Seuls demeurent
Seuls demeurent témoigne des premières années d’Occupation et de l’engagement dans la résistance de René Char (1941-1943).
La publication a néanmoins été envisagée par Char dès avril 1941, comme le révèle une lettre à Gilbert Lely, mais cette perspective s’’estompe à partir du moment où s’’organise le maquis : « Je ne désire pas publier dans une revue les poèmes que je t’’envoie. Le recueil d’’où ils sont extraits et auxquels en dépit de l’’adversité je travaille, pourrait avoir pour titre Seuls demeurent. Mais je te répète qu’’ils resteront longtemps inédits, aussi longtemps qu’’il ne se sera pas produit quelque chose qui retournera entièrement l’’innommable situation dans laquelle nous sommes plongés. » (billet à Francis Curel, 1941).
Seuls demeurent est terminé au printemps 1943, avec « Hommage et famine » et « Louis Curel de la Sorgue » ; il ne sera plus retouché et envoyé à l’’éditeur en juillet 1943. Selon Antoine Coron, Char reçoit un avis très favorable de Jean Paulhan mais, lorsque le poète envoie à Gallimard son contrat d’édition, il exprime le souhait que son recueil ne paraisse « qu’’une fois la situation de notre pays définitivement éclaircie ».
Le recueil est composé de trois moments : « L’Avant-monde », qui regroupe des poèmes en prose, écrits entre 1938 et 1943. René Char ajoutera à l’ensemble un dernier poème en 1945, « La Liberté », qu’il avait envoyé à José Cort ien août 1942. Suit « Le Visage nuptial », un ensemble de cinq poèmes d’’amour en vers datant de l’’été 1938 et du début de la guerre et enfin « Partage formel » : une série d’aphorismes écrits en 1941 et 1942 portant sur le rôle du poète.
Le recueil sera publié en février 1945, dans un tirage des plus restreint en grand papier : seulement 13 exemplaires sur pur fil (trois hors commerce A, B et C puis 10 chiffrés en romain), suivis de 1000 exemplaires sur châtaignier.
René Char gardera pour lui deux exemplaires : le A et le IX. Cinq autres sont pour l’heure répertoriés, dont seulement un avec envoi – celui de Georges Hugnet.
Parfaite reliure janséniste de Patrice Goy.
