The Old man and the Sea

Ernest Hemingway

The Old man and the Sea

New-York, Scribner’s Sons, 1952.
1 vol. (145 x 210 mm) de 140 p. Cartonnage éditeur, jaquette illustrée. 

 

Édition originale.
Premier tirage du livre et jaquette. 

Ex-libris manuscrit au contreplat : « Romain Gary, New York, 1952 ». 

 

L’écriture est celle de Lesley Blanch, alors l’épouse de Romain Gary. Le couple vit à New York. 

« C’est alors que l’océan s’ouvre et que le poisson apparaît : c’est un énorme espadon argenté qui n’en finit pas de sortir […]. Le vieux évalue qu’il mesure deux pieds de plus que la barque. Jamais il n’a vu un espadon de cette taille. Après la tristesse, il éprouve à présent du respect pour le poisson : ‘Camarade, j’ai jamais rien vu de plus grand, ni de plus noble, ni de plus beau que toi. Allez, vas-y, tue-moi. Ça m’est égal lequel de nous deux tue l’autre.’ » 

Dès 1936, On the Blue Water relatait le combat d’un vieux pêcheur et d’un poisson gigantesque annonçant en quelque sorte le roman à venir. Passionné par la pêche, photographiant ses nombreuses captures d’espadons géants, Hemingway déclara dans la presse avoir écrit ce livre après trente années d’exercice. On ne saurait oublier aussi que ce chef-d’oeuvre, construit sur le modèle épique de Moby Dick, rend à la mer son plus noble rôle : cet ascendant véritable qu’elle a sur l’homme, ascendant que si bien décrit par Baudelaire en son temps. 

Le roman avait paru en pré-originale dans Life (1er septembre 1952), avant d’être publié dans la foulée chez Scribner’s Sons : un succès colossal, avec près de cinq millions d’exemplaires vendus dans le trimestre ayant suivi la parution. Hemingway sera couronné par le prix Pulitzer puis, deux ans plus tard, par le prix Nobel de littérature. 

Exemplaire de Romain Gary, alors en poste à New York, aux Nations-Unies. Il en lit les épreuves et s’enthousiasme pour le roman. Il décide aussitôt de partager sa ferveur et livre un article pour Les Nouvelles littéraires, qui paraît dans le numéro du 11 septembre 1952 : « Le retour du champion », à la une du journal, est une première pour Gary  : « Depuis voilà bientôt sept ans que je suis devenu romancier, c’est pour la première fois que j’exprime une opinion dans un article de journal. Mais je voudrais dire que tous les jeunes écrivains français se penchent sur Le Vieil Homme et la Mer. Je ne leur conseille pas de l’apprendre par coeur : ce serait impertinent. Mais ils trouveront dans ce court récit une réponse qui n’est pas nouvelle, puisqu’elle est vraie et donc permanente, présente éternellement parmi nous, comme les vieux murs et le pain ; une réponse admirable de vérité artistique et de vérité tout court au grand problème qui les tourmente, et avec lequel ils tourmentent les autres avec un si grand talent : je parle du problème de Sisyphe, bien entendu. Et je m’empresse d’ajouter que je ne m’adresse pas seulement aux autres, mais aussi à moi-même […] La lecture de ce court récit est un de ces très rares moments de perfection qui vous donnent l’impression d’un triomphe personnel, d’un triomphe de l’homme sur l’adversité. Hemingway, le vieux champion, a choisi l’année olympique pour regagner le titre qu’il avait tant de fois mis en jeu et qu’il lui est arrivé de perdre, du moins dans l’opinion de tous ceux qui n’ont d’yeux que pour l’échec. » 

Le couple Romain Gary – Lesley Blanch (épousée en 1945), après un poste de secrétaire d’ambassade à Berne, s’installe à New York : pour le diplomate que fut Gary de 1945 à 1960 – ayant intégré le Quai d’Orsay par le canal du cadre complémentaire, réservé aux résistants et anciens de la France libre titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur -, ce fut sans doute la plus délicate de ses fonctions : celle de porte-parole de la Mission permanente de la France auprès de l’ONU à New York de 1952 à 1954. Gary reviendra sur cette période dans L’Homme à la colombe, publié sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi, devoir de réserve du fonctionnaire oblige. Il seconde le représentant permanent de la France au Conseil de Sécurité des Nations Unies, Henri Hoppenot – qui était son ambassadeur à Berne. « La mission de Gary consiste à défendre la politique extérieure de la France. Il parle anglais et américain sans accent. Il adore son travail. C’est l’époque de la Guerre froide et Gary qui parle bien le russe a le privilège de nouer des contacts avec les diplomates soviétiques. Infatigable, Romain Gary enchaîne interventions publiques et conférences en tout genre, peaufinant sa compréhension de la société américaine et de l’image de la France outre-Atlantique. Ce farouche opposant au colonialisme, ardent défenseur de la construction européenne, doit régulièrement, en s’exprimant au nom du gouvernement français, défendre des positions qui ne sont pas les siennes. Il est l’un des rares intellectuels du XXe siècle à être resté lucide de bout en bout sur le commu¬nisme de l’après-guerre, sans pour autant céder à la peur du rouge qui gagne du terrain sous l’impulsion du maccarthysme. À l’ONU, il parachève sa propre éducation européenne, portant un regard aigu sur cette comédie internationale qui donnera le jour à l’Homme à la colombe en 1958, signé du pseudonyme Fosco Sinibaldi, du nom d’un camarade de Gary du groupe Lorraine » (Librairie Koegui, in Catalogue Romain Gary, sa vie, son oeuvre, 2021).

 

Paul Dahan, « Romain Gary : un diplomate non conformiste, Les portraits », Questions internationales, n° 33, septembre-octobre 2008, p. 113 à 120.

 

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