“Notice sur J. Kessel et sur son roman l’Equipage”

Joseph Kessel

“Notice sur J. Kessel et sur son roman l’Equipage”

S.l.n.d. [Paris, 1924]
6 p. recto (140 x 225 mm) à l’encre noire.

 

Manuscrit autographe.
Extraordinaire et inédite “autobiographie publicitaire”, composée par l’auteur, à la suite de la parution de son premier roman.

 

Cette notice, rédigée à la troisième personne, après la publication de L’Équipage (Éditions de la Nouvelle Revue française, 1923), présente de nombreuses ratures et corrections. Kessel y trace en quelques pages son enfance et sa jeunesse, insistant sur son caractère nomade : « J. Kessel est né le 10 février 1898 en République Argentine. […] J. Kessel n’a jamais vécu plus de trois années de suite dans la même ville. Il semble que le hasard favorable à ses goûts le pousse toujours à travers les grandes routes du monde ».

Né donc en Argentine, et fils d’un médecin d’origine lithuanienne qui partit exercer en Amérique du Sud, Joseph Kessel est ensuite emmené de l’autre côté de la planète, en Russie, avant de revenir s’installer en France. Avec un pedigree et une enfance pareille, nulle surprise de retrouver le jeune licencié ès-Lettres de dix-sept ans au service de politique étrangère du Journal des Débats. Engagé volontaire en 1916 dans l’artillerie, il sert ensuite dans l’aviation : c’est de cet épisode que sera issu L’Equipage, le premier roman à faire entrer l’aviation dans la littérature. L’aviation, une passion qui restera constante pour Kessel, incarné par son amitié envers les grands pionniers de l’aéronautique, notamment pour ses amis Antoine de Saint-Exupéry, dont il fera la connaissance en 1929, ou Jean Mermoz, dont il donnera une très belle biographie en 1938.

Joseph Kessel choisit de raconter « sa » guerre dans l’aviation, à contre-courant de l’air du temps : les avertissements amicaux de Jacques Rivière (« Tu es fou d’écrire une histoire de guerre ; il y en a tellement. Les gens sont saturés »), les injonctions de Jean Paulhan (“les publications doivent faire oublier la guerre et le nationalisme”), et les exemples de Jean Cocteau et Raymond Radiguet qui les abordent comme en souriant ou de biais n’y feront rien. Kessel, qui a aimé la guerre et « la saine et rude famille des hommes seuls », tient à témoigner sur la période exaltante qu’il vécut en 1917-1918. Récits de missions, portraits de pilotes, thèmes de la camaraderie virile, de la vie dangereuse, du jeu et de l’alcool sortent tout droit de sa mémoire, dictés par l’expérience. Imbriqués dans une trame sentimentale simple, tragique et psychologiquement juste, ils font de L’Equipage un best-seller et de son auteur, presque inconnu, un « conteur » populaire unanimement salué par la critique.

 

La notice que rédige ici Kessel va dans ce sens : « Dans L’Equipage c’est la vie d’escadrille qu’a retracé J. Kessel. Il a su en peindre la camaraderie merveilleuse…[…] une intrigue naît de ce milieu et se développe, une intrigue dont la hardiesse et la nouveauté…” suivent celles de “La Steppe rouge”, qui “réunit des nouvelles sur le bolchevisme ». Kessel dévoile alors sa conception de la littérature : « Il n’a en littérature qu’une théorie : c’est qu’il ne faut pas en avoir. Il a le goût des livres vigoureusement charpentés, animés de péripéties violentes, où l’intérêt ne languisse pas un instant.” Une exigence dont l’auteur pense avoir tenu puisque La steppe rouge est “une suite d’histoires terribles, où le lecteur palpite sans arrêt ».

Fort du succès du livre, il signe une série d’articles sur « la ligne » ; il rencontre ensuite Guillaumet, puis Marcel Reine, en décembre 1928. Grâce à ce dernier, il peut s’envoler la semaine suivante pour un reportage exceptionnel au cœur du groupe des « camarades des airs »: « L’Aéropostale entre dès lors dans la légende (…). Des aventuriers des airs qui rêvent de conquêtes, d’escales au bout du monde, de transatlantiques. Rêves que maints experts jugeaient pieux, vu l’état de leurs montures aériennes, des monomoteurs poussifs qui ne peuvent supporter des trajets de plus de cinq à six heures de vol. Mais les as des as, souvent issus de la Première Guerre mondiale, comme Kessel, ne reculent devant rien. Pas même le risque élevé de périr en mer, en tentant d’atteindre les côtes sud-américaines pour le simple dessein de livrer du courrier. Kessel, rescapé de la grande boucherie des airs de 14-18, sera le chantre de cette aventure dans les cieux. » (article Aéropostale du Dictionnaire amoureux de Joseph Kessel, p. 56-57).

 

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