Un des 1 000 exemplaires sur châtaignier (n° 387).
Envoi signé : « à Yvonne et à Christian Zervos, dont la Rencontre et l’amitié ajoutent une page à ce livre et un sens à son titre. De tout coeur leur ami. René Char ».
C’est vraisemblablement par l’entremise de Paul Éluard que René Char rencontre le couple Zervos, à l’époque où les membres du mouvement surréaliste écrivent dans les Cahiers d’art de Christian Zervos. La première relation avérée remonte au moment où l’éditeur galériste obtient de Kandisky (qu’il a aidé à venir en France) une pointe-sèche pour orner en 1933 le tirage de tête du Marteau sans maître. Char ne contribuera réellement aux Cahiers d’art qu’en 1937 avec « Dehors la nuit est gouvernée ». La guerre, ensuite, les sépare. Yvonne et Christian Zervos, ce dernier natif de l’île ionienne de Céphalonie et arrivé en France en 1917 à l’âge de dix-huit ans, se réfugient dans la ferme de La Goulotte, près de Vézelay, tandis qu’ils mettent l’appartement parisien du 40 de la rue du Bac où ils vivent depuis 1938 à la disposition de Paul et Nusch Éluard ; nombre de tracts clandestins y seront imprimés dans le sous-sol. Naturalisé en 1927, Zervos est déchu de la nationalité française par le régime de Vichy en 1941. René Char, lui, ne quitte pas la Provence, sinon pour l’Afrique du Nord pendant l’été 1944 pour la préparation du débarquement de Provence.
Char retrouvera les Zervos après la Libération : il n’est pas encore démobilisé qu’il devient un hôte régulier de la rue du Bac, que les Zervos réintègrent en février 1945. C’est à ce moment-là que paraît Seuls demeurent : la dédicace portée sur l’exemplaire qu’il leur offre garde l’empreinte de ce nouveau départ et de l’amitié indéfectible qui se nouera par la suite : l’année suivante, Char invite les Zervos à Céreste, avant que le couple s’installe au Thor, près de l’Isle-sur-la-Sorgue, où ils préparent une importante exposition au Palais des papes d’Avignon pour laquelle Jean Vilar, sollicité par Char, leur proposera trois créations théâtrales : c’est la naissance du festival d’Avignon.
« De la fin des années 40 aux années 60, Char séjourna régulièrement à La Goulotte, dont il appréciait le calme et l’environnement naturel propice à la marche comme le montre sa correspondance postée depuis Vézelay. Le 16 mai 1948, il tient à indiquer le lieu et la date au bas des deux poèmes qu’il vient d’y écrire : «Un oiseau…» et «Pénombre» [qui seront publiés dans Fureur et mystère]. Après la vente de sa propriété familiale des Névons (à L’Isle-sur-Sorgue), Char n’a plus de maison et passe les étés suivants avec Yvonne Zervos, soit dans l’Eure, soit à Vézelay » (Christian Limousin, Maison Zervos à Vézelay, 2019). C’est à La Goulotte que Char rédigera le poème « L’une et l’autre », qu’il enverra à PAB pour en donner une édition minuscule, qui sera faite en septembre 1957. Les Zervos seront parmi les premiers invités de Char lorsque le poète achètera en 1960 les Busclats pour en faire sa nouvelle et dernière demeure provençale.
















