Le Théâtre et son double

Antonin Artaud

Le Théâtre et son double

Paris, Gallimard, coll. « Métamorphoses », (10 mai) 1944
1 vol. (140 x 190 mm) de 154 p., [2] et 1 f. Autruche marron, titre doré, doublure et gardes d’autruche poncée, tranches dorées sur témoin, couvertures et dos conservés, chemise et étui (reliure Georges Leroux, 1969).

Précieux exemplaire en reliure de Georges Leroux, comportant un long envoi-manifeste à son ami Jacques Bonnefoy, procureur de la République. 

“L’Art n’est pas l’imitation de la vie, mais la vie est l’imitation d’un principe transcendant avec lequel l’Art nous remet en communication”.
Publié en 1938, Le Théâtre et son double se pose en continuateur de cette quête de l’art pur. Dans une lettre qu’il adresse à Paulhan en janvier 36, Artaud explique le choix de ce titre par l’assertion suivante : “si le théâtre double la vie, la vie double le vrai théâtre”.

Envoi signé : « à mes chers amis : Mr et Mme Bonnefoy. La magie curative du théâtre est de faire passer comme un défilé d’accusés tous les sentiments condamnables du moi, et de les exposer dans les agencements d’une vérité telle et sous un tel soleil de crédibilité que le moi de tout spectateur en sente éclater les passions de non être (sans être ni mu ni touché) mais beaucoup mieux que s’il les vivait. C’est ce que j’ai voulu dans ce livre dire de l’Anabella de Foro et dans le fil Animal Crackers de la femme qui se renverse. Ce sont des sentiments d’érotisme et d’inceste non conseillés mais neutralisés et qui ne peuvent plus après le théâtre que nous repousser dans la réalité. Mais les avoir vus être et exister sur la scène, faits devant nous à nos lieux et places n’est pas tout ce qui nous en peut détourner. Avant les trépignements de la marée des passions, le théâtre saisit une aura que notre inconscient personnel ignore et qui est comme la terre où semer la passion. La terre inerte où rêve ce qui lève du refoulement. Frapper, scander, lever tout ce qui sera l’âme, c’est le poème dit par tous les vrais acteurs, quand un poète inné leur donne la matière, dont l’anarchie, le crime, l’érotisme, la guerre sont tous les accusés. Antonin Artaud »

De son expérience de metteur en scène, toujours Artaud s’était-il efforcé de désorienter le spectateur pour le forcer à se confronter à son “moi” intérieur, primordial. C’est en janvier 1936 qu’Artaud soumit à Jean Paulhan ces textes destinés à composer un essai sur le théâtre où il développe notamment, en deux célèbres manifestes, son concept de “théâtre de la cruauté”. Ils furent regroupés pour une première parution en 1938, à seulement 400 exemplaires, avant cette deuxième édition, publiée moins d’un mois avant le débarquement allié de Normandie.

 

Artaud, lui, avait gagné la zone libre grâce au dédicataire de l’exemplaire, Jacques Bonnefoy. Ce dernier, procureur de la République, lui avait permit de quitter Paris en lui procurant de faux papiers afin de ne pas être inquiété par l’occupant. Une importante correspondance entre les deux hommes s’établira ensuite, depuis Rodez.

Très bel exemplaire.

De la bibliothèque I.B. & G.L. (Binoche, 2007, n° 17).

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