Lakeville, Conn[ecticut], 1955
1 vol. (215 x 280 mm) de 225 p. Reliure à spirales par l'auteur, chemise-étui.
Édition originale. 
Tirage à compte d'auteur, à 100 [?] exemplaires numérotés et signés par l'auteur, miméographiés au stencil.
Exemplaire de Bernard de Fallois, avec ce bel envoi : « à Bernard de Fallois, cet horrible bouquin en principe réservé à la famille - de sorte qu'il s'y trouve un peu inclus. En toute affection, Georges Simenon, Lakeville-Echandens, 1962 ».
Installé à Lakeville dans la ‘Shadow Rock Farm', Simenon écrit à un rythme impressionnant ses romans qu'éditent les Presses de la Cité. Trois titres connaissent une publication locale, en édition originale, sous la forme d'une édition miméographiée à tirage restreint, exclusivement diffusée aux French & European Publications du Rockfeller Center à New York : Maigret chez le ministre, Les Témoins et Maigret et le corps sans tête.
« Peut-on imaginer, interroge Jean-Baptiste Baronian, qu'au cours de cet exil volontaire, il ait eu la nostalgie de ses jeunes années, lorsqu'il dénichait chez les bouquinistes de Liège des perles rares et des éditions princeps ? Est-ce là une des raisons pour lesquelles il a décidé un beau jour de réaliser lui-même [...] un tirage spécial à petit nombre de certains de ses romans ? Il est difficile de répondre à ces questions. Des motifs juridiques ont été invoqués, mais ils demeurent invérifiables [...]. Il ne devait conserver qu'une partie du tirage, juste de quoi distribuer quelques exemplaires autour de lui et faire plaisir à ses visiteurs. C'est dire si ces originales-là ne circulent guère et si elles sont fort rares sur le marché [...]. De là à penser que leur tirage, contrairement à ce qui est mentionné [100 exemplaires] serait fictif et ne se limiterait qu'à une vingtaine d'exemplaires ou que Simenon en aurait détruit une bonne partie... » Sans parler de la fragilité même du support : les stencils utilisés pour de telles éditions miméographiées, sur un papier de grande finesse, ne permettaient qu'un faible tirage avant qu'ils ne soient trop usés. Les différences d'encrage entre les exemplaires le montrent bien et il y a fort à parier que, si le tirage n'a pas dépassé la cinquantaine d'exemplaires tout au plus, c'est pour une raison simplement technique.
Le fait est que, pour les trois éditions réalisées, nous n'avons à ce jour connaissance que d'exemplaires dont aucun n'est justifié à un nombre supérieur à 44 : n° 2, 4-7, 9-11, 14-17, 21-22, 24-25, 27, 29, 31, 34-36, 42 et 44. Appel aux collectionneurs qui en possèderaient, évidemment, car un relevé global serait des plus intéressants. Sur ce même recensement, seulement cinq autres exemplaires seulement sont dédicacés : un pour Maigret chez le ministre, deux pour Maigret et le corps sans tête et deux pour Les Témoins. Ce volume confirme le fait que Simenon a bien rapporté des États-Unis des exem¬plaires des éditions miméographiées, alors introuvables en France, pour les offrir.
Maigret et le corps sans tête est le dernier des cinquante romans « américains » avant le retour définitif en Europe en mars 1955. Après quelques locations dans le sud de la France, Simenon s'installe en juillet 1957 dans sa première « demeure suisse », le château d'Échandens dans le canton de Vaud, à 17 km de Lausanne. Vingt-sept romans y verront le jour, jusqu'à décembre 1963 et le déménagement à Epalinges.
Inutile de présenter davantage de Fallois, qui fut un ami proche de Georges Simenon et un fin connaisseur de son oeuvre, pour laquelle il se passionne dès les années 1950, publiant en 1961 un essai consacré à Simenon chez Gallimard (dans la collection « La Bibliothèque idéale » dirigée par Robert Mallet). Le premier, il osa mettre en lumière des évidences : « les "Maigret" devaient être considérés comme des romans à part entière, en dépit de la répugnance du goût français à admettre une oeuvre romanesque qui ne soit ni d'un styliste ni d'un écrivain à idées ». « Il écrit comme Monsieur-Tout-le-Monde », dit un jour de lui un Alexandre Vialatte de mauvaise humeur. À quoi un autre critique répondit, non sans humour : « Ce qui est tout de même curieux, c'est qu'à part Simenon per-sonne ne sait écrire comme Monsieur-Tout-le-Monde ».
C'est Gaston Gallimard qui lui avait proposé à Bernard de Fallois de rédiger le volume de La Bibliothèque idéale : « J'avais publié quelques années plus tôt Jean Santeuil, Contre Sainte-Beuve et tenté d'expliquer la genèse de la Recherche. Mais à cette époque on avait fini par comprendre que Proust était le plus grand écrivain de ce siècle. Simenon, lui, n'était pas considéré comme un grand écrivain, l'égal de Balzac ou de Dostoïevski. Je voulais parler de lui comme cela, sans les réserves dont on usait toujours à son propos. Je lui ai demandé de le rencontrer pour savoir tout ce qu'il avait écrit avant de signer pour la première fois de son nom. À partir de là, nous sommes devenus très amis et, pendant plus de vingt ans, j'ai passé chaque année une semaine chez lui ». Preuve d'une amitié naissante, c'est quelques mois après la parution du volume de la « Bibliothèque idéale » que Simenon lui offre ce volume, « réservé à la famille - de sorte qu'il s'y trouve un peu inclus ».
Parfait état, spirales complètes et couvertures impeccables.
Jean-Baptiste Baronian, La Bibliophilie, une sanction, Lausanne, L'Age d'Homme, 2006, p. 23 et Bulletin de l'Académie Royale de Langue et de Littérature Française, tome LVXXXIII, 2010 ; Menguy, 183, p. 103.
23407

découvrez ces autres ouvrages

Back to Top