Lettre autographe signée

[Paris], 4 mars [1925].
3 p. en 3 f. (215 x 270 mm). Encre noire sur papier pelure.

#16156
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Lettre autographe signée

[Paris], 4 mars [1925].
Magnifique lettre à son ami Julien Coutelen.

Ambitieux et optimiste, Pagnol vient tout juste de présenter la pièce qu’il espère voir bientôt jouer, Les Marchands de gloire, et en raconte la première représentation privée à son ami Julien Coutelen : c’est un compagnon de Fortunio, la première revue fondée par Pagnol dont le premier numéro avait paru le 10 février 1914. La revue réunira entre autre Jean Ballard, le futur directeur des Cahiers du Sud – dont Fortunio n’est autre que l’ancêtre. Fils d’un riche minotier, Julien Coutelen partage avec Pagnol la passion des inventions (ils ont ensemble imaginé plusieurs « trouvailles » dont un jouet d’enfant pour lequel ils déposèrent un brevet. Parisien depuis 1921, Pagnol le rejoindra à la capitale à partir de septembre 1922, après qu’il fut nommé répétiteur au Lycée Condorcet.

Il se lance peu après dans l’écriture de ses premières pièces, jusqu’à être satisfait de la version achevée des Marchands de gloire. Après des débauches d’énergie, il en donne une représentation privée qui lui ouvrira, espère-t-il, les portes de la gloire :

« […] Je travaille comme une brute sanguinaire, et chaque jour j’écris une vingtaine de pages. Le moment s’approche où nous verrons les feux de la rampe ; tu conçois donc mon agitation à l’approche d’une date qui va décider de ma carrière, de ma fortune, etc. Un jour, Trébor nous invite à lire notre pièce devant un groupe de hautes notabilités parisiennes à qui il désirait offrir la primeur de la pièce : soirée de grand gala, suivie d’un souper à minuit. Nous décidons que la pièce sera lue par Simon. Aussitôt, préparatifs. Simon va chercher des souliers vernis chez un copain, à la porte de Vincennes. Il prend des gants chez un autre, un smoking chez Nivoix, une pochette au Conservatoire, une montre chez le voisin : bref une vraie souscription. Pour moi, je m’équipe avec le smoking de Bellon, les bretelles de Simon, une cravate de Nivoix. Quant à Nivoix, il vole acheter des cols et des manchettes, une paire de chaussettes, et s’ingénie à tirer le meilleur parti possible d’une chemise de soie, jadis splendide. Nous arrivons au rendez-vous dans un taxi, payé par une cotisation. Appartements somptueux, valets de chambre seigneuriaux. Dans une immense bibliothèque, nous trouvons Monin propriétaire d’Houbigan, Maire, grand marchand de plumes, Parisys, Trébor, la Belle Jickiss du Concert Mayol, qui se montre toute nue chaque soir à 2 000 personnes, et qui paraissait gênée de se voir habillée devant tant de monde […]. Ajoute quelques femmes munies de diamants – O ma mère ! Quels diamants ! Comme des noix ! et de perles. Simon lit la pièce : succès triomphal, gens estomaqués, plein de respect. Trébor dit que je suis à Condorcet. La belle Jickiss me demande si j’aurais bientôt fini mes études […]. Les répétitions d’ensemble commencent mardi 12 mars. Nous passons dans la 1re semaine d’avril. Voilà. Succès ou non, je suis tiré d’affaire au point de vue financier. Un four donnerait toujours 20 représentations soit 10 à 12.000 pour moi. Un succès, c’est-à-dire 100 représentations, avec du public, donnerait pas loin de 100.000, avec la vente à l’étranger. Hip. Hurrah ! [….] ».

Contrat rempli pour Pagnol : à partir du 15 avril 1925, il fera jouer au Théâtre de la Madeleine ses Marchands de Gloire – sa première pièce sur les planches. Un succès d’estime, suffisamment motivant pour lui permettre de poursuivre sa carrière.

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