Lettre autographe signée à Michel Lévy

Charles Baudelaire

Lettre autographe signée à Michel Lévy

Paris, 22 de la rue d’Amsterdam, novembre 1863
22 lignes en 1 f. (205 x 135 mm) plié, rédigées à l’encre sépia.

Monsieur,

Je viens de m’apercevoir que malgré mes supplications ardentes, réitérées, malgré mes lettres, mes corrections et recommandations, votre correcteur a écrit Edgar Poë au lieu de Edgar Poe. Il a probablement supposé que c’était moi qui me trompais. Quel anglais a jamais prononcé Poé ? Ce n’est pas ma faute si les français s’obstinent à écrire De Foë au lieu de Defoe (Difô). Je ne ferais pas relier mes exemplaires, et je les ferai brocher par quelqu’un de soigneux que j’ai trouvé ! Ayez donc la bonté de les faire remettre pour moi 22. rue d’Amsterdam. – Il me reste, Monsieur, à vous remercier de la charmante bonne grâce avec laquelle vous m’avez offert ces cinq exemplaires. Il serait à désirer que tous les éditeurs imitassent votre générosité !

Ch. Baudelaire

22. rue d’Amsterdam“.

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Baudelaire vient de vendre les droits, à Michel Lévy, de sa traduction des Œuvres d’Edgar Poe. Le contrat est signé le 1er novembre 1863 et le poète cède “la propriété pleine et entière de la traduction des oeuvres d’Edgard Poe, dont plusieurs éditions ont déjà paru chez MM. Michel Lévy frères”.

Si Baudelaire n’est pas le premier à s’intéresser à Poe – il y a déjà plusieurs textes adaptés ou traduits quand il le découvre en 1847 – il va être celui qui lui donnera un rayonnement international par ses traductions en français, qui connaîtront un grand succès. « Savez-vous pourquoi j’ai si patiemment traduit Poe ?, écrit-il en 1864 au journaliste Théophile Thoré. Parce qu’il me ressemblait. La première fois que j’ai ouvert un livre de lui, j’ai vu, avec épouvante et ravissement, non seulement des sujets rêvés par moi, mais des phrases pensées par moi, et écrites par lui vingt ans auparavant.»

Après plusieurs échecs auprès d’éventuels éditeurs, il finit le 3 août 1855 par signer un contrat avec Michel Lévy pour deux volumes : les Histoires extraordinaires et les Nouvelles histoires extraordinaires. La première publication sortira en 1856 ; la seconde, l’année suivante ainsi que La Relation d’Arthur Gordon Pym de Nantucket. Le poème en prose Eureka viendra compléter l’ensemble, toujours chez Michel Lévy, en 1864. Ce qu’il regrettera amèrement plus tard. Il se plaint ici du travail peu soigneux du correcteur de la maison d’édition, notamment pour l’écriture des noms de Poe et du sien “Je viens de m’apercevoir que malgré mes supplications ardentes, réitérées, malgré mes lettres, mes corrections et recommandations, votre correcteur a écrit Edgar Poë au lieu de Edgar Poe.”

 

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