Un des 20 premiers exemplaires sur Arches, celui-ci hors commerce.
Envoi signé : « à Roger Bonon avec les sentiments amicaux de René Char ».
Composé dès 1935, René Char retardera la publication de ce texte pour approfondir sa réflexion et permettre à Guy Lévis Mano de l’imprimer : les échanges avec son éditeur attestent que Char supervise à distance l’élaboration de l’ouvrage, tout autant que ceux avec son assistant, Roger Bonon, lequel envoie en octobre 1936 au poète un complément d’épreuves de Moulin premier, des bulletins de souscriptions et le projet de couverture, en souhaitant le trouver « en meilleur santé » (Char vient de faire, pendant l’été, une septicémie).
Paul Éluard se chargera, sur place, d’en suivre la fabrication, et son aide financière permettra à Char de venir à bout de ce projet : « Quel boulot ce menu livre m’a coûté. Rien, vraiment rien n’a été laissé au hasard… » (lettre à Gilbert Lély, 1er février 1937). Lequel est ô combien important, et l’enjeu majeur : Char acte une nouvelle poétique et rompt avec l’épisode surréaliste, dont il ne fut que le locataire temporaire qu’il décrit dans le poème « Commune présence ». Le Trousseau de Moulin premier, publié en 2009 (Éd. de la Table Ronde) qui raconte la genèse du texte, est en soi son complément indispensable.
Précieux exemplaire de l’artisan typographe Roger Bonon, le collaborateur de Guy Lévis Mano. Il le rejoint en 1934, lorsque ce dernier prend la gérance de la « Librairie 79 », avenue de Ségur. Lévis Mano y disposait d’un local suffisamment vaste pour y installer une presse plus importante que dans sa propre chambre, où il réalisait jusque-là, seul, toutes ses impressions. Il fit l’acquisition l’année suivante d’une Minerve à pédale, rachetée à Nancy Cunard, qui avait cessé ses activités avec The Hours Press depuis 1931.
Avec ce nouveau matériel, il réalise l’impression d’éditions plus soignées, dont celle de Moulin premier, publié grâce à l’appui financier de Paul Éluard, et avec l’aide de Roger Bonon.
En septembre 1939, les deux typographes furent mobilisés et on ferma l’atelier. Bonon n’y reviendra jamais, puisqu’il disparut en mer lors la bataille de Dunkerque ; René Char lui dédiera « Éléments », un des poèmes de Seuls demeurent.
Très bel exemplaire d’une touchante provenance.
De la bibliothèque du docteur genevois Christos Karagevrekis, par ailleurs commanditaire de cette reliure.











