Seuls demeurent

René Char

Seuls demeurent

Paris, Gallimard, (24 février) 1945
1 vol. (185 x 230 mm) de 90 p. et [1] f. Broché.


Édition originale.

Un des 1 000 exemplaires sur châtaignier (n° 504).

Envoi signé : “À Henriette et André Gomez [sic, pour Gomès] ; le chant finit l’exil. En toute amitié, René Char “.

Née à Montmartre, Henriette Gomès débute son activité comme collaboratrice de Pierre Loeb, dont la galerie située alors au 2, rue des Beaux-Arts à Paris, constitue un lieu de rencontres et d’expositions essentiel pour les artistes d’avant-guerre. Elle y rencontre son futur mari, André, qui est alors journaliste et technicien de radio, en 1937 et l’épouse un an plus tard. Elle ouvre alors, soutenue par Loeb, son propre espace, la « Galerie Henriette » avenue Matignon, qu’elle inaugure avec une exposition consacrée à Georges Rouault.

Pendant deux années, elle y expose Cézanne, Gromaire, Brauner, Vieira da Silva, Arpad Szenes, Pierre Charbonnier et Hartung. ” Mais la guerre met fin à son activité : en tant que juive, elle est contrainte de quitter Paris en mai 1940 et se réfugie à La Rochelle – séparée de son mari, mobilisé -, avec la famille de Pierre Loeb.

Sa galerie est confisquée comme bien juif.
Après s’être retrouvés à Nîmes, Henriette et André Gomès se réfugient à Marseille en 1941, où ils retrouvent les écrivains et artistes regroupés autour d’André Breton à la villa Air-Bel, louée par le Comité américain de secours aux intellectuels, dans l’éventualité d’un départ aux Etats-Unis.

C’est André Gomez qui photographiera Marcel Duchamp, dans un célèbre cliché, saluant le bras levé, debout à la proue d’un paquebot qui s’apprête à gagner le large et les États-Unis. Le couple, lui, n’embarquera pas restera en France : ils s’engagent dans la Résistance, avec notamment plusieurs échanges avec le maquis des Basses-Alpes, comme en témoignent plusieurs du capitaine René Char, alias Alexandre. Après la Libération, le couple retrouve un petit emplacement au 6, rue du Cirque à Paris, qu’ils remettent en état, tandis qu’André Gomès poursuit une activité de photographe professionnel.

D’autres lettres de Char au couple Gomès, qu’il nomme ses “chers agneaux”, témoigneront de cette période. Ils se retrouvent à la Libération, où René Char peut enfin faire publier Seuls demeurent : le recueil témoigne des premières années d’Occupation et de l’engagement du poète dans la résistance. La publication avait été envisagée par Char dès avril 1941, mais cette perspective s’estompe à partir du moment où s’organise le maquis : « Je ne désire pas publier dans une revue les poèmes que je t’envoie. Le recueil d’où ils sont extraits et auxquels en dépit de l’adversité je travaille, pourrait avoir pour titre Seuls demeurent. Mais je te répète qu’ils resteront longtemps inédits, aussi longtemps qu’il ne se sera pas produit quelque chose qui retournera entièrement l’innommable situation dans laquelle nous sommes plongés » (in Billet à Francis Curel, 1941). Seuls demeurent est bien terminé au printemps 1943 mais, lorsque le poète envoie à Gallimard son contrat d’édition, il y exprime le souhait que son recueil ne paraisse « qu’une fois la situation de notre pays définitivement éclaircie ». Gaston Gallimard respectera cette demande et conserve le manuscrit à Paris. Char n’y ajoutera, à la Libération, qu’un dernier poème, « La Liberté », qu’il avait envoyé à José Corti en août 1942.

Le recueil est sinon composé de trois moments : « L’Avant-monde », qui regroupe des poèmes en prose, écrits entre 1938 et 1943 ; « Le Visage nuptial », un ensemble de cinq poèmes d’amour en vers datant de l’été 1938 et du début de la guerre, et « Partage formel » : une série d’aphorismes écrits en 1941 et 1942 portant sur le rôle du poète.

Le recueil sera publié en février 1945, dans un tirage des plus restreint en grand papier : seulement 13 exemplaires sur pur fil (trois hors commerce A, B et C puis 10 chiffrés en romain), suivis de 1000 exemplaires sur châtaignier.

Ces premiers tirages sont aujourd’hui forts rares.

T
rès belle provenance et belle dédicace de Char au couple Gomès, comme lui revenu d’un exil maquisard et de trois années de Résistance active.

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