L’Étranger

Albert Camus

L’Étranger

Paris, Gallimard, (avril) 1942

Box noir, auteur et titre dorés au dos, plats recouverts d’un décor géométrique en perspective en box orange et rouge vernis, avec un filets dorés, gardes de papier brillant orange et rouge, tête dorée sur brochure, couverture et dos conservés, chemise étui (P.-L. Martin, 1957).

Édition originale.
Exemplaire du service de presse.

Les brouillons et manuscrits de L’Étranger sont le fruit d’une longue gestation, entreprise dès 1938 mais qui ne prendra forme qu’après son départ du journal Alger républicain, en janvier 1940. Camus arrive à Paris en mars, pour intégrer Paris-Soir. Il n’y écrira pas une ligne puisqu’on ne lui confie que des tâches subalternes et consacre son temps à l’écriture ; dès le 1er mai 1940, il peut écrire à Francine, restée à Oran qu’il vient « de terminer [s]on roman […] mais mon travail n’est pas fini ». Il ne le sera qu’un an plus tard, lorsqu’il peut cofier en mars 1941 un manuscrit à Jean Grenier et un second à Pascal Pia. L’un et l’autre – le 19 avril pour le premier, le 25 pour le second -, le félicitent, « persuadé », pour Pia, « que, tôt ou tard, L’Étranger trouvera sa place, qui est une des premières ».

Les épreuves sont confiées à l’imprimerie Chantenay, sise 45 rue de l’Abbé Grégoire, dans le VIe arrondissement, et l’ouvrage est mis en fabrication à partir du 1er avril, d’après les archives Gallimard. Une vingtaine de jours suffira pour livrer l’ouvrage (achevé d’imprimé le 21), mis en librairie moins d’un mois plus tard, le 19 mai 1942, au prix de 25 francs, au milieu des autres parutions maison. Malgré la guerre, l’activité est intense : 11 nouveautés et 19 réimpressions. Parmi ces dernières, les déjà classiques de la maison : Claudel, Saint-Exupéry, Martin du Gard, Valéry, Gide ou Morand, et trois titres étrangers : Nietzsche, Jünger et Dostoïevski.

Une petite partie des 550 premiers exemplaires est diffusée dès le début du mois de mai, avec un tirage ‘spécial’ en service de presse portant la mention « S.P. » imprimée sur la page de titre et sur la quatrième de couverture. Le dos, pour ces derniers, ne comporte aucune indication du prix [25 francs]. Albert Camus, alors à Alger, n’en dédicace aucun. Les autres 4 400 exemplaires (moins les services de presse) seront livrés et proposés à la vente, divisés comme souvent chez Gallimard en huit tranches d’éditions de 550 exemplaires chacune, portant toutes, en bas de la dernière ligne de texte, la mention « Chantenay, Imp. Paris, 21-4-42 ».

Deux autres tirages, sur les mêmes plaques et donc rigoureusement identiques – on avait demandé à Chantenay de garder une empreinte de l’ouvrage ainsi que sa composition originale – auront lieu en novembre (9e et 10e éditions) puis décembre 1942 (11e à 14e éditions). Ces exemplaires porteront des mentions d’éditions (page de titre et quatrième de couverture, sans service de presse imprimé) et les achevés d’imprimer de l’un ou l’autre de ces deux mois. En règle générale, les exemplaires sans mention sont devenus rares et ceux imprimés pour la presse le sont encore davantage et sont considérés, faute de mieux, comme les « grands papiers » de L’Étranger.

Le premier tirage d’avril connaît un succès tout relatif, seulement relayé, malgré les efforts de Gaston Gallimard par une petite dizaine d’articles, pour un bilan critique mitigé selon Camus : « La critique : médiocre en zone libre, excellente à Paris. Finalement tout repose sur un des malentendus. Le mieux c’est de fermer ses oreilles et de travailler » (in Lettre à Fréminville du 6 septembre 1942, citée par Todd).

Le roman, néanmoins, se sera bien vendu – et Camus aura toute les difficultés du monde à en obtenir des exemplaires. En septembre 1942, il se plaint toujours de n’avoir eu entre les mains qu’un seul exemplaire de son roman. Il ne rentrera à Paris qu’en juin 1943, où il peut commencer à offrir quelques exemplaires, sur des retirages ou des exemplaires avec mention d’édition. Il retrouve difficilement des exemplaires sans mention et, à ce jour, nous n’en avons croisés que huit qui soient dédicacés, dont deux seulement sur un service de presse (envois postérieurs au deuxième semestre 1943). Trois autres exemplaires sans mention contiennent également une note autographe de Camus, sans que l’exemplaire soit dédicacé ; ces mentions ont été ajoutées là aussi très postérieurement.

Enfin, un seul a été dédicacé avec certitude avant le retour de Camus en France, fin août 1942 ; l’exemplaire lui avait été remis par un ami qui revenait de Paris, où il avait acquis l’exemplaire en question. C’est le seul exemplaire que Camus semble avoir vu depuis l’Algérie. 

Enfin, des dédicaces portées sur des exemplaires avec mention (mais toujours du tirage d’avril 1942) existent : notre recensement dénombre aujourd’hui 14 entrées. Puis d’autres dédicaces sur des retirages post-années 50, – sans qu’ils soient non plus très fréquents.

En janvier 1941, il regagne Oran avec Francine Faure qu’il a épousée en décembre 1940 à Lyon après avoir divorcé de sa première femme Simone Hié. Il y reste jusqu’en août 1942, époque à laquelle il revient en France. Le 22 septembre 1942, Albert Camus écrit à Jean Grenier qu’il travaille « à une sorte de roman sur la peste », et poursuit quelques jours après : « Ce que j’écris sur la peste n’est pas documentaire, bien entendu, mais je me suis fait une documentation assez sérieuse, historique et médicale, parce qu’on y trouve des «prétextes». » De fait, le roman est en gestation depuis plusieurs années. Camus – dont les premières notes sur le sujet ont été prises fin 1938 -, s’est abondamment documenté sur les grandes pestes de l’histoire dans le courant du mois d’octobre 1940. Son projet se précise dans ses Carnets en avril 1941, où figurent la mention « Peste ou aventure (roman) », suivi  d’un développement portant le titre La Peste libératrice. À André Malraux, qui a pressenti en Camus, jeune auteur encore inconnu en France, un « écrivain important » et s’emploie à faire publier chez Gallimard un premier roman intitulé L’Étranger, il écrit le 13 mars 1942 d’Oran, où il réside depuis janvier 1941 : « Dès que j’irai mieux je continuerai mon travail : un roman sur la peste. Dit comme cela, c’est bizarre. Mais ce serait très long de vous expliquer pourquoi ce sujet me paraît si  “naturel”. » Et, tandis que L’Étranger, bientôt suivi d’un essai, Le Mythe de Sisyphe, sont publiés à l’enseigne de la NRF,  Camus commence le travail d’écriture proprement dit au Panelier dans le Vivarais, où il s’est installé en août 1942 pour soigner une rechute de tuberculose. Fin août 1942. Trois mois après la publication de L’Étranger , Albert Camus ne peut plus supporter de cracher son sang et doit se mettre au vert, à la montagne, pour soigner sa tuberculose.

Les Camus, vers le 12-13 août, quittent l’Algérie pour s’installer dans la « maison-forte » du Panelier, à quatre kilomètres du Chambon-sur-Lignon, en Auvergne. C’est là que les accueille la belle-mère de la tante de Francine, Sarah Oettly, qui tient une pension de famille. Ce déménagement est induit par sa condition médicale qui lui fait rechercher des villages en altitude (le hameau du Panelier est perché à 1 000 m d’altitude, aux confins du Mazet-Saint-Voy et du Chambon-sur-Lignon).

Les exemplaires en service de presse sont les plus rares, et les plus recherchés.
Le tirage précis de ces exemplaires n’est pas connu. Le nombre de 100 à 150 est communément annoncé.

Plusieurs ont été luxueusement établis relativement tôt, par Pierre-Lucien Martin (9 exemplaires connus) ou Paul Bonet (2 exemplaires).

Ces exemplaires sont évidemment les plus spectaculaires.

Vendu
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