Almanach illustré du Père Ubu (XXe siècle)

[Paris, A. Vollard, 1er janvier 1901].
2 vol. (205 x 285 mm) de 56 p. puis 28 f. (pour la suite). En feuilles.
Édition originale.

Elle est illustrée de 83 lithographies imprimées en bistre, bleu et noir (pour la couverture) de Pierre Bonnard.

Un des 25 premiers exemplaires sur Japon impérial , sous couverture spéciale et la suite en noir des 83 lithographies. Ils sont les seuls accompagnés d'une suite en noir des illustrations, avant la lettre, également imprimée sur Japon impérial. Il s'agit du seul grand papier avant 25 exemplaires sur hollande Van Gelder, qui viennet sans la suite.

Conçu comme un véritable almanach, l’ouvrage s’ouvre sur le calendrier de l’année nouvelle, entièrement réinventé par Jarry : les fêtes et les noms des saints y sont détournés au gré des fantaisies du Père Ubu. Imprimé le 1er janvier 1901, il compte ainsi parmi les tout premiers livres du XXe siècle, si ce n’est le premier !

Ce « grand almanach », ainsi surnommé pour le distinguer du précédent, publié à la fin de 1898, marque une étape singulière dans l’aventure d’Ubu. Pour la première fois, Jarry voit l’une de ses créations prendre la forme d’un livre illustré de luxe, grâce à la rencontre de trois personnalités : le poète, le peintre Pierre Bonnard et le marchand Ambroise Vollard.

Le projet prend forme dans le sous-sol de la galerie de Vollard, qui commence alors à développer une activité d’éditeur de livres illustrés, destinée à associer la littérature aux recherches des artistes contemporains. L’année précédente, il avait publié Parallèlement de Verlaine, somptueusement illustré par Bonnard, dont les lithographies sensuelles avaient fait de ce volume l’un des jalons du livre moderne.

Pour l’Almanach, Bonnard déploie une illustration aussi abondante que libre, imprimée en bistre, bleu et noir, qui accompagne et prolonge l’univers burlesque de Jarry. Ses personnages, silhouettes et scènes cocasses participent pleinement à l’invention d’un monde où l’absurde, la satire et la fantaisie règnent sans partage. Le texte lui-même est une oeuvre collective : Fagus y collabora, ainsi que Claude Terrasse, auteur notamment de la musique de Tatane et de la Chanson pour faire rougir les nègres et glorifier le Père Ubu.

Vollard, qui a raconté l’histoire de cette publication dans ses Souvenirs d’un marchand de tableaux, n’osa toutefois pas faire figurer son nom sur le titre. Il se contenta de placer, à la fin du volume, des annonces pour ses propres éditions, avant celles des ouvrages de Jarry publiés au Mercure de France et à la Revue blanche.

Le succès commercial espéré ne vint pas. Le tirage, qui n’aurait pas dépassé le millier d’exemplaires, demeura en grande partie invendu. Le 12 février 1902, Jarry écrivait plaisamment à Claude Terrasse : « Le palotin Sylvain Lévi, professeur au Collège de France, s’est adressé à moi pour se procurer l’almanach : je lui en ai fait parvenir un en pur don, et ainsi n’en ai plus que sept cent quatre-vingt-dix-neuf… et quelques. » (OEuvres complètes, I, p. 1077.)

Exemplaire en parfaite condition, tel que paru

Terrasse, Pierre Bonnard Illustrator, New York, 1988, n° 10 ; Keller, Sammlung Vollard, Winterthur Kunstmuseum, 1949, n° 9 ; Johnson, Ambroise Vollard, éditeur, Museum of Modern Art, 1977, n° 167 ; Ives et al., Pierre Bonnard: The Graphic Art, Metropolitan Museum of Art, 1990, p. 162, fig. 220-221 ; Expojarrysition, n° 289.

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