur le front. C’est indéniablement le témoignage le plus abondant, le plus précis et le plus exact sur l’expérience combattante.
Belle série complète ; Sous Verdun est dans la première édition d’après-guerre, imprimée quelques semaines après l’armistice. Les passages censurés y sont toujours absents, mais des corrections typographiques fixant le texte définitif y ont été portées. L’exemplaire, non coupé, est dans un strict état de neuf.
Tous les autres volumes sont en éditions originales, stricts premiers tirages sans mention ; ils portent tous l’ex-libris des « Vernelles ».
Le volume Les Éparges contient une trentaine de corrections autographes.

