La Ballade de la geôle de Reading

Albert Camus, Oscar Wilde

La Ballade de la geôle de Reading

 Paris, Falaize, (25 octobre) 1952.
1 vol. (115 x 170 mm) de 89 p. [1] et 1 f. Broché.

Edition originale de cette nouvelle traduction et édition originale pour la préface d’Albert Camus, L’Artiste et son temps.

Envoi signé : ” à René Char, debout, lui aussi, entre l’art et les prisons, mais compagnon de route, irremplaçable, vers la liberté. Avec l’affectueuse, fraternelle amitié, d’Albert Camus.”

A la fin de l’automne 1954. Albert Camus est en Italie, à l’invitation de l’Association culturelle italienne. Il n’y avait pas séjourné depuis 1938 et se fait “une joie à la pensée de [la] retrouver ” (Carnets, III). Il y donnera une conférence, répétée à six reprises : L’Artiste et son temps. Ce texte, Camus le reprendra à Stockholm, trois ans plus tard, lors des discours du prix Nobel : c’est le grand discours donné à l’université d’Uppsala le 14 décembre 1957.

Publié dans les Discours de Suède, à la suite du discours prononcé à l’issue du banquet qui clôturait les cérémonies de l’attribution des prix Nobel, le 10 décembre,Camus y ajoutera la dédicace à son instituteur d’Algérie, Louis Germain.

Une première ébauche du texte avait été donnée en guise de conclusion à Actuelles, II, sous la forme d’interviews regroupées sous le déjà même titre, L’Artiste et son temps : « nous devons accepter les périls : le temps des artistes assis est fini. » Mais la parution originale, c’est en guise de préface à cette édition de Wilde qu’elle est donnée : c’est le procès de l’art « engagé » que Camus rouvre ici : “On peut être sûr que le talent qui n’a su produire qu’une oeuvre artificielle ne pouvait soutenir qu’une vie frivole et sans portée. Dîner tous les soirs au Savoy n’exige pas forcément du génie, ni même de l’aristocratie, mais seulement de la fortune… Il est douteux que Wilde ait jamais pensé, avant sa condamnation, qu’il existât des prisons. S’il y a pensé, c’est avec la conviction tacite qu’elles n’étaient pas faites pour les hommes de sa qualité […] “.

Oscar Wilde écrit ce livre quelques mois après être sorti de prison, à Berneval près de Dieppe puis à Naples, au cours de l’été 1897. Tous ses éditeurs se défilent devant le pestiféré, hormis Leonard Smithers, libraire-éditeur d’ouvrages pornographiques, qui sortira le livre en janvier 1898 à 800 exemplaires, sans nom d’auteur. Après la Ballade, Wilde ne produisit plus rien. Camus imagine qu’il « connut sans doute l’indicible malheur de l’artiste qui sait les chemins du génie, mais qui n’a plus la force de s’y engager. La misère, l’hostilité ou l’indifférence firent le reste. » La première traduction française est celle d’Henry Davray, pour Le Mercure de France, faite en collaboration avec Oscar Wilde, qui écrit, à propos de sa Ballade : « C’est mon chant du cygne (…) je suis devenu la ruine, l’effondrement de ce que j’eus naguère de merveilleux, de brillant et de terriblement invraisemblable (…). Je ne pense pas que je me remette jamais à écrire : la joie de vivre s’est enfuie et, avec la volonté, c’est la base de l’art. » À sa mort Wilde « nous laissait, royal héritage, De Profundis et la Ballade…»
Cet héritage, prédit Camus « annonçait aux initiés qu’un grand artiste, né depuis peu, venait de mourir. »

Les éditions Falaize avaient été créées en 1949 par Georges Fall, natif de Tunis, un temps directeur littéraire auprès d’Edmond Charlot, le premier éditeur d’Albert Camus. Ce dernier, avec malice, corrigera dans plusieurs exemplaires le béquet d’errata ajouté aux exemplaires : “lire Sophocle au lieu de Eschile”, avait indiqué l’éditeur. Et Camus d’y aller ici de son erratum personnel en ajoutant : ” Ici, lire Eschyle et admirer l’éditeur ! “.

Pour le reste, il n’est pas nécessaire de gloser – davantage – sur la pertinence d’une telle provenance, surtout ce texte dont l’importance ne sera que grandissante pour Camus.

Admirable envoi, et admirable provenance.

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