Frère Océan

Romain Gary

Frère Océan

Paris, Gallimard, 1965, 1967 et 1968.

3 vol. (145 x 210 mm) de 476, 276 et 297 p. Maroquin bordeaux, contreplats et gardes velours, titres dorés, dates en pied, tranches dorées sur témoins, couvertures et dos conservés, étuis (reliure signée de Goy et Vilaine).

Édition originale.

Un des 27 et 23 premiers exemplaires sur vélin de Hollande (n° 11).

La trilogie de Frère Océan annonce dès le premier titre – Pour Sganarelle – son caractère polémique : Gary y attaque le Nouveau Roman rebaptisé « roman individualiste totalitaire » et défend « uniquement de ce qui m’inspire et m’attache si profondément à la vie : c’est une histoire d’amour. Valet du roman, je suis un Sganarelle aux gages du chef-d’œuvre, gages que je ne toucherai probablement jamais. »

À ce qu’il tient pour une « préface à un roman en cours d’élaboration, Frère Océan », il ajoute deux autres textes : La Danse de Gengis Cohn et La Tête coupable. Dans l’un, Gary aborde pour la première fois la Shoah… sur un ton burlesque, ridiculisant Schatz, le S.S. hanté par l’esprit (dibbouk) du juif Gengis Cohn dont il avait commandé l’exécution. « L’humour a été pour moi, tout au long du chemin, un fraternel compagnonnage : je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. » Le comique cache ici une expérience douloureuse qui devait le faire se sentir « plus jamais le même », qu’il confiera peu après : « Au cours d’un voyage à Varsovie, j’ai visité le musée de l’insurrection. Je savais tout sur le meurtre des six millions de Juifs […]. Mais si je parlais souvent de mes origines juives, au fond je ne me sentais pas juif, malgré mon attachement à la mémoire de ma mère. Or, devant la section du musée consacrée à la révolte du Ghetto, je me suis soudain écroulé et suis resté évanoui vingt minutes. Je ne m’étais peut-être pas rendu compte du poids qu’avait eu pour moi, dans cette ville où j’avais été élevé, cette immense, cette massive absence : celle des Juifs. À ce moment, je me suis senti plus que juif. » (entretien avec Jelenski, Livres de France, mars 1967).

De manière assez égale – et injuste – la critique fut sévère avec la trilogie de Gary. De fait à contre-courant, il demeura imperturbable : « La critique en France, je vais vous dire, ne juge jamais un livre, mais une personnalité. Et il se trouve que la mienne les agace depuis longtemps. On m’a toujours fait la gueule à Paris. »

Remarquable ensemble en reliure uniforme, sobrement établis.

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