Il est difficile, mais il est gai, de s’imaginer de pierre…
Pour ce portrait de Bataille, antérieur au texte, Lapoujade aura dessiné à peine les contours de son visage, se concentrant sur l’expression intense de son regard et de sa bouche. Qui inspira ce texte, dense et important, de Bataille : « Il est merveilleux, il est risible d’être mort (…) Il est doux, il est puéril, il est voluptueux d’être mort : mort avalée comme une hostie, je ferme les yeux pour mieux rire et chanceler plus véritablement (…) je ne me dérobe pas à moi-même pour accorder mon existence à celle des autres, ou plutôt l’accord qui se fait vient de ma traîtrise avouée. Je me fais mais pour un temps trop court et bien comiquement le démon de la discorde, implacablement haï mais au fond (le plus souvent, il faut rire, ou il donne un malaise qui confine à l’éternuement) : je parle et je suis entendu criant à la figure de Jean ce que Jean n’aurait jamais dû entendre, le secret qui réduit le cou à un noeud d’étranglement ».
L’ensemble était destiné à une publication, Figures vives, qui ne vit jamais le jour. Le portrait de Breton – sans le manuscrit, perdu – ainsi que celui de Paul Eluard ont fait partie de la collection Destribats (V, 2022, n° 161 et III, 2021, n° 103.
Provenance : ancienne collection Jean Hugues ; collection Aristophil, 47, avril 2022, n° 168

