Faire du chemin avec… | Couloir aérien

René Char

Faire du chemin avec… | Couloir aérien

S.l.n.d. [Les Busclats, 1975].
24 + 5 f. (245 x 170 mm), sur Roma Fabriano,  dans un carnet relié de demi-veau bleu.

Deux merveilleux manuscrits autographes de deux oeuvres parmi les plus significatives de la dernière période du poète.

Faire du chemin avec est… un texte que Char publie en 1976, et qu’il intégrera trois ans plus tard dans Fenêtres dormantes et portes sur le toit (Gallimard, 1979). Une oeuvre, crépusculaire et puissante, qui porte sur la folie des hommes et la beauté des choses.

Le texte a été composé dès 1972, comme l’indiquent les deux manuscrits préalablement connus, donnés à Anne Reinbold, sa compagne d’alors, reliés par Georges Leroux, sur commande de Char. Ils sont aujourd’hui dans deux collections privées – l’un étant en vente publique en 2014 (Artcurial, 16 avril 2014, n° 334), avant que nous le présentions à l’exposition Supplément d’âme consacré à René Char, en 2015, à Lourmarin.

René Char se fit néanmoins établir un troisième manuscrit, celui-là définitif et mis au propre, pour sa gouverne, que nous présentons aujourd’hui – et jusqu’ici inédit : Char l’a soigneusement composé et rédigé, d’une large plume à l’encre de chine noire, sur un papier d’exception : le Fabriano Roma – Michelangelo, un papier vergé 100% coton que le poète réservait à ses plus précieux manuscrits.

Daté de 1975, il reprend l’intégralité du texte qui sera publié l’année suivante, dans un libelle – au sens premier de « petit livre » -, « tout en feuilles, sans couverture, comme un discours de Saint-Just à la Convention », en dira-t-il. Car le texte dénonce aussi, tel un pamphlet, les « utopies sanglantes du XXe siècle » : ces fragments disent « le sentiment d’impuissance et la nostalgie d’un temps où l’action politique était encore possible. Temps du maquis bien sûr, temps des Matinaux, temps des ‘dieux hagards’ que sont Baudelaire, Melville et Van Gogh » (in Dictionnaire Char, p. 235).

À la suite de ce texte, René Char en ajoute un second – qui sera lui aussi intégré à Fenêtres dormantes – : Couloir aérien. C’est le souvenir d’une promenade avec son ami Georges Duthuit, en 1948, dans le parc des Névons, près de L’Isle-sur-Sorgue. Un texte, là aussi capital, en parfait contrepoint du premier.

« La nature et nous souffrons des mêmes maux,

creusons les mêmes désaveux,

répugnons au chaos.

La nature et nous recelons la substance

d’une même allégresse.

Cependant que le rêve se glisse hors du rêve

et s’empresse à distance dans ce monde brûlé,

nous épargnons nos richesses pour un prochain désastre.

Ah ! si bien se comprendre et si peu s’entraider.

(…)

Si le monde est ce vide, eh bien ! je suis ce plein.

Une rose sans personne.

Une rose pour verdir.

(…)

Quelques débris de neige serrent le coeur sans le glacer. Le temps reste à la neige. »

Comme souvent chez Char, la lecture nous conduit comme en proximité et en voisinage du poète, sans prétendre pouvoir tout expliquer, tout mesures. Mais toujours ressentir.

Le choix délibéré de réunir ces deux oeuvres à la suite – Faire du chemin avec… et Couloir aérien – et de les composer, pour soi, si soigneusement, montre bien toute l’importance que Char donnait à ses deux textes.

Le titre du premier sera repris pour la première exposition majeure consacrée au poète, en 1990, à la Grande chapelle du Palais des papes d’Avignon : « René Char. Faire du chemin avec ». Il donnera également son titre au catalogue et au film de Richard Copans, réalisé en 1992, consacré à René Char et ses « alliées substantiels », ses amis les peintres.

À cette date, Char a collaboré avec les plus grands : Braque, Picasso, Miro, Giacometti, Nicolas de Staël, jusqu’à Zao-Wou-Ki. Avant lui, un dernier artiste sera de son cheminement : Alexandre Galperine. Né en 1937 dans la colonie russe de Boulogne-Billancourt, il fréquente l’École des Beaux-Arts et les Ateliers de la Ville de Paris puis intègre l’atelier d’Henri Goetz (successeur d’André Lhote). Il s’installe en Provence où il fréquente René Char, de 1974 à 1988. De cette amitié naît une oeuvre graphique exclusive et multiple, en proximité des deux hommes. Galperine composera pour Char plusieurs manuscrits enluminés, et enrichira ses dernières oeuvres de petites images aussi poétiques que délicates.

C’est à lui que René offrira in fine ce manuscrit, quelques mois avant sa mort, en 1988, en témoignage de leur amitié.

Le manuscrit de Faire du chemin avec… pourra alors rejoindre les deux exemplaires que, douze ans auparavant, René Char lui avait offert, au moment de l’édition publiée, et que nous proposons également :

le tirage de tête : seulement 50 exemplaires imprimés. Char offre ici l’exemplaire n° 49 à Alexandre Galperine ;

l’édition courante, qu’il dédicace à son ami avec cet envoi : « Pour Alexandre, sur toutes les routes de son souffle. R.C. » Une photographie originale des deux hommes, ensemble dans le jardin de la maison de Char, « Les Busclats », à L’Isle-sur-Sorgue, est ajoutée, ainsi qu’un dessin original de Galperine, en page de titre ; une délicieuse composition à la gouache d’un paysage, formant une allée bordée d’un grand arbre avec deux personnages cheminant, signé et daté ‘AG 76′ par l’artiste.

Ces plaquettes sont imprimées par la fameuse « imprimerie Union » de Louis Barnier. René Char en sera un familier pendant près d’un demi-siècle, depuis Le Marteau sans maître paru aux Éditions Surréalistes en 1934, jusqu’à la fin des années 1970. On y recense entre autres La bibliothèque est en feu (1956), Lettera Amorosa (1963), L’Effroi la Joie (Au vent d’Arles, 1969), Se rencontrer paysage et Contre une maison sèche (1975 et 1976) et enfin, toujours en 1976, ce Faire du chemin avec.

Le manuscrit de René Char est composé sur le papier « Roma » vergé des papeteries Fabriano, l’un des papiers d’excellence du fabricant italien, au filigrane qui reproduit, en bas à gauche, l’inscription C.M. Fabriano, enfermant l’image d’un loup allaitant deux jumeaux dans un ovale et l’inscription ROMA.

Ce magnifique papier est fabriqué dans les plus belles traditions du moulin Fabriano, datant du début de la fabrication de papier européen au XVe siècle. Ce papier fait main est particulièrement adapté pour les éditions de luxe et prisé des artistes pour les pastels, le fusain et le dessin. Il est neutre en termes de pH, ce qui garantit son inaltérabilité dans le temps et est exempt de chlore.

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