Paris, José Corti, (12 février) 1950
1 vol. (110 x 160 mm) de 73 p. et 1 f. Maroquin jaune, dos à nerfs, titre doré, tête dorée, roulette à froid au contreplat, couvertures conservées (reliure signée de Seguin, Relieur Angers).
Édition originale.
Un des 40 premiers exemplaires sur Lafuma, celui-ci nominatif pour sa sœur, Suzanne Poirier.
Envoi signé : « pour ma sœur, experte en cuisine [La Littérature à l'estomac], par son frère affectueux, Julien Gracq
Certains auteurs, pointe Julien Gracq dans ce pamphlet initialement paru dans la revue Empédocle en janvier 1950, bénéficient d'une « audience » ; d'autres, d'une « situation ». Et l'écrivain exigeant de jeter en pâture, pour bien illustrer ce qu'il vise, deux noms : Henri Michaux et Georges Duhamel.
Une attaque en règle contre les « us, abus et absurdités de la foire aux lettres » à laquelle l'auteur de Le Rivage des Syrtes renverra lui-même l'année suivante pour faire taire les rumeurs dont bruit le Tout-Paris au sujet de l'attribution possible à son livre du prix Goncourt : « La position que j'avais prise l'an dernier au sujet des compétitions littéraires dans un article "La littérature à l'estomac" (dont Le Figaro littéraire avait reproduit des extraits), écrit-il au rédacteur en chef Maurice Nadeau, tout autant qu'elle les rendait invraisemblables me paraissait leur opposer d'avance un démenti suffisant : on ne s'attendait tout de même pas à ce que j'aie changé d'avis en quelques mois. Mais ces échos se multiplient et se précisent et j'ai de bonnes raisons de ne plus leur refuser aujourd'hui un caractère sérieux. Dès lors, ceux qui me lisent ne comprendraient pas que je ne m'explique pas brièvement, mais publiquement à ce sujet. Non seulement je ne suis pas, et je n'ai jamais été, candidat, mais, puisqu'il paraît que l'on n'est pas candidat au prix Goncourt, disons pour mieux me faire entendre que je suis, et aussi résolument que possible, non candidat. Je ne redirai pas des raisons que j'ai dites longuement en leur temps. [...] Je persiste à penser qu'il n'y a plus aucun sens à se prêter de loin ou de près à quelque compétition que ce soit et qu'un écrivain n'a rien à gagner à se laisser rouler sous cette avalanche. »

C'est l'échec du Roi pêcheur - dans laquelle « le Graal n’était devenu qu’un ustensile de cuisine, qu’un plat » (France Hebdo) - qui est la cause de la publication du pamphlet, procès de la vie littéraire de son temps qui fustige les dysfonctionnements et la 'tambouille' de la critique. 
Gracq s'en souvenait-t-il lorsqu'il dédicace La Littérature à l'estomac à sa sœur Suzanne, nonobstant ses qualités de grande cuisinière ?
La première du Roi pêcheur a lieu le 27 avril 1949, au théâtre Montparnasse, avec Maria Casarès et Jean-Pierre Mocky. La pièce est éreinté par la critique, notamment par les deux grands ténors de l'époque que sont Jean-Jacques Gautier (Le Figaro, 29 avril) et Robert Kemp (Le Monde, 30 avril) ; il ne reste plus aux critiques littéraires des autres journaux qu'à emboîter le pas pour vilipender la pièce, jusqu'à écrire que « Le Graal n'était devenu qu'un ustensile de cuisine, qu'un plat » (France Hebdo). Gracq s'en souviendra-t-il lorsqu'il dédicace La Littérature à l'estomac à sa soeur Suzanne ? Car c'est cet échec qui est la cause de la publication du pamphlet, procès de la vie littéraire de son temps qui fustige les dysfonctionnements et la 'cuisine' de la critique. Pas revancharde, elle sera unanime l'année suivante lors de la parution du Rivage des Syrtes.
Exceptionnel exemplaire. 
28207

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