Paris, Le Livre contemporain, (3e trimestre) 1958
1 vol. (120 x 185 mm) de 215 p., [2] et 2 f. Broché, couverture illustrée par Piem, sous emboîtage.
Édition originale (pas de grands papiers). 
Envoi signé
: « Allez, Serge [Gainsbourg], on les aura ! Boris Vian ».
Bien complet de la planche de musique dépliante, bande de parution conservée.
« La chanson, disons-le tout de suite, n'a rien d'un genre mineur. Le mineur ne chante pas en travaillant et Walt Disney l'a bien compris, qui faisait siffler ses nains. Le mineur souffle en travaillant, pour éviter que le charbon ne lui entre dans la bouche. N'étant pas un genre mineur, la chanson joue, cela va de soi, un rôle majeur », écrivait Boris Vian dans «En avant la zizique ». 
Le plaisir d'un bon mot ? Certainement, c'est chez Boris Vian que Gainsbourg le goûte le plus dans la fin de ces années cinquante. 
Vian n'a rien publié depuis l'Arrache-coeur et prépare son «En avant la zizique ». Et celui qui s'appelle Lucien Ginzburg vient, à l'aube de l'année 1958, de prendre une décision radicale : il arrête définitivement la peintre, détruit tout son travail d'atelier et décide d'une nouvelle vie, et d'un nouveau nom : Gainsbourg, en hommage au peintre anglais Gainsborough, et Serge qui souligne ses origines russes.
Son père lui trouve une place de pianiste-guitariste au cabaret "Milord l'arsouille", où il accompagne la chanteuse Michèle Arnaud, et rencontre Boris Vian, avec qui il partage le même humour cynique et le sens aigu de la dérision. Quelques mois plus tard, Serge Gainsbourg signe chez Philips, label qu'il ne quittera jamais. Avec l'arrangeur de Boris Vian, Alain Goraguer, Gainsbourg compose son premier disque, "Du chant à la une !", qui obtient, malgré des critiques sévères, le Grand Prix de l'Académie Charles Cros, prestigieuse récompense musicale, grâce en particulier au titre "Le poinçonneur des Lilas". Suite à la dureté des attaques contre Gainsbourg lors de la parution de ce premier disque, Boris Vian, quelques mois avant sa mort, va alors signer un article dithyrambique dans le Le Canard Enchaîné, numéro du 12 novembre 1958 : « Allez, lecteurs ou auditeurs toujours prêts à brailler CONTRE, contre les fausses chansons et les faux de la chanson, tirez deux sacs de vos fouilles et raquez au disquaire en lui demandant le Philips B 76447 B... réclame non payée, je ne travaille plus chez Philips, et j'y travaillerais encore que ce serait exactement pareil. C'est le premier 25 cm 33 tours d'un drôle d'individu nommé Gainsbourg Serge et né à Paris le 2 avril 1928. En ce qui me concerne j ‘espère que ce ne sera pas le dernier. En ce qui vous concerne, c'est vous qui pouvez faire que ce ne soit pas le dernier. Un disque, c'est coûteux à fabriquer, un nouvel artiste, c'est coûteux à lancer, surtout quand les disquaires, noyés sous le tout-venant et paralysés par les augmentations de TVA, n'ont même plus le temps d'écouter ce que les maisons de disques leur envoient.Qu'entendrez-vous sur ce disque ? D'abord - honneur à ceux que l'on oublie toujours - vous entendrez, soutenant Gainsbourg et s'entendant avec lui comme larrons en Parlement, Alain Goraguer et les neuf arrangements qu' il a écrits sur les chansons. Chacun, techniquement parlant, vaut dans les 17 à 19 sur 20, malgré un piano parfois mal accordé ; mais ça, c'est pas la faute de Goraguer ; un piano doit être accordé sur le vibraphone quand il y en a un à la séance. Vous entendrez (...) trois réussites techniques (carrure, style, chutes, etc.) absolues : « Le poinçonneur des Lilas », sombre, fiévreuse et belle (...) « Douze belles dans la peau » est d'aussi bonne qualité (...) « La femme des uns sous le corps des autres » est une amère et joyeuse réussite (...) Et quand vous aurez écouté tout ça, filous comme vous êtes, vous viendrez me dire que Gainsbourg n'a pas une grande voix. Bon, elle est un peu sourde, il a des nasales un peu trop nasales, mais il ne chante pas l'opéra, si vous voulez l'opéra, achetez Depraz. Vous viendrez aussi me dire que ce garçon est un sceptique, qu'il a tort de voir les choses en noir, que ce n'est pas «constructif» ... (si, si, vous dites des choses comme ça). A quoi je répondrais qu'un sceptique qui construit des paroles et des musiques comme ça, faudrait peut-être y regarder à deux fois avant de le classer parmi les désenchantés de la nouvelle vague ... Pourtant, il manque une chose à ce disque. Une chanson, peut-être la meilleure de Gainsbourg. Elle narre les amours d'un boulet de canon et d'une jambe de bois qui cherche à se placer. Cette chanson s'appelle «Friedland». Gainsbourg l'a enregistrée. Mais elle ne figure pas sur le disque. Il faut l'écouter à Milord l ‘Arsouille, où chante Serge. Quant à ses défauts ou ses qualités, nous n'en parlerons pas. Car il est trop difficile de cerner l'étrange personnage qu'est Monsieur Gainsbourg. L'homme a plus d'une pirouette pour se dérober ". 
"En avant la zizique" paraît presque au même moment, pendant cet hiver 1958. C'est vraisemblablement le seul ouvrage que Vian ait dédicacé à Gainsbourg, lequel aura été, « de par sa singularité, son cynisme, son côté aigre-doux, le plus influencé par Vian », qui lui servira de révélateur : " J'encaisse ce mec. Blême sous les projos, balançant des textes ultra-agressifs devant un public sidéré. J'en prends plein la gueule et je me dis: 'Je peux faire quelque chose là-dedans'"»., (Serge Hureau, directeur du Hall de la Chanson, le Centre national du patrimoine de la chanson). 
Boris Vian devait décéder quelques mois plus tard, un peu plus d'un an après leur rencontre décisive. Le 25 juin 1959, Vian fera un malaise cardiaque pendant la projection de J'irai cracher sur vos tombes. 
24441

découvrez ces autres ouvrages

Back to Top