Chronique des temps héroïques

Max Jacob, Pablo Picasso

Chronique des temps héroïques

Paris, Louis Broder, collection « Écrits et Gravures », n° 2, (24 octobre) 1956

1 vol. (190 x 255 mm) de 122 p. et [1] f. Maroquin grenat, décor de filets à froid sur les plats, reprise du décor sur le dos, doublures de maroquin bleu, gardes de soie, titre doré, tranches dorées sur témoins, couverture illustrée conservée, chemise et étui bordés (reliure signée de Semet et Plumelle, 1960).

 

Précieux et exceptionnel exemplaire, unique, sur japon.

Il est imprimé spécialement pour l’éditeur, Louis Broder.

 

Il est enrichi d’un grand portrait original par Pablo Picasso, aux crayons de couleurs (bleu et rouge) représentant Max Jacob, signé et daté :

 

« Picasso, Cannes le 14.1.57 pour Louis Broder ».

 

C’est le seul exemplaire imprimé sur ce papier, avant les 170 exemplaires du tirage, tous imprimés sur vergé de Montval. Les 30 premiers exemplaires sont enrichis d’une suite des trois pointes-sèches.

Cet exemplaire, composé pour et par Louis Broder, contient en sus les pièces suivantes :

 

– la couverture lithographiée, imprimée sur japon ;

– le portrait frontispice lithographié, sur japon, ici rehaussé à la main et en couleurs par Picasso ;

– le portrait frontispice sur vergé de Montval, justifié 2/2 et exceptionnellement signé ;

– le portrait frontispice sur vélin fort – seule épreuve connue sur ce papier ;

– les 3 pointes-sèches, sur japon également, ici aussi exceptionnellement rehaussées à la main et en couleur par Picasso ;

– les 3 pointes-sèches sur vergé de Montval, exceptionnellement signées par l’artiste. On ne connaît aucune autre suite de ces trois pointes-sèches signées, hormis celles des épreuves Broder qui comportent la mention autographe du peintre au crayon : « Bon à tirer / Picasso / Cannes le 10.9.56 » (Aguttes, septembre 2021, n° 442). La suite présente dans les 30 exemplaires du tirage de tête n’est signée dans aucun des exemplaires connus ;

– la couverture en lithographie de l’étui, en triple état ;

– le feuillet de souscription, sur japon ;

– un état supplémentaire de la lithographie du deuxième plat de l’étui ;

– la suite des 24 bois gravés par Aubert sur vergé de Montval.

 

 

Le texte de cette Chronique est une commande passée en 1935 à Max Jacob par l’épouse du marchand d’art Paul Guillaume pour honorer sa mémoire. Elle s’adressait ainsi à celui qui saurait le mieux relater l’époque de cette avant-garde qu’il avait tout à la fois initié et vécu aux côtés d’Apollinaire, Picasso, Salmon ou Braque.

 

« Le projet deviendra ce récit fondamental sur le cubisme : La Chronique des temps héroïques, commencée en 1935 dont seul le début parut du vivant de Max Jacob, en 1937. C’est en 1956 que Louis Broder en fera cette édition limitée, à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de la naissance du poète, avec des eaux-fortes de Picasso, d’après un manuscrit complet des huit chapitres. Le texte de cette édition n’avait jamais été repris depuis. Il n’existe pourtant pas de témoignage aussi vivant et direct sur l’aventure de l’art moderne, depuis la bohème montmartroise jusqu’aux frasques des années folles. »

 

Picasso y a créé 3 hors-textes, traités à la pointe-sèche, datés du 7 septembre 1956 (d’après le bon à tirer du frontispice) : elles représentent chacune Max Jacob écrivant, de dos, nu, ainsi que son profil, tête penchée. Picasso avait également fait un portrait de profil de son ami alors qu’il était à Vallauris, le 23 septembre 1953 – celui qu’il décida de retenir ici pour le frontispice de ce livre : le bon à tirer de cette lithographie est daté « Cannes, 10.09.56 ». Pour la couverture et l’étui, Picasso créa deux autres lithographies originales en couleurs, puis ajouta 24 gravures sur bois, exécutées par Georges Aubert, d’après des dessins dans l’esprit des in-textes du Chef-d’œuvre inconnu, le texte de Balzac que Picasso avait illustré en 1931 chez Ambroise Vollard.

 

« On peut affirmer que non seulement Max est le premier ami français de Picasso et qu’il va offrir libéralement à Pablo toute cette culture dont il est porteur, mais que, durant vingt ans ils vivront l’un à côté de l’autre, une amitié plus solide qu’on ne veut bien le dire, et toutes les ‘batailles’, les grandes heures d’un art nouveau dont ils se veulent les chefs de file à commencer par le cubisme. »

 

Max Jacob (né en 1876) est celui avec lequel Picasso publie son deuxième livre illustré, le célèbre Saint Matorel, chef-d’œuvre commandé par Henry Kahnweiler en 1911. Ils se sont rencontrés en 1901 à Paris, l’un venant de Quimper, sa ville natale l’autre tout fraîchement débarqué de Barcelone. Le poète a découvert le travail du peintre dans la galerie de Vollard qui expose pour la première fois le jeune Pablo Ruiz Picasso. Pablo et Max partagèrent une chambre boulevard Voltaire avant que le peintre ne s’installe rue Ravignan, à l’adresse devenue mythique du « Bateau lavoir », ainsi baptisée par le poète. Au numéro 7 de cette même rue, Max Jacob louera même un temps une petite chambre pour faciliter ses visites quotidiennes dans l’atelier de son ami. Au sortir de la guerre, c’est encore à Picasso qu’il demande d’être son parrain de baptême (le 16 février 1918, à la chapelle Notre-Dame-de-Sion à Paris), avant que Picasso le prie d’être son témoin de mariage avec Olga Khokhlova six mois plus tard, à l’église orthodoxe Saint-Alexandre-Nevsky.

 

Douze ans après la mort tragique du poète, au camp de Drancy en 1944, Louis Broder permet à Picasso de livrer le plus bel hommage posthume qui soit, témoignage de cinquante ans d’amitié renvoyant aux premières heures de leur longue connivence. À soixante-quinze ans, Picasso œuvre ici comme jamais pour le grand compagnon de ses débuts. Celui auquel Éluard avait écrit sur un exemplaire de Cours naturel « À Louis Broder qui aime les livres encore plus que moi » a laissé dans le monde de l’édition d’art une empreinte aussi brève que majeure. Une dizaine de livres, deux collections « Miroir du poète » et « Écrits et gravures », dont cette Chronique est la deuxième publication, suffirent à distinguer les éditions Louis Broder dans le paysage éditorial de son époque.

 

En 1956, Picasso collabore à pas moins de dix livres, pour lesquels il donne une ou plusieurs illustrations originales. Des dessins originaux orneront ainsi les couvertures du catalogue raisonné Mourlot, Picasso lithographe III (Monte-Carlo, André Sauret) et celles de deux expositions personnelles : Picasso (Cannes, Galerie 65) et Picasso dessins d’un demi-siècle (Paris, Berggruen & Cie). Pour un autre type de livres, Picasso illustre le texte de Roch Grey, Chevaux de minuit, paru chez Iliazd, celui de René Crevel, Nuit, paru chez PAB, ainsi que deux ouvrages d’hommage pour trois de ses plus proches amis : Cocteau, Témoignage, chez Pierre Bertrand ; Éluard, Un poème dans chaque livre, chez Louis Broder et cette Chronique des temps héroïques, point final de trente ans d’amitié avec Max Jacob.

 

Pablo Picasso. Les Livres illustrés, collection Steinhauslin. Genève, Cramer, 2006, p. 210, n° 78.

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