Les Matinaux

Paris, Gallimard, (20 janvier) 1950.
1 vol. (108 x 184 mm) de 150 p. et [2] f. Maroquin bordeaux, titre doré, doublure et gardes de daim rouge, tranches dorées sur témoins, couverture et dos conservés, chemise et étui bordés (reliure signée de P.L. Martin).
Édition originale.

Un des 5 premiers exemplaires numérotés sur papier Madagascar (n° V), auxquels s’ajoute un unique exemplaire hors commerce sur le même papier, marqué A.

Précieux exemplaire, est enrichi de 10 manuscrits des poèmes interfoliés avant chaque textes imprimés.

Cet ensemble réunit :
— « Complainte du lézard amoureux », p. 31 ;
— « Jouvence des Névons », p. 41 ;
— « Hermétiques ouvriers », p. 43 ;
— « Cet amour à tous retiré », p. 51, sur 2 feuillets ;
— « Le Permissionnaire », p. 56 ;
— « Le soleil tourne […] », p. 81 ;
— « Le Masque funèbre », p. 82 ;
— « Les Lichens », p. 83 ;
— « Rougeur des matinaux », p. 99.

L’intérêt de l’ensemble tient à la diversité des états conservés. Si trois manuscrits – « Le soleil tourne […] », « Le Masque funèbre » et « Les Lichens » – sont des copies propres, plusieurs autres portent encore les traces de l’élaboration du texte. « Jouvence des Névons », « Le Permissionnaire » et « Rougeur des matinaux » présentent quelques reprises ; « Complainte du lézard amoureux », « Hermétiques ouvriers » et « Cet amour à tous retiré » sont de véritables manuscrits de travail, abondamment corrigés.

« Cet amour à tous retiré » se présente dans un premier état particulièrement développé. Il comporte cinq strophes inédites, signalées comme telles par une note marginale au crayon, ainsi que de nombreuses suppressions et reprises. Le manuscrit permet ainsi de saisir un état antérieur à celui conservé par Henry Mathieu, dont les variantes ont été relevées dans l’édition de la Pléiade.

Même travail de réduction dans « Hermétiques ouvriers », encore intitulé « Doléances du feutre ». Le poème avait paru dès 1949 dans les Cahiers de la Pléiade sous une forme déjà proche de celle des Matinaux. Les ratures du manuscrit donnent à voir le travail de condensation auquel Char soumet son texte, notamment dans son attaque :

« Marteaux, et vous rusés [?] tonnerres
Hermétiques ouvriers
Pourquoi votre pérennité
Fait cette guerre à mon silence.
En guerre avec mon silence, »

Le document le plus significatif est sans doute celui de « Rougeur des matinaux », l’une des suites aphoristiques essentielles du recueil. Publié une première fois dans Empédocle en mai 1949 avec dix-sept fragments, puis porté à vingt-sept dans Les Matinaux, le texte apparaît ici dans un état sensiblement antérieur : sous le titre primitif de « Georgique des matinaux », il ne comporte encore que huit pièces, avec plusieurs variantes.

S’y trouve surtout un fragment demeuré inédit, dans lequel affleure directement la mémoire des compagnons de Résistance de Char :

« Les fantômes si mal décrits, les amoureux trop peu fixés,
les révoltés à tort jugés, camarades, seraient vivants si nous étions moins morts nous-mêmes. »

« Rougeur des matinaux » accueillera dans son état définitif l’un des aphorismes les plus célèbres de Char :

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. »

Le manuscrit conservé ici permet précisément de remonter en amont de cet état définitif, à un moment où la suite, encore intitulée « Georgique des matinaux », ne compte que huit pièces.

Le recueil rassemble des poèmes de l’immédiat après-guerre. Plusieurs furent écrits en Provence, dans la retraite du Rébanqué, où Marcelle Mathieu mettait à la disposition des écrivains « une petite maison de montagne installée simplement comme un cabanon de paysan ». C’est à son fils Henry Mathieu que Char donnera le manuscrit des Matinaux.

La rareté du premier papier peut aujourd’hui être précisée. Nos recherches ont permis d’individualiser quatre des six exemplaires sur Madagascar :

II – Robert Moureau. Exemplaire relié par Pierre-Lucien Martin en 1966, provenant de la bibliothèque Robert Moureau (vente 2003, n° 123) puis R. & B. Loliée (Paris, 26 avril 2016, n° 154).

III – Maurice Houdayer. Reliure d’Alain Devauchelle, 1996. Exemplaire enrichi de deux manuscrits autographes de Char, « Les Nuits justes » et « Pourquoi se rendre ? » ; bibliothèque Maurice Houdayer (Paris, Artcurial, 9 mars 2021, n° 63).

V – Edmée Maus, puis Marcel Zara. Le présent exemplaire, enrichi de neuf poèmes autographes sur dix feuillets, montés en regard des textes imprimés. Provenance Edmée Maus, avec son ex-libris, puis bibliothèque poétique du docteur Marcel Zara (Paris, vente 20 mars 2026, n° 214).

A – exemplaire de René Char. L’unique Madagascar hors commerce fut justifié de la main du poète « mon exemplaire ». Il passa ensuite dans la collection Daniel Filipacchi (Paris, vente 1995, n° 192)

Les exemplaires I et IV restent à ce jour non localisés. Parmi les exemplaires sur Madagascar actuellement documentés, le présent exemplaire est celui qui conserve le plus important ensemble de manuscrits liés au recueil.

De la bibliothèque d’Edmée Maus (ex-libris) et Marcel Zara.

Cahiers de l’Herne, 141 ; PAB, René Char, 34

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