Un amour pour rien

Paris, Julliard, (26 août) 1960.
1 vol. (122 x 188 mm) de 219 p., [1] et 1 f. Broché.
Édition originale et premier tirage. Un des exemplaires imprimés du service de presse. Envoi signé : « Pour M. Maurice Genevoix, en souvenir de nos rencontres et en très respectueux hommage, Jean d'Ormesson ».

Après L’Amour est un plaisir (1956), Jean d’Ormesson publie à 35 ans ce deuxième roman, qui prolonge une même veine d’élégance désinvolte et de mélancolie amoureuse : « […] c’est l’histoire d’un amour qui aurait pu être heureux. Je ne sais si je la raconte pour la revivre ou pour l’oublier. Je sens seulement en moi le goût amer et tendre des larmes du souvenir. »

Publié chez René Julliard, l’éditeur de nombreux jeunes talents littéraires des années 1950-1960, Un amour pour rien fut remarqué par la critique pour son écriture brillante et, bien avant la reconnaissance institutionnelle, marque une étape dans l’émergence d’un romancier qui se veut déjà en marge des grandes écoles du roman psychologique ou engagé.

C’est tout d’abord avec l’oncle de Jean d’Ormesson, Wladimir d’Ormesson, écrivain et diplomate, membre de l’Académie française de 1956 à 1973, que Maurice Genevoix noua une belle amitié. Le neveu, Jean d’Ormesson, prendra la suite, en rentre à l’Académie française en 1973. Il aura pour Maurice Genevoix une immense et affectueuse admiration, tant pour l’écrivain que pour l’homme ; au lendemain de la mort de ce dernier, en septembre 1980, il lui rendait hommage en redisant, avec émotion, le bonheur de l’avoir connu : « Il savait ce qu’il valait : il n’était pas orgueilleux. Il pouvait être vif, incisif, il n’était jamais méchant. Il avait de la tendresse pour les forêts, les animaux, sa Loire natale, sa Sologne, pour ceux qui souffrent et qui meurent ; les hommes l’aimaient en retour. Il savait tout : il était le contraire d’un pédant. Il comprenait tout. Mais il savait vivre. Tous les honneurs étaient passés sur lui sans l’atteindre. Cet homme des bois et ce guerrier était un intellectuel. Il avait à porter témoignage sur tout ce qu’une génération de Français a connu de malheurs et de joies : la vie simple et heureuse, l’amour de la terre, la guerre et la paix, le souvenir. »

Bel exemplaire qui témoigne de l’attention portée par le jeune romancier à son aîné. L’envoi, strictement contemporain de la parution du roman, donne les prémisses d’une relation qui n’ira que croissante en qualité et en amitié.

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