Premier tome des Œuvres complètes de Maurice Genevoix.
Magnifique préface de Joseph Kessel, sous le titre « Hommage à Maurice Genevoix ». Un texte rare où s’affirment, d’un académicien à un autre, les résonances d’un même combat intérieur. Tous deux anciens combattants puis écrivains de la Grande Guerre – Sous Verdun pour Genevoix, L’Équipage pour Kessel – ils ont traversé le feu avant d’entrer en littérature. Mais ce qui frappe ici, c’est moins la fraternité d’armes que la reconnaissance, mutuelle et profonde, d’une vocation d’écrivain née de l’épreuve. Kessel, avec justesse, rejette les étiquettes faciles de « romancier régionaliste » ou de « chantre de la terre » :
« Le soldat engagé n’a pas donné naissance à un écrivain nationaliste ou à un polémiste révolutionnaire. Le romancier « régionaliste » et champêtre retiré dans sa province ne se fera pas davantage le théoricien de l’enracinement ou l’apôtre anachronique du retour à la terre. […] Maurice Genevoix a simplement reconnu, sous le choc de la guerre, la vocation que d’âge en âge, d’oeuvre en oeuvre, il s’attachera à élargir où qu’il se trouve : celle du poète de toutes les harmonies naturelles. »
Et d’ajouter, dans une lecture éclairante de Raboliot, que les chemins forestiers du roman ne sont pas si éloignés des boyaux des Éparges. La chasse, l’affût, les trajectoires dans les bois, prennent rétrospectivement la forme d’un prolongement de la guerre, transposé dans la nature, débarrassé de l’uniforme mais non du danger latent, ni de la tension vitale. C’est là, pour Kessel, que réside la grandeur de Genevoix.
De la bibliothèque de Maurice Genevoix, aux « Vernelles » (ex-libris).















