Lettre autographe signée adressée à Max-Pol Fouchet

Louis Aragon

Lettre autographe signée adressée à Max-Pol Fouchet

Lundi 28 Mai [1945].

1 page 1/2 en 1 f. (210 x 270 mm) à l’encre noire.

Signée et datée “Lundi 28 mai”.

Importante lettre, celle de sa « rupture » avec Max-Pol Fouchet.

  « … J’ai très longtemps hésité à vous écrire cette lettre, je craignais de me laisser emporter par le premier mouvement, la colère. Puis j’ai été malade, et j’ai laissé passer les jours. Mais après un mois rien n’est changé de ce que je pense, je ne saurais donc le mettre au compte de l’humeur. Vous savez très bien ce dont il s’agit, et comment j’ai pris cette « Brève histoire de

Fontaine ». Il me paraît tout à fait oiseux de revenir là-dessus, et je n’ai aucun besoin de vous expliquer ce qui m’y est odieux, ce qui y est pour moi inacceptable. Vous le savez, vous le saviez d’avance. Et que c’est vous qui m’avez mis en demeure de choisir entre mes amis. Mon choix est certes tout fait. Me voilà donc obligé de ne plus vous compter comme le mien, de ne plus faire que vous serrer la main ou si vous le voulez de faire semblant de vous la serrer. Le temps que j’ai mis à vous le dire mesure assez la répugnance que j’en ai. Cela a le caractère d’une séparation, tâchons, voulez-vous, qu’elle soit sans éclat, et qu’elle garde quelque dignité : j’ai toujours eu de l’estime pour les gens qui se quittaient ainsi. Aussi, et puisque dans cette « Brève histoire… » vous avez fait allusion à mon amitié pour Fontaine, je vous demanderai une dernière marque d’estime : voulez-vous, renonçons à ce livre que nous devions publier ensemble, déchirons le traité des Circonstances de la Poésie, je tiens la copie que j’en ai faite à la disposition de M. Goldschmitt, contre celle qu’il a, et ainsi que les sommes qu’il m’a versées (20.000, je crois, mais je serais heureux qu’il me le précise, étant essentiellement apte à l’erreur en ces matières). Cela nous évitera des rapports faux et inutiles. Croyez, mon cher Max-Pol, aux regrets que j’ai que vous ne m’ayez pas laissé autre chose à faire qu’à agir comme je le fais… ».

Lettre publiée dans le N° 8 de la revue « Recherches croisées Aragon – Elsa Triolet », transcription et notes de Augustin Guillot et Nathalie Limat-Letellier dans l’article « Aragon – Max-Pol

Fouchet. Correspondance inédite » ;  la lettre y est citée et longuement commentée. Elle met un terme à la correspondance entre les deux hommes, qui s’étend de mai 1941 à mai 1945. ” Au début de cet échange épistolaire, Aragon apporte son concours au directeur de Fontaine dans l’espoir que les premiers foyers de la Résistance des Lettres s’entraident et développent des liens fraternels (…). Sa contribution poétique la plus importante, de son propre avis, à la revue algéroise résulte d’un tragique événement. En effet, la jeune épouse de M.-P. Fouchet meurt dans le naufrage du Lamoricière en janvier 1942 alors qu’elle se rendait en métropole pour y rencontrer l’auteur du Crève-coeur et Elsa Triolet à Nice. Aussitôt, par sympathie envers M.-P. Fouchet, Aragon prie Jean Roire de lui transmettre qu’il donnera à Fontaine une prépublication du « Cantique à Elsa » qu’il vient de terminer. Cette offre [sera] acceptée avec reconnaissance.” 

La rupture aura lieu trois ans plus tard, lorsque M.-P. Fouchet publie dans sa revue « Brève Histoire de Fontaine », un éditorial polémique ” où il affirme l’ascendant sans partage de sa revue, la première selon lui à passer à la « guérilla d’idées » au lendemain de la défaite : une distance hostile s’établit désormais entre les deux poètes pour des raisons claires et définitives. Peu avant cette rupture, M.-P. Fouchet dut aussi restituer à E. Triolet son article intitulé « Les amandes amères », qui portait sur Le Domaine public, un recueil de Pierre Seghers, et qui était prévu pour le no 42 de Fontaine “.

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