L’Aiglon. Drame en six actes, en vers.
La Bibliothèque nationale de France possède depuis le XIXe siècle une série de documents sur le fils de Napoléon Ier, de sa naissance aux Tuileries jusqu’à sa mort à Vienne en 1832. Il naquit le 20 mars 1811, où cent-un coups de canons annoncèrent aux Parisiens la naissance tant attendue du fils de l’empereur. Constitutionnellement muni du titre de « Prince impérial », il reçoit en outre celui de « roi de Rome » : le baptême sera célébré le 9 juin en la cathédrale Notre-Dame de Paris. La défaite de Waterloo contraindra Napoléon Ier à abdiquer en sa faveur, mais le gouvernement provisoire de Fouché fera comme si de rien n’était et les chambres refuseront de proclamer celui qui se trouve, depuis 1814, en exil à la cour d’Autriche. Il restera pour l’histoire celui qui a « régné » vingt jours, du 22 juin au 7 juillet 1815.
À Vienne, il reçoit une solide instruction religieuse, philosophique ou militaire, sous l’affection de son grand-père, l’Empereur François II (le perdant d’Austerlitz et de Wagram) qui, pour sceller la paix et le traité de Schönbrunn, avait offert à Napoléon sa fille aînée, Marie-Louise d’Autriche, qui deviendra la seconde épouse de Napoléon. Après l’abdication de Napoléon en 1815, François II lui donne le titre de duc de Reichstadt. Il sera élevé par sa mère et sa tante l’archiduchesse Sophie, sous la gouvernance du comte de Dietrichstein, dont la Bnf a acquis en 2015 l’imposante correspondance. Le prince Impérial meurt le 22 juillet 1832, âgé seulement de vingt et un ans, au palais de Schönbrunn. Le diagnostic est celui d’une tuberculose foudroyante, mais la thèse de l’empoisonnement n’a jamais été écartée. Sans alliance ni postérité, sa disparition mettra quoi qu’il en soit un terme aux sentiments de fascinations et de craintes des grandes cours d’Europe sur un éventuel retour aux affaires du seul descendant légitime de Napoléon Ier.
L’exemplaire est en outre dédicacé à Arthur Meyer, avec une longue dédicace en vers d’Edmond Rostand enrichi d’un grand dessin original à la plume, de la même encre, représentant l’Aiglon jeune en pied dans son bureau de Schönbrunn. En habit de militaire, il livre ses mots : « Voici donc les soldats de Napoléon II ! / Pareil au prisonnier rêveur qui se ferait / Toute une frémissante et profonde forêt / Avec l’arbre en copeaux d’un jardin de poupée, /Rien qu’avec ces soldats je me fais l’Épopée ! » Il reprend ainsi la fameuse scène de « tactique militaire », où Prokesch lui enseigne au les rudiments de stratégie : « Je vous soumets un plan. Faites-m’en la critique / Attends ! Prends-moi d’abord – là, dans ce coin, tu vois ? / – La grande boîte où sont tous mes soldats de bois ! / Ma démonstration, je vais bien mieux la faire / Avec notre petit échiquier militaire »
Quant à la pièce d’Edmond Rostand, elle a été créée le 15 mars 1900 – Paul Morand évoque dans 1900 le Tout-Paris enfiévré de ce soir-là – au Théâtre Sarah-Bernhardt avec, dans le rôle de l’Aiglon, Sarah Bernhardt (costumée en homme), Lucien Guitry puis Coquelin l’Ainé dans celui d’un grognard de la Garde de Napoléon, qui s’introduit à Schönbrunn auprès de l’Aiglon non en habit de laquais viennois, mais en uniforme de l’Empire. Ce sera l’occasion pour Rostand de donner quelques fameuses tirades, comme « des petits, des obscurs, des sans-grades » (Acte II, scène 9).
De la bibliothèque Arthur Meyer Vente, 1924, Mes Livres, mes dessins, mes autographes, Paris, Drouot, 1921.



