L’Étranger

Albert Camus

L’Étranger

Paris, Gallimard, (21 avril) 1942.
1 vol. (120 x 185 mm) de 159 pp. Reliure souple à la Vernier, veau naturel teinté d’un camaïeu sable, estampé d’une eau-forte originale figurant une vue d’Alger, rehaussé à l’or dans sa partie inférieure, titre à la chinoise à l’oeser brun, gardes de chèvre velours sable, tranches dorées sur témoins par Jean-Luc Bongrain, chemise et étui bordés, couvertures et dos conservés (reliure signée de Louise Bescond – titr. C. Ribal, 2022). 

Édition originale.

Exemplaire imprimé du service de presse.

Précieux exemplaire enrichi d’un témoignage capital sur L’Étranger : Albert Camus accepte l’adaptation de son roman, en formulant avis et mises au point. 

Montée en tête : 

[Paris], 4 septembre 1954. 4 p. en 2 f. (135 x 205 mm), à l’encre noire, signée « A.C. ». 

Brouillon autographe de la lettre à Rolf Hadrich, qui souhaite faire une adaptation de L’Étranger. 

La lettre finale n’est pas connue. Si plusieurs passages ont été plusieurs fois cités, son contenu intégral reste inédit. Elle est d’importance, puisqu’elle précise la vision et la réception même du texte et de son personnage principal. Camus, dans la préface de l’édition américaine de L’Étranger donnée l’année suivante, l’écrira de manière cette fois toute officielle : « J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale :  ‘Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort’. Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir […]. Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. » 

Cette préface, dit Roger Quilliot, est à rapprocher de « de ce que Camus a écrit, en 1954, dans un brouillon de lettre à M. Hädrich, qui lui avait soumis une adaptation de l’Étranger [qui n’est] ni réaliste, ni fantastique ». Et Quilliot de citer Camus et le document ici présent : « J’y verrai plutôt un mythe incarné, mais très enraciné dans la chair et la chaleur des jours. On a voulu y voir un nouveau type d’immoraliste : c’est tout à fait faux. Ce qui est attaqué de front ici ce n’est pas la morale, mais le monde du procès qui est aussi bien bourgeois que nazi que communiste, qui est en un mot le chancre contem¬porain. Quant à Meursault, il y a en lui quelque chose de positif : et c’est son refus, jusqu’à la mort, de mentir. Mentir, ce n’est pas seulement dire ce qui n’est pas, c’est aussi , c’est aussi accepter de dire plus qu’on ne veut, la plupart du temps pour se conformer à la société […] Si vous envisagez le livre sous cet angle vous y verrez une morale de la sincérité et une exaltation à la fois ironique et tragique, de la joie et du monde ». 

Le début de la lettre n’est pas moins importante : « il y a vingt ans que je m’intéresse au théâtre sous toutes ses formes et je sais que les feux de la rampe n’ont rien à voir avec la lumière calculée qu’on peut introduire dans un roman. Mais votre lettre et celle de M. Deblue m’ont donné envie de tenter avec vous cette aventure. Et je sais par expérience que cette sympathie est la seule garantie qu’on puisse désirer avant de décider d’une collaboration. Vous avez donc mon autorisation pour essayer d’adapter et de représenter L’ÉTRANGER […] Voici maintenant ce que je pense de votre plan […] il est bon. J’y ferai deux objections de détail : 

I°) Il est ennuyeux de ne pas voir le meurtre. D’abord parce que celui-ci est le centre du récit […] 

2°) Le monologue sur lequel vous terminer le 6e tableau me paraît impossible […]. » 

Suit un paragraphe afin « d’éviter le genre Kafka et l’expressionnisme », avant celui du « mythe incarné », cité plus haut par Quilliot, lequel reproduit ce passage dans l’édition de la Pléiade (2011, I, p. 1268-69). 

Ce document reste intégralement inédit, n’ayant jamais été reproduit, et seulement partiellement cité, notamment dans la monographie consacré à l’écrivain (Solitaire et solidaire, Lafon, 2009, p. 67) et dans L’Étranger, Essai et dossier par Bernard Pingaud (Gallimard, 2009, p. 191-192) ainsi que, plus amplement, dans Histoires d’un livre : L’Étranger (Imec, octobre 1990, p. 7-8). 

La rédaction de la lettre est donnée datée du 8 septembre 1954, quatre jours après la rédaction de ce brouillon. Elle reste pour l’heure inconnue, et aucune lettre d’Hadrich, ni avant ni après, ne figure dans les fonds publics ou privés étudiés – y compris le fonds Camus (ex-Imec-Méjanes) ; pas plus qu’il n’existe de projet plus élaboré de l’adaptation de L’Étranger, en tout cas du vivant de Camus. 

C’est la seule fois où Camus donnera son accord pour une telle adaptation. 

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