Poésie et Vérité 1942

Paris, Éditions de la main à plume, (3 avril) [octobre] 1942
1 vol. (110 x 130 mm) de [16] f. Broché.

#28543
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Poésie et Vérité 1942

Paris, Éditions de la main à plume, (3 avril) [octobre] 1942
Édition originale.
Précieux exemplaire de l'éditeur José Corti.
Envoi signé : « à José Corti, son ami, Paul Éluard ».

Lorsque Poésie et Vérité 1942 paraît aux éditions de la Main à plume en octobre 1942, Louis Parrot, inquiet pour Paul Éluard, dont le nom figure sur la couverture, l’enjoint de se réfugier en Suisse, mais le poète refuse et demande l’hospitalité à José Corti : il « avait dû quitter précipitamment son domicile et ne savait pas où passer la nuit – cette nuit-là et les suivantes. Je lui dis que nous le recevrions de grand coeur, mais que s’il cherchait vraiment tranquillité et sûreté, nous ne pouvions les lui garantir, la place n’était pas de tout repos […]. Au moment où Éluard cherchait à se fondre dans la nature, l’abriter aurait été notre plus cher désir ; ç’aurait été bien imprudent. Il se rendit à nos raisons et nous nous quittâmes un moment plus tard sur la promesse que je lui fis de lui trouver en province l’asile idéal. Il allait découvrir lui-même et peu après le refuge qu’il ne devait plus quitter jusqu’à la Libération » (Souvenirs désordonnés, p. 101).

L’éditeur de la rue de Médicis, qui avait publié Éluard à l’enseigne des Éditions surréalistes (L’Immaculée Conception, 1930 ; Comme deux gouttes d’eau, 1933), est en effet soupçonné d’éditer tracts et publications clandestines : les instigateurs des « Éditions de Minuit » sont en particulier activement recherchés ; et son fils fait l’objet de toutes les attentions. Le réfugié yougoslave Monny de Boully que rencontre Éluard par hasard le recommande au libraire Lucien Scheler, qui l’accueille avec Nusch rue de Tournon en octobre 1942. C’est le début de la vie clandestine.

Éluard reste cependant en relation avec Corti et signe une préface au texte de Horace Walpole Le Château d’Otrante, histoire gothique que publie l’éditeur en 1943 dans une traduction de Dominique Corticchiato, son fils. La collection « Romantique » fondée en 1941 privilégie les traductions de l’anglais, comme Le Mariage du ciel et de l’enfer de William Blake par André Gide publié en 1942. Illustration de l’exigence de n’avoir, comme il est écrit sous la rose des vents identifiant la maison d’édition, « rien de commun » avec les autorités d’occupation et le tombereau de traductions de l’allemand infligées au public français : « La guerre avait cessé d’être drôle et la France était occupée. La radio de nos Messieurs vainqueurs faisait de son mieux – de son pire – pour nous rallier à l’extravagante idée d’une collaboration totale. Tout ce qui était pensé, écrit en allemand, était transmis sur les ondes, avec le meilleur accent de chez nous, par un quarteron de Français faméliques ou dévoyés. Quels mensonges n’ont pas été proférés ! Quelles ignominies aussi ! C’en était à vomir. […] Un supplément difficilement imaginable d’abjection nous fut offert le jour qu’ils créèrent l’émission de la Rose des Vents. Pendant les quelques minutes quotidiennes de sa durée, nos vainqueurs, à l’accent français, se surpassaient véritablement. […] Pauvre Rose des Vents ! Ce qu’il y a de plus pur devenait l’enseigne de ce qu’il y avait de plus abject. En regardant celle de mes livres, je me sentais aussi honteux que si l’univers entier eût pu penser, croire, que je les plaçais volontairement sous cette abominable invocation. Moi ! moi qui n’avais de commun avec ces Allemands […] que des sentiments d’hostilité. Je cherchai le moyen de protester de façon astucieuse et discrète, de me laver de cette espèce de connivence. Il fallait que je dise qu’il n’y avait rien de commun entre les Messieurs verts et moi, fût-ce à n’être entendu de personne ; comme un qui, du fond de son cachot sans écho, clame son innocence. Et tout à coup, il me parut que ces trois petits mots : Rien de commun, pouvaient entourer ma Rose et la protéger comme une coquille » (ibid, p. 25).

Si Éluard et Corti se retrouvent en 1945 pour publier Rêves d’encre, avec « vingt-huit images présentées par Paul Éluard, René Char, Julien Gracq et Gaston Bachelard », l’établissement des « listes noires » successives d’écrivains ayant collaboré par le Comité national des écrivains, où Éluard et Aragon se montrent parmi les plus intransigeants, conduit à leur rupture. Par suite d’une demande de Maurice Chapelan, inscrit sur ces listes, puis écarté par Aragon, de la publication dans une anthologie d’un texte d’Éluard édité par Corti, ce dernier adresse au poète ce mot malicieux : « Je ne savais pas qu’Aragon tenait boutique de blanchisserie ». Le mouvement d’humeur sera fatal à leur amitié : « je téléphonai trois ou quatre jours plus tard, racontera Corti. «Je suis justement en train de vous écrire, me dit Éluard car vous m’avez fait beaucoup, vraiment beaucoup de peine.» Éberlué, je demandai comment et en quoi. Il ajouta : « Attaquer Aragon, c’est m’attaquer moi-même ». Je tombai, comme on dit, de haut. Sa lettre me parvint. J’y lus ce dont il m’avait téléphoné l’essentiel. Ce n’est que plus tard, beaucoup plus tard, que je compris qu’il s’agissait, en fait, et sans que rien ne le laissât deviner, d’une lettre qui devait être la dernière et devait dater la fin de notre amitié » (ibid., p. 102).

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