Une seule pensée [Liberté].
Visé et autorisé par la censure à Alger, le poème porte ici comme titre « Une seule pensée » alors qu’Éluard l’a déjà renommé « Liberté » (comme en atteste le manuscrit ayant les deux titres (le premier biffé) qu’il a confié à Max-Pol Fouchet à la mi-mai 1942). « Je donnai à Paul l’assurance que je publierais le poème dans Fontaine, et même en tête de la revue, en éditorial, raconte Fouchet (Un jour, je m’en souviens…, p. 89-90). C’est impossible, me répondit-il, jamais la censure ne permettrait l’impression d’un tel texte […]. C’était pour moi comme un défi. Il me fallait publier «Une seule pensée» ». Où se comprend aisément le choix du directeur de Fontaine de conserver ce titre initial, qu’il préférait d’ailleurs, dans l’espoir de tromper la censure : « un censeur allemand se tenait à ses côtés, mais heureusement ne comprenait guère notre langue. Le Français commença de lire le poème. Au bout d’une dizaine de quatrains, il me regarda, l’air excédé : «Ah, je vois ce qu’il en est, c’est un poème d’amour… Vous, les poètes, vous répétez toujours la même chose !» Je ne le détrompai pas. Il haussa les épaules, lança un clin d’oeil coquin à l’Allemand, apposa le cachet d’autorisation sur les épreuves, sans poursuivre sa lecture jusqu’au dernier quatrain. Je sortis de son bureau, le coeur battant. Un miracle, un miracle, me répétais-je. Ainsi « Liberté » ou plutôt « Une seule pensée » d’Éluard put paraître dans Fontaine, en éditorial, et non pas clandestinement, ce qui aurait réduit son audience, mais en pleine lumière » (Ibid., p. 90-91).
Le texte publié est strictement celui du manuscrit confié par Éluard, avec les deux mots désirs et souvenirs au pluriel (antépénultième et avant-dernière strophes).
Sitôt ce numéro de Fontaine parvenu en zone non occupée à la fin août 1942, les deux dernières strophes du poème sont citées dans l’hebdomadaire Candide le 2 septembre, peu avant que le poème soit repris in extenso à Londres, sous le même titre « Une seule pensée », dans La France libre du 15 septembre 1942. Enfin, aux premiers jours d’octobre, le groupe La Main à plume le publie à Paris d’après un autre manuscrit (sur lesquels les mots désirs et souvenirs figurent bien au pluriel, alors qu’ils seront imprimés au singulier) dans la plaquette Poésie et Vérité 1942, et pour la première fois sous le titre « Liberté ».
Un document mythique, et un numéro de Fontaine introuvable.
