Dessins de Victor Hugo

Victor Hugo

Dessins de Victor Hugo

Paris, Castel, 1862.
1 vol. (265 x 340 mm) de 27 p. et [13] illustrations. Percaline marron, décor à encadrement, filets à froid dorés sur les plats, grands fers dorés gravés d’après les dessins de Victor Hugo sur les plats, dos orné, tête dorée (Ch. Magnier).

Édition originale.
Ex-dono autographe en tête :

” EXILIUM VITA EST / VICTOR HUGO /HAUTEVILLE HOUSE 1863 “.

C’est l’un des rares exemplaires que le poète ait eu entre les mains et qui fut diffusé à Guernesey. L’inscription latine ici retranscrite est celle qui ornait la porte de la salle à manger d’Hauteville-House : « la vie est un exil ».

Il s’agit de la première publication uniquement consacrée aux dessins de Victor Hugo : elle comprend 12 planches hors texte d’aquatintes réalisées par Paul Chenay et 10 vignettes gravées sur bois par Gérard, reproduites dans le texte de Théophile Gautier.

Hugo dédie ce livre « au rocher d’hospitalité et de liberté, à ce coin de vieille terre normande où vit le noble petit peuple de la mer, à l’île de Guernesey, sévère et douce, mon asile actuel, mon tombeau probable », après avoir donné son accord à l’éditeur Castel de reproduire « ses espèces d’essais de dessins » au seul motif que le produit de cette publication ira à sa fondation des dîners des enfants pauvres à Guernesey « que je voudrais accroître et surtout propager ».

La composition fut longue et compliquée – le projet date de l’année précédente -, mais l’ouvrage, à la fois livre et album, peut enfin paraître en fin d’année, quelques mois après Les Misérables : le feuilleton du Journal de la librairie annonce sa mise en vente chez son éditeur-imprimeur Castel, en avant-première, du 10 au 13 décembre.

Paul Chenay offrit trois exemplaires de l’ouvrage au poète exilé et il se peut que cet exemplaire soit l’un de ces trois. L’un d’eux se retrouve dans la collection de Louis Barthou et le nôtre, après l’inscription latine portée en tête par Victor Hugo, a ensuite été offert à Hennet de Kesler, qui l’offrit à son tour, avec un « Hommage Manuscrit » signé en fin, au révérend Edmond Curey, pasteur de l’Église anglicane de Guernesey. En regard est contrecollé l’article original de la critique de l’ouvrage, paru tel quel dans la gazette de Guernesey.

Hennet de Kesler fut arrêté à Paris en juin 1849 pour sa participation à l’Affaire du 13, celle du Conservatoire des arts et métiers. Directeur du journal La Révolution en décembre 1851, il rédigea, signa et afficha un appel à la résistance et tint la barricade du Petit-Carreau. Kesler avait échangé avec Hugo sa première poignée de main le 3 décembre au matin, avant d’être arrêté le lendemain : la « commission de révision de Paris » prend à son encontre une mesure immédiate d’éloignement, ainsi motivée : « Socialiste exalté. Affilié aux sociétés secrètes. Excitation à la révolte. Disait après son arrestation qu’il se félicitait de ce qu’il lui arrivait. » Il se réfugia à Londres, puis s’installa à Jersey en mai 1854 et entra dans l’intimité de la famille Hugo. Il collabore au journal L’Homme dirigé par Ribeyrolles et fit partie des trente-six proscrits qui signèrent, le 17 octobre 1855, la protes¬tation contre l’expulsion, rédigée par Victor Hugo, du colonel Louis Pianciani, Philippe Thomas et de Ribeyrolles. Cette signature lui valut, comme à tous les autres, l’expulsion de l’île. Il suivit alors la famille Hugo à Guernesey et l’écrivain l’hébergera à Hauteville House à partir du 14 décembre 1866. La fraternité commencée sur les barricades se continua dans l’exil et se poursuivit jusqu’à la mort d’Hennett de Kesler, le 6 avril 1870.

Le 7 avril, Victor Hugo prononça sur la tombe de Kesler ces paroles : « Le lendemain du guet-apens de 1851, le 3 décembre, au point du jour, une barricade se dressa dans le faubourg Saint-Antoine, barricade mémorable où tomba un représentant du peuple. Cette barricade, les soldats crurent la renverser, le coup d’État crut la détruire ; le coup d’État et ses soldats se trompaient. Démolie à Paris, elle fut refaite par l’exil. La barricade Baudin reparut immédiatement, non plus en France, mais hors de France ; elle reparut, bâtie, non plus avec des pavés, mais avec des principes (…). Elle est haute comme la vérité, solide comme l’honneur, mitraillée comme la raison ; et l’on continue d’y mourir. Après Baudin, – car, oui, c’est la même barricade ! – Pauline Roland y est morte, Ribeyrolles y est mort, Charras y est mort, Xavier Durieu y est mort, Kesler vient d’y mourir. (…) Adieu, mon vieux compagnon. Tu vas aller où sont les esprits lumineux qui ont éclairé et qui ont vécu, où sont les penseurs, les martyrs, les apôtres, les prophètes, les précurseurs, les libérateurs (…) et tu leur diras à tous que tout est bien, et qu’en France une intrépide légion combat plus ardemment que jamais, et que, hors de France, nous, les sacrifiés volontaires, nous, la poignée des proscrits survivants, nous tenons toujours, et que nous sommes là, résolus à ne jamais nous rendre, debout sur cette grande brèche qu’on appelle l’exil, avec nos convictions et avec leurs fantômes ! » (Actes et paroles)

L’exemplaire Paul Chenay, conservé à la Maison Victor Hugo (2015.0.31), est truffé de quatre dessins originaux et plusieurs dizaines de documents manuscrits autour de la publication, tandis que l’exemplaire Barthou contient le manuscrit de la préface de Gautier. L’exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale contient quant à lui la longue lettre à l’éditeur Jean-Pierre Stanislas Castel. Plusieurs autres échanges au même sont connus, Hugo reprochant le manque de sens commercial de l’éditeur : il lui écrit par exemple le 29 décembre voir « dans les journaux que l’Album a paru avant-hier seulement, huit jours après la publication de ma lettre. Si vous attendiez de cette lettre quelque effet, il eût fallu ne la mettre dans les journaux que la veille de l’apparition de l’Album. Huit jours après, l’effet sur lequel vous sembliez compter est absolument perdu. Ceci, joint au déplorable retard de la publication, nuira, je le crains, grandement au succès immédiat. Vous vous rappelez que j’avais recommandé (inutilement, par malheur), pour la vente du jour de l’an et des étrennes, que l’Album parût avant le 1er novembre (…). Je désire que toutes ces inexpériences qui ont présidé à votre publication ne vous portent pas à préjudice. Le succès se retrouverait plus tard, je l’espère, mais l’effet actuel n’est pas moins compromis. Voyez, je vous prie… dans mes observations une preuve de vif intérêt que je prends à votre succès et croyez-moi votre bien cordialement affectionné… Veillez aux envois nécessaires. Priez M. Chenay de vous remettre une lettre de moi où je lui donne des adresses et des indications utiles et importantes. Je mettrai mardi tous les envois à votre intelligente sollicitude... »

Précieux exemplaire de remarquable provenance.

Le seul exemplaire, à notre connaissance, à comporter un mot autographe de Victor Hugo depuis le lieu de son exil.

Rousseurs éparses ; quelques restaurations au cartonnage.

Maurice Clouard, Notes sur les dessins de Victor Hugo accompagnées de lettres inédites, in Revue d’Histoire littéraire de la France, 5e Année, n° 3 (1898), pp. 341-364.

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