Octavia tragoedia
[suivi de :] In Luc. Catilinam, ad Quirites, invectiva II. Oratio XX 

" Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? "

Paris, Stéphane Prevosteau, 1602 et Paris, Jean Libert,1633
2 ouvrages en 1 vol. (175 x 220 mm) de [68] f. foliotés 7 à 42 (Octavia) et 5 à 20(Catilinam). Veau marron, plats ornés d'un décor à la Du Seuil, fleurons d'angles composés de petits fers dont un à l'éventail, médaillon central portant le nom du propriétaire « Henricus Rvzé » sur le premier plat et « De Cinq Mars » sur le second plat, dos lisse orné de petits fers, tranches dorées (reliure de l'époque).
Précieux recueil ayant appartenu à Henri Coiffier de Ruzé d'Effiat (1620-1642), marquis de Cinq-Mars, le célèbre protégé du roi Louis XIII qui fut décapité après avoir comploté contre Richelieu.
Belle édition parisienne, imprimée en caractères italiques, de la tragédie d’Octavie qui fut longtemps attribuée à Sénèque, mais qui est probablement l’œuvre du rhéteur Curatius Maternus. À la suite, on a relié la seconde Catilinaire de Cicéron, donnée par Jean Libert, formidable texte si l’on considère sa possession par le jeune marquis de Cinq-Mars. Au centre des plats, ex-libris à l’or : « hen= / ricvs / rvzé. », « de. / cinq. / mars. ». Sur la page de garde, ex-libris manuscrit, à l’encre : « Deffiat de cinq mars Humanista 1633 ».
Exemplaire à grandes marges, réglé, interfolié et présentant de très nombreuses annotations manuscrites en français et en latin. Ce livre a servi au jeune marquis de cahier d’exercices latins, sous la direction d’un professeur. Il est abondamment annoté par l’élève, alors âgé de treize ans ; la main qui écrivit les lettres de grand corps dans le texte est la même que celle qui inscrivit l’ex-libris de 1633. A cette époque, le professeur de Cinq-Mars n’était autre que le cardinal de Richelieu.
Né en 1620, Henri Coiffier de Ruzé, marquis de Cinq-Mars, était fils du Grand Maître de l’Artillerie & maréchal de France, Antoine Coiffier de Ruzé. À la mort de ce dernier, en 1632, au combat de Lutzelbourg, le cardinal de Richelieu le prit sous sa protection. Sept ans plus tard, le jeune marquis se lia d’amitié avec Louis XIII, qui en fit son Grand Maître de la garde-robe puis son Grand écuyer de France. L’Europe, alors en pleine guerre de Trente Ans, voit s’affronter la France et l’Espagne, deux nations pourtant catholiques. Certains aristocrates considèrent cette situation comme aberrante et se liguent afin de faire renvoyer, voire assassiner Richelieu, jugé responsable de cette politique. Cinq-Mars est, avec Gaston de France, frère du roi et duc d’Orléans, et le duc de Bouillon, ainsi que François-Auguste, fils de Jacques-Auguste de Thou, une des têtes de la conjuration. Leur correspondance secrète est interceptée par la police de Richelieu.
Cinq-Mars & de Thou sont condamnés à mort et décapités le 12 septembre 1642 : Cinq-Mars a vingt-deux ans. Par cette double exécution, Richelieu affirme encore un peu plus le pouvoir royal, face aux vélléités d’indépendance des grands.
En l’an 62 avant Jésus-Christ, lors de la République Romaine gouvernée par son Sénat aristocratique, Catilina chercha pour la deuxième fois à renverser le pouvoir en projetant d’assassiner le consul Cicéron, de mettre le feu à Rome & de revenir à la tête d’une grande armée. Cicéron, prévenu par la maitresse de Catilina, déjoua le complot en mettant publiquement en garde Catilina dans l’antre-même du Sénat. L’Histoire se souvient des Catilinaires comme étant les quatre discours prononcés alors, pour justifier aux yeux des citoyens l’exil illégal de Catilina et les rude mesures prises contre ses alliés pour la sûreté de l’État. 
« Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? » est une expression latine tirée de la première des quatre Catilinaires de Marcus Tullius Cicéron. Elle signifie « Jusqu'à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? ».
Ces mots violents constituent le célèbre exorde ex abrupto (entrée en matière) du premier discours contre Catilina, qui fut prononcé par Cicéron au temple de Jupiter Stator (et non au Sénat romain, pour raisons de sécurité) le 8 novembre 63 av. J.-C. Ce discours se propose de démasquer et punir la deuxième conspiration de Catilina, une tentative de coup d'État par Catilina et ses partisans contre la République romaine. Catilina était impudemment présent ce jour-là parmi les sénateurs, alors que sa tentative d'assassinat de Cicéron et son complot venaient d'être découverts. Ces quatre discours de Cicéron forment un ensemble appelé les Catilinaires.

Le deuxième chapitre de ce discours commence par la célèbre apostrophe « O tempora, o mores » (« Ô temps, ô moeurs »), par laquelle Cicéron s'indigne de la corruption de son temps qui permet à Catilina d'aller et de venir librement.

Exceptionnel témoin de la bibliothèque du marquis de Cinq-Mars, l’un des plus célèbres conjurés de l’histoire de France, figure éminemment romanesque du XVIIème siècle, qui fascina Alfred de Vigny & Charles Gounod. Ce témoignage illustre toute l’ironie de l’Histoire occidentale, qui mit dans les mains d’un jeune élève de treize ans, le discours magistral qui mettait en garde tout conspirateur, et dont l’étude plus approfondie aurait pu lui éviter une mort neuf années plus tard, sur l’ordre du Roi. Quelle ironie que de constater que ce fut le même homme (le cardinal de Richelieu) qui en 1633 mit ce livre entre les mains de son jeune élève de treize ans, et qui à peine plus de dix ans plus tard, le faisait décapiter pour cause de conspiration ! Provenance rarissime dont on ne trouve aucun exemplaire à la Bibliothèque nationale. 
Les deux ouvrages sont intercalés et les feuillets portent de nombreuses notes à l'encre, une petite esquisse, tête d'homme, est dessinée au contre plat inférieur. Reliure habilement reteintée et restaurée anciennement. 

Provenance : Vente Historia, Saint-Germain en Laye, 2012, n° 160 (reproduit) ; Vente Pierre Bergé, V, 1223.

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