Un des 120 premiers exemplaires sur vélin pur fil, celui-ci hors-commerce (n° X).
Publié dans la collection « Les Auteurs jugent de leurs oeuvres », ce court volume – souvent négligé – est un témoignage personnel précieux. Loin d’une simple autobiographie, Jeux de glaces explore ce que Maurice Genevoix considère comme fondateur : la solitude féconde, l’enfance à Châteauneuf-sur-Loire, la perte de sa mère à douze ans, les années d’internat au lycée Pothier d’Orléans et, bien entendu, l’expérience de la guerre.
Genevoix y dresse le portrait de ses livres comme autant de facettes d’un même regard : les récits de guerre mais aussi ses textes régionalistes, ses livres de voyage, ses « romans-poèmes », ou ses réflexions de moraliste. Il s’attarde notamment sur la genèse de Raboliot, expliquant combien le livre n’est pas le fruit de notations directes ou documentaires, mais d’un long travail de reconstruction mentale, nourri de mémoire et de silence intérieur. Il défend ici une conception artisanale et profondément intérieure de la littérature, proche de celle que professait son ami Maurice de Vlaminck dans la peinture. Un parallèle qui n’échappa pas à l’épouse du peintre, Berthe de Vlaminck, qui lui écrit le 4 août 1961, peu après la parution :
« Quelle belle et honnête profession de foi, mon ami […]. Tu es vraiment l’artisan de ton oeuvre. Ce que tu écris en « faveur de l’isolement et de la concentration intérieure », c’est exactement ce que pensait Vlaminck en peinture… Tu as bien exprimé ta pensée avec une âme de peintre. C’est beau ! » (in Maurice Genevoix 1890-1980, catalogue de l’exposition, Mairie de Paris, 1980, p. 87).
C’est notamment dans ce volume que Genevoix revient et explique, pour la première fois, sur les circonstances de la « non-rencontre » avec celui qui fut le modèle imaginé de Raboliot, le braconnier Alphonse Depardieu, dit Carré. « Il n’a pas été le dernier à prétendre, à croire peut-être, qu’il m’avait servi de modèle. Et vraiment je lui dois beaucoup, à cet homme qui n’est pas venu, un jour de l’automne 1924, dans l’arrière-salle de l’auberge rustique où je l’ai vainement attendu » (p. 90).
De la bibliothèque de Maurice Genevoix, aux « Vernelles » (ex-libris).








