Carte postale adressée à Man Ray

Pablo Picasso, Paul, Nusch et Cécile ELUARD

Carte postale adressée à Man Ray

Mougins, hôtel ” Vaste Horizon “, 7 août 1937.

1 carte postale (120 x 160 mm) du palais du Facteur Cheval à Hauterives, adressée à « Mr. Man Ray, 49 rue Denfert-Rochereau, Paris XIVe », signée par Pablo Picasso, Dora Maar, Paul, Nusch et Cécile Éluard,- alors âgée de 19 ans.

Un été à la Garoupe : exceptionnel témoignage de l’été 37, à Mougins, où les couple Eluard et Picasso attendent le couple Man Ray- Ady Fidelin. 

Nous sommes le lundi 26 juillet 1937 : la date du départ pour Picasso et Dora Maa, qui entraînent leurs amis sur la route de la Côte d’Azur : à bord de l’imposante Hispano-Suiza conduite par Marcel, son chauffeur personnel, on retrouve Paul Éluard, sa fille Cécile et sa femme, Nusch.

Picasso sort d’une période féconde, et historique : il vient tout juste d’achever Guernica, dans son atelier du 7, rue des Grands-Augustins. Pour la première fois, Picasso a peint en présence d’un observateur : Dora Maar, qui prit des photos de l’œuvre au fur et à mesure de sa réalisation, que Picasso utilisa pour modifier la toile, notamment la balance des blancs et des noirs. Guernica est achevé au début du mois de juin et est immédiatement exposée lors de l’Exposition universelle de 1937, à Paris, au pavillon de l’Espagne, à partir du 12 juillet 1937.

L’heure du repos arrive donc pour le couple.

Eluard et Picasso se connaissent depuis les années 1920, et c’est par Paul Eluard que Picasso rencontre Dora Maar. La sympathie fraternelle et l’émulation partagée par les deux hommes sont telles qu’ils vont passer leurs vacances ensemble, avec leurs compagnes et amis, dans le sud de la France, pendant trois étés consécutifs, à partir de 1936, à chaque fois en prenant leurs quartiers dans un établissement modeste de Mougins – l’Hôtel Vaste Horizon. Les photographies réalisées par Dora Maar sont autant des instantanés montrant un groupe de camarades souriants, profitant de la plage, du soleil et des bains de mer, que des portraits artistiques en clair-obscur. C’est pendant ce premier été que Eluard écrit, entre autres, « À Pablo Picasso », qui paraîtra dans Les Yeux fertiles. 

L’été suivant est donc attendu avec vive impatience et le groupe quitte Paris ce 12 juillet, pour rouler un voyage en partie de nuit, « horriblement fatigant » dixit Dora Maar, qui les mène au sud de la vallée de Rhône, pour une première étape à Hauterives, dans la Drôme, entre Vienne et Valence. Le lendemain, après un peu de repos, direction le Palais Idéal construit par le facteur français Ferdinand Cheval, pendant plus de trente ans, que Picasso souhaite visiter. 

« Sous l’objectif du moyen-format Rolleiflex de Dora Maar, dont on aperçoit le trépied et la sacoche entre les mains de Picasso – sur une photo aujourd’hui dans la collection du Centre Pompidou -, les deux couples d’amis posent, le temps de découvrir la terrasse du Palais idéal qu’ils viennent sans doute d’atteindre par les escaliers de la façade Est. Quelques jours plus tard le 7 août, fasciné par le souvenir du Palais idéal et de son illustre auteur, Picasso réalise une série de dessins au crayon, connue sous le nom du Carnet du facteur Cheval. » (Dora Maar et Pablo Picasso au Palais idéal, Exposition, septembre-mars 2023, à l’occasion de la présentation de photographies originales de Dora Maar sur place, lors de cette visite). 

Dora Maar immortalisera le moment par une photographie représentant les deux amis à l’entrée du « Palais imaginaire ». Leur goût partagé pour l’art naïf et l’univers onirique, cher aux surréalistes, les rassemble et trouve un écho dans ce monument singulier. Ce même jour, le groupe achète une carte postale des lieux, que la poste de Mougins expédie quelques jours plus tard vers le 40 rue Denfert-Rochereau à Paris, chez le photographe Man Ray. 

Signée par Dora Maar, Picasso, Paul Éluard, sa fille Cécile et Nusch Éluard, la carte porte ce simple mot : « on vous attend tous les deux ».”

C’est ce document que nous présentons ici : le groupe ” Picasso – Eluard ” attend avec impatience leur compère Man Ray, toujours à Paris. Le ” On vous attend tous les deux “, s’adresse à Man Ray et sa compagne Adrienne Fidelin, dite Ady. La carte est signée par les cinq vacanciers, avec cette mention de la main d’Eluard :  “Vaste Horizons, Mougins (Alpes Mmes)” . 

Non datée, la carte porte le tampon postal de Mougins du 7 août 1937, porté à trois reprises.

Man Ray et Ady les rejoindront de fait quelques jours plus tard, au 15 août, en même temps que le dernier couple de cet été 1937. Roland Penrose et Lee Miller, chez qui Man Ray, Paul Éluard – qui travaillent à la composition des Mains libres, qui paraîtront en décembre – et Nusch avaient séjourné début juillet, en Cornouailles. Cette dernière et Dora Maar, photographes émérites, immortaliseront de nombreuses scènes de cet été-là, tout comme Picasso, qui possède un appareil 35 mm qui ne le quitte jamais. 

Et évidemment Man Ray, qui veut profiter de la lumière de la Côte d’Azur pour tester une nouvelle pellicule couleur Kodachrome. Il filme donc le village, ses amis, leurs escapades sur la plage de la Garoupe :  « ce sont ces essais, reconnaissables à leur couleur, que le réalisateur François Lévy-Kuentz prend comme point de départ pour Un été à la Garoupe. Il y entremêle des extraits de courts-métrages de Man Ray (L’Etoile de mer, Les Mystères du château du Dé, Le Retour à la raison, avec Kiki, la reine de Montparnasse) et de nombreuses photographies issues des fonds Ray, Miller et Maar, souvent à l’état de planches-contacts. »”

Charleroi, musée de la Photographie, Man Ray intime, 22 février – 1er juin 2003, p. 82. ; Collection Lucien et Edmonde Treillard, Sotheby’s, 2021, n° 101

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