Paris, Guy Lévis-Mano, [décembre] 1965
1 vol. (190 x 250 mm) de 58 p., 1 et [3] f. Broché, sous couverture à rabats, emboîtage toile grise éditeur, titré au dos en noir. 
Editon originale. 
Quatre aquatintes d'Alberto Giacometti. 
Tirage unique à 188 exemplaires sur vélin de Rives — celui-ci un des hors commerce, signé par René Char.
Jointe, une photographie signée par René Char. 
Retour amont contient quelques uns des beaux poèmes de Char de ces années soixante, dont beaucoup paraîtront - avant ou après cette édition - dans les tirages confidentiels publiés par PAB : Chérir Thouzon, Aux portes d'Aerea, Dansons aux baronnies, Lied de figuier, Faim rouge,... Tous rédigés aux Busclats, ils ont pour cadre les paysages et monts du Vaucluse. 
Les gravures de Giacometti, tirées par Crommelinck en négatif, furent les dernières que l'artiste composa. Familiers de la lithographie et de l'eau-forte - les premières estampes réalisées avec cette technique datent de 1946, dans le cadre des recherches pour l'illustration d'Histoire de rats de Georges Bataille -, Giacometti découvrit l'aquatinte plus tardivement et ce procédé est particulièrement adapté au souhait de René Char, « qui les trouvait ‘exactement dans l'esprit' des textes, [et qui] veilla à ce que les frères Crommelynck obtiennent au tirage un fond nettement et uniment noir et non pas d'un ‘gris délavé', comme il apparaissait aux premières épreuves [...] » (Antoine Coron, René Char, BnF,n p. 170). Ces « gravures en négatif - parmi les plus belles qu'il ait réalisées » furent en effet « ‘ses derniers mots avant qu'il ne parte conclure son destin dans son village des Grisons', selon l'expression de Char à Marcelle Mathieu ». Peu avant ce départ pour l'hôpital de Coire d'où il ne devait pas revenir, Giacommeti prévenait Char qu'il lui expédie "les quatre gravures (...) Ces quatre images se sont fixées dans ma tête, dessinées en blanc sur le fond sombre (c'est le fond qui est mordu à l'acide et pas les traits). Je ne sais pas si le résultat est bon, je n'ai en ce cas aucun jugement objectif, mais je ne peux pas ne pas te les envoyer. Si elles ne te vont pas, je vais faire autre chose, mais j'aimerais mieux avoir des gravures qui ont pour moi un rapport avec les poèmes que des gravures simplement parallèles comme on en fait généralement. Celles-ci seraient ordonnées dans une certaine suite. Devant le titre (frontispice) la montagne (la gravure avec le moins de traits que j'ai fait de ma vie), ensuite dans le livre : I - les hommes à cheval au galop (ils vont quelque part pour quelque massacre). II - l'homme dans les rochers. III - à la fin, l'homme sur le précipice qui regarde dans le vide avec le grand vide du paysage. J'ajoute une variante de l'homme dans les rochers, noire sur gris que je préfère en tant que gravure mais qui va moins bien devant un poème que le blanc sur noir" (Lettre à René Char, 26 septembre 1965). Giacometti est déjà gravement malade, mais a toujours négligé de se soigner. Les épreuves achevées, Il décide néanmoins de quitter Paris le 5 décembre, pour l'hôpital Cantonal de Coire (Canton des Grisons, dans les Alpes suisse). Une bronchite chronique transformée en pneumonie auront raison de son coeur : il décède un mois plus tard, avant d'être enterré le 15 janvier au cimetière de Borgonovo, son village natale de la vallée de Bregaglia, à une petite centaine de kilomètres de Coire, près de Saint-Moritz.
Il ne pourra pas signer l'ouvrage, ni aucune épreuve des gravures. 
René Char, pour l'honorer, rédigera un "Célébrer Giacometti", qui sera intégré à l'édition définitive de Retour amont qui paraîtra, avec les textes seuls, l'année suivante aux Éditions Gallimard. A cette occasion, quelques poèmes auront subi des modifications, mais la structure du recueil resté identique, hormis l'ajout de ce "Célébrer Giacommetti" ; cet hommage sera repris comme texte principal du catalogue de l'exposition Giacometti à la Galerie Engelberts, à Genève, en 1967. 
Bel exemplaire, bien complet du feuillet volant imprimé mentionnant qu'"Alberto Giacometti est mort le 11 janvier 1966. Retour amont, achevé d'imprimer au moment de sa maladie, n'a pu être signé par lui". 

ENGLISH NOTICE
Giacometti's etchings, printed by Crommelinck in negative, were the last that the artist composed. Familiar with lithography and etching - the first prints made with this technique date from 1946, as part of research for the illustration of Georges Bataille's Histoire de rats -, Giacometti discovered aquatint later and this process is particularly suited to the desires of René Char, The Crommelynck brothers were "who found them 'exactly in the spirit' of the texts, [and who] made sure that the Crommelynck brothers obtained a clearly and uniformly black background and not a 'faded gray', as it appeared in the first proofs [...]. ...]" (Antoine Coron, René Char, BnF,n p. 170). These "engravings in negative - among the most beautiful he ever made" were indeed "'his last words before he left to conclude his life in his village in Graubünden,' to quote Char's expression to Marcelle Mathieu. Shortly before this departure for the hospital in Chur, from which he was not to return, Giacommeti informed Char that he would send him "the four engravings (...) These four images have settled in my head, drawn in white on the dark background (it is the background that is bitten with acid and not the lines). I don't know if the result is good, in this case I have no objective judgment, but I can't not send them to you. If they don't suit you, I'll do something else, but I'd rather have engravings that have something to do with the poems for me than simply parallel engravings as is usually done. These would be ordered in a certain sequence. In front of the title (frontispiece) the mountain (the engraving with the fewest strokes I've made in my life), then in the book: I - the men on horseback at full gallop (they're going somewhere for some massacre). II - the man in the rocks. III - at the end, the man on the precipice looking into the void with the great emptiness of the landscape. I add a variant of the man in the rocks, black on gray, which I prefer as an engraving but which goes less well in front of a poem than white on black" (Letter to René Char, September 26, 1965). Giacometti is already seriously ill, but has always neglected to take care of himself. The proofs completed, he nevertheless decides to leave Paris on December 5, for the Cantonal Hospital of Chur (Canton of Graubünden, in the Swiss Alps). Chronic bronchitis transformed into pneumonia will get the better of his heart: he dies a month later, before being buried on January 15 in the cemetery of Borgonovo, his native village in the Bregaglia Valley, a hundred kilometers from Chur, near Saint-Moritz.
He will not be able to sign the book, nor any proof of the engravings. 
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