Candide, ou l'optimisme, traduit de l'Allemand de Mr. le Docteur Ralph 
S.l.n.é. [Londres], [Hoberkon pour Jean Nourse], 1759
1 vol. (105 x 165 mm) de 299 p. et [1] f. Maroquin rouge foncé, dos à nerfs orné de filets à froid, titre doré, date en pied, tranches dorées, doublures de maroquin bleu encadré du même maroquin rouge, large dentelle d'encadrement dorée, étui bordé, double filet sur les coupes (reliure signée de E[mile] et A[ndré] Maylander)
Les bibliographes ont recensé 17 éditions différentes de Candide, publiées avec une page de titre identique, à la même date, sans nom de ville et sans mention d'imprimeur ou d'éditeur, et dans ce même format. Savoir quelle est l'édition princeps a longtemps constitué "l'un des problèmes les plus controversés de la bibliographie Voltairienne" (Bengesco, I, p. XVII). 
Giles Barber, comme André Morize, affirme que le problème des variantes textuelles n'est qu'un problème chronologique dans l'histoire de l'édition genevoise et que toutes les éditions de 1759 sont d'une source unique (cf Giles Barber, Modèle genevois et modèle européen. Le cas de Candide et de ses contrefaçons, Cinq siècles d'imprimerie genevoise, Genève, 1981, pp. 49-67). Tous, désormais, se rallient aux travaux de Barber à la suite de Bengesco, donnant à l'édition originale les caractéristiques suivantes : 299 pages, feuillets signés A-M12+N6 - dernière signature N4. 
Les travaux successifs de Bernard Gagnebin ont par la suite montré, se fondant sur le Grand livre des frères Cramer, que Candide avait paru à Genève le 15 janvier 1759, et que ce tirage peut se prévaloir d'une antériorité sur les autres – quand bien même elle ne serait pas exactement la première imprimée. Seules quatre éditions présentent cette collation et donnent le texte primitif. Notre exemplaire, décrite par André Morize dès 1913, est baptisée "59 x" et définie comme étant une contrefaçon d'un exemplaire non cartonné de l'originale de Cramer à Genève - imprimée à Londres
Elle est  la seule des quatre éditions à contenir le passage sur Milton, page 242, vilipendant la poésie allemande : « Candide était affligé de ces discours, il respectait Homère, il aimait Milton. Hélas, dit-il, tout bas à Martin ; j’ai bien peur que cet homme-ci, n’ait un souverain mépris pour nos poëtes Allemands, .......» - cette maladresse à l'égard de Frédéric II, que Voltaire courtisait à l'époque (voir Gagnetin, Bulletin du Bibliophile, 1952, pp. 177-80), est absente de toutes les autres éditions de 1759 et ne sera rétabli qu'en 1761 par les Cramer. 
Voltaire fit supprimer cette phrase lorsqu’il supervisa l’édition « officielle » imprimée chez les frères Cramer ; elle est donc absente du tirage considéré comme l'original.  Ce qui pousse Morize à conclure : "Je crois, pour ma part, que cette édition est autrement précieuse que les diverses contrefaçons de 1759 et que c'est véritablement - contrefaite, il est vrai - la première impression de Candide, un texte, si je puis dire, ante-original."
« S'il confie l'édition originale aux Cramer, il faut ajouter que [Voltaire] prend ses dispositions pour que Candide soit diffusé simultanément dans plusieurs villes d'Europe » (Paris, Amsterdam, Londres et ailleurs...). « Candide faisant irruption à la fois dans des villes fort distantes les unes des autres, la répression policière se trouvait déroutée. »
La notice de la Bibliothèque nationale donne au final ce résumé : « cette édition décrite par Morize (n° 13) et Ira Wade (n° 2) correspond page par page et ligne pour ligne à la précédente, tandis que le fleuron de la page de titre, ainsi que six autres dans le volume sont des contrefaçons de fleurons Cramer. Quant au texte, il présente des variantes notables, et l'on y trouve à la p. 242, le passage sur Milton que Bengesco classait parmi les additions de 1761 ; pour Morize, au contraire, il s'agirait d'un texte antérieur à celui de l'édition Cramer que Voltaire aurait modifié au cours de l'impression de celle-ci. Wade, de son côté, a conclu qu'il s'agissait de l'originale véritable et qu'elle était due à l'éditeur hollandais Marc Michel Rey en raison de sa conformité, pour les fleurons et la typographie, avec une édition de la "Nouvelle Héloïse" de 1761, ayant les mêmes fleurons et portant, comme l'originale de cet ouvrage, l'adresse de M. M. Rey. Il est en effet évident que ces deux éditions sont d'un même éditeur, mais l'adresse est apocryphe. Cet exemplaire serait une édition anglaise sans doute imprimée par Hoberkorn pour J. Nourse ». 
La mention 59-X est frappée sur le contreplat supérieur par Maylander, qui a soigneusement établi l’exemplaire de cette précieuse édition, relativement grand de marges (160 mm). Il est bien complet par ailleurs du dernier feuillet blanc ([N7], mais sans l’avis au relieur.
Bengesco, Voltaire, Bibliographie de ses œuvres, Paris, Perrin, 1882-1885, tome 1, n°1434 ; André Morize, Édition critique de Candide. Paris, Didier, 1957, n° 59-X ; G. Barber, « Modèle genevois et modèle européen. Le cas de Candide et de ses contrefaçons », Cinq siècles d’imprimerie genevoise, Genève, 1981, pp. 49-67 ; En français dans le texte, 160 ;  Pomeau 299G ; Gagnebin, L’édition originale de Candide, Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire (1952), 169-81 ; Tannery, L’édition originale de Candide, Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire (1933), xii.7-15 ; (1934), xiii.62-70 ; (1938), xvii. 246-51 ; Rochebilière 846 ; Morize, 59-x ; Catalogue Voltaire, BNF n° 2615 : Wade, The First edition of Candide, a problem of identification, The Princeton University Library Chronicle, Volume XX, Winter 1959, 2, pp. 63-88 ; G. Barber, Bibliography of the 1759 editions in the Voltaire Foundation edition of Candide [Oeuvres Completes, vol. 48], 1980, p.86-110 ; Wade, The first édition of Candide : a problem in identification, The Princeton University library chronicle (winter 1959), xx. 63-88.

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