Lettre autographe signée

Marcel Pagnol

Lettre autographe signée

3 pages en 3 feuillets (215 x 270 mm) à l’encre noire sur papier pelure, datées mercredi 4 mars [1925].

Magnifique lettre des débuts de Pagnol à Paris.

Ambitieux et optimiste, Pagnol vient tout juste de présenter la pièce qu’il espère voir bientôt jouer, Les Marchands de gloire et en raconte la première représentation privée : « […] Je travaille comme une brute sanguinaire, et chaque jour j’écris une vingtaine de pages. Le moment s’approche où nous verrons les feux de la rampe ; tu conçois donc mon agitation à l’approche d’une date qui va décider de ma carrière, de ma fortune, etc. Un jour, Trébor nous invite à lire notre pièce devant un groupe de hautes notabilités parisiennes à qui il désirait offrir la primeur de la pièce : soirée de grand gala, suivie d’un souper à minuit. Nous décidons que la pièce sera lue par Simon. Aussitôt, préparatifs. Simon va chercher des souliers vernis chez un copain, à la porte de Vincennes. Il prend des gants chez un autre, un smoking chez Nivoix, une pochette au Conservatoire, une montre chez le voisin : bref une vraie souscription. Pour moi, je m’équipe avec le smoking de Bellon, les bretelles de Simon, une cravate de Nivoix. Quant à Nivoix, il vole acheter des cols et des manchettes, une paire de chaussettes, et s’ingénie à tirer le meilleur parti possible d’une chemise de soie, jadis splendide. Nous arrivons au rendez-vous dans un taxi, payé par une cotisation. Appartements somp-tueux, valets de chambre seigneuriaux. Dans une immense bibliothèque, nous trouvons Monin propriétaire d’Houbigan, Maire, grand marchand de plumes, Parisys, Trébor, la Belle Jickiss du Concert Mayol, qui se montre toute nue chaque soir à 2000 personnes, et qui paraissait gênée de se voir habillée devant tant de monde (…) Ajoute quelques femmes munies de diamants – O ma mère ! Quels diamants ! Comme des noix ! et de perles. Simon lit la pièce : succès triomphal, gens estomaqués, plein de respect. Trébor dit que je suis à Condorcet. La belle Jickiss me demande si j’aurais bientôt fini mes études […]. Les répétitions d’ensemble commencent mardi 12 mars. Nous passons dans la 1re semaine d’avril. Voilà. Succès ou non, je suis tiré d’affaire au point de vue financier. Un four donnerait toujours 20 représentations soit 10 à 12.000 pour moi. Un succès, c’est-à-dire 100 représentations, avec du public, donnerait pas loin de 100.000, avec la vente à l’étranger. Hip. Hurrah ! [….] »

Le 15 avril 1925, alors qu’il est encore professeur d’anglais au lycée Condorcet à Paris, Pagnol fera jouer au Théâtre de la Madeleine ses Marchands de Gloire – sa première pièce sur les planches.

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