Dessin original : jeu du pendu représentant Silvia Hamilton

Antoine de Saint-Exupéry

Dessin original : jeu du pendu représentant Silvia Hamilton

S.l.n.d. [New York, premier trimestre 1943]
1 f. (150 x 100 mm) à la mine de plomb.

 

Saint-Exupéry pend Silvia Hamilton : terrible jeu du pendu sur lequel un corps de femme, dans la même tenue que Le Petit Prince, se balance au bout de la corde.

Le mot à trouver était SILVIA, raturé au premier Y, transformé en i.

 

Saint-Exupéry dessina une seconde potence et quatre fleurs de pissenlit, détails emblématiques de son maître-ouvrage. Les lettres AEX (Antoine de Saint-Exupéry ?) y sont barrées dans l’angle inférieur droit – ses propres initiales donc  : le pendu à trouver, ce n’est pas lui, c’est elle ! La seconde potence, si le jeu avait été poursuivi, aurait-il donné comme nom « Gottfried » ? Probable.

 

Silvia Hamilton Reinhardt fut le grand amour new-yorkais d’Antoine de Saint-Exupéry : c’est à elle qu’il donna, avant son départ pour l’Afrique du Nord, le manuscrit original du Petit Prince (aujourd’hui conservé à la Pierpont Morgan Library de New York). Ils se séparèrent dans l’amertume en 1943, Saint-Exupéry soupçonnant – avec raison – une liaison entre Silvia (que Saint-Exupéry orthographiait “Sylvia” dans ses lettres) et le réalisateur et producteur de films Gottfried Reinhardt, qui travaillait pour les studios de la Fox.

Ce crayonné est vraisemblablement l’esquisse, voire l’idée princeps, d’un autre fameux dessin, plus abouti, exécuté à l’encre et à l’aquarelle : il représente Saint-Exupéry, pendu sur sa planète, tandis que, sur la planète “Fox”, un couple (Silvia et Gottfried) est enlacé : ce dessin et notre crayonné sont les deux seuls à évoquer de manière si tragique cette douloureuse séparation.

C’est à Silvia que Saint-Exupéry donna, avant son départ pour l’Afrique du Nord, le manuscrit original ainsi que de nombreux dessins et études préparatoires du Petit Prince, en témoignage de l’empreinte qu’elle laissa dans ce livre, écrit à New York durant les mois de leur relation. La plupart des biographes s’entendent à dire que c’est Silvia qui aurait inspiré le discours du renard attendant le coeur battant l’arrivée de son nouvel ami, comme elle dut se résoudre à attendre dans l’inquiétude les visites improvisées que lui rendait Saint-Exupéry, presque quotidiennement. Amie la plus proche de Saint-Exupéry pendant la dernière année de son exil américain, Silvia Hamilton (1910-1994) débuta par une carrière de journaliste avant de devenir actrice. Elle épousa en mars 1944 le réalisateur et producteur de films d’origine allemande, Gottfried Reinhardt, fils du metteur en scène Max Reinhardt, et qui travaillait à la Fox MGM. Saint-Exupéry, qui la soupçonnait de fréquenter déjà Reinhardt au moment de leur relation à tous deux, en fut certainement blessé, « égoïstement », et dut le lui reprocher, ce qui peut expliquer l’évocation des heures amères et des tendresses mal comprises dont il est question dans cette lettre. Et cela peut être confirmé par l’aquarelle passée en vente le 4 juin 2020 (étude Kâ-Mondo), représentant un Petit Prince pendu à une potence sur la planète Terre, avec en arrière-plan un couple assis sur une planète au nom de la Fox (…) » (Benoît Forgeot, in Antoine de Saint-Exupéry, manuscrits, correspondances, tapuscrits, dessins, 2023).

 

Silvia Hamilton-Reinhard livrera par la suite des souvenirs précis sur Saint-Exupéry : « Quand nous nous sommes rencontrés il m’a raconté l’histoire du Petit Prince qu’il n’avait pas encore commencé d’écrire. Comme il faisait constamment de merveilleux croquis, je lui suggérai d’illustrer lui-même ce livre. […] Au printemps 1943, il réussit enfin à rejoindre l’Afrique du Nord. Les conditions qu’il y trouva le rendirent malheureux, ce que décrivent particulièrement bien les deux dernières lettres qu’il m’adressa. […] Le jour de son départ approchait (pour l’Afrique du Nord, avril 1943). Je lui fis faire un bracelet d’identité en or. […] Je le lui donnai le matin où il vint me faire ses adieux. En partant il me dit : Je voudrais te donner quelque chose de splendide, mais c’est tout ce que j’ai. Il me mit dans les mains son vieil appareil Zeiss Ikon et le manuscrit français du Petit Prince ».
(in Icare, n°84, 1978 ; dans cette même livraison est reproduite la fameuse lettre-testament de mai 1942, écrite depuis Alger).

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Provenance
: Librairie Les Neuf Muses, Alain Nicolas ; collection privée. 

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