Le Paysan de Paris
Un des 550 exemplaires sur alfa des Papeteries Navarre (n° 184).
Envoi signé : « À Joséphine qui est morte dans ses amours, cet exemplaire plus beau que nature et merde pour les bibliophiles, je le tiens pour la première, que dis-je l’avant-première édition. Aragon né Baissette ».
La singularité du roman tient de ces mots : « Je ne veux plus me retenir des erreurs de mes doigts, des erreurs de mes yeux ». Ainsi livré au pouvoir de son imagination, devenu ce « paysan » qui (re)découvre une ville dont il n’est pas (plus), Louis Aragon réinvente les lieux qu’il traverse. Pour Joséphine Baker et son « deuxième amour » qu’est Paris, la lecture fut sans doute plaisante puisqu’elle n’évoque que la promenade au hasard dans les rues de la capitale, dans un texte de référence pour les surréalistes : « Par la marche, le paysan accède au merveilleux quotidien […]. J’aime à me laisser traverser par les vents et la pluie : le hasard, voilà toute mon expérience ».
Gaston Baissette fut un ami précoce des surréalistes, collaborateur régulier des Cahiers du Sud. Médecin à l’hôpital de Nanterre, il s’engage au parti communiste à partir de 1933 et, pendant la guerre, rentre en Résistance et se charge d’organiser les soins aux maquisards dans les Alpes Maritimes. Agent de liaison, il accueille le couple Elsa Triolet – Louis Aragon pendant leur séjour niçois en 1941 : cette « adoption » temporaire est-elle la raison de la mention d’Aragon et de cette curieuse « filiation » ?
Provenance : Joséphine Baker (envoi) – Jean-Luc Mercié (vente, Paris, Cornette de Saint-Cyr, Collection littéraire d’un amateur, juin 2022, n° 4).

