Copenhague 30 septembre [1947]
2 pp. sur 1 f. (205 x 330 mm), à l'encre, enveloppe jointe à "Monsieur le Directeur des Editions Denoël, 19 rue Amélie, Paris ".
Belle lettre pleine d'ironie, confiée depuis le Danemark à son avocat, M. Thornwald Mikkelsen. Céline demande à Tosi de lui " réserver le meilleur accueil ".  L'écrivain ne sait plus " où il en est vis-à-vis des éditions Denoël, furieux de ses demandes, non abouties, de réimpression du Voyage au bout de la nuit depuis près de cinq ans. 
Céline lui envoie son avocat , car il ne sait plus où il en est vis-à-vis des éditions Denoël - (sauf une ignoble préface de M. Max Vox) et [s]e demande si en écrivant en anglais, publié en Amérique, sous un nom chinois, par un éditeur espagnol puis enfin retraduit en français je ne pourrais prétendre à une belle revanche ?... Peut-être que si l'on réimprimait le voyage à l'envers et en japonais ? Voyez ma perplexité... sans compter les questions de trahison, prisons, bagne, assassinat, poteau, gibets et autres gracieusetés dont j'ai bien taté et qui ne sont pas pour rire... ".
Le 20 octobre 1944, Maximilien Vox a été nommé administrateur provisoire des Éditions Denoël, par arrêté du ministre de la Production Industrielle, Robert Lacoste  jusqu'en janvier 1947. Il aura publié un violent article en octobre 1945, L"Homme foudroyant" dans la revue Spectateur du 31 août, à l'occasion de la parution de L'Homme fourdroyé de Cendrars : « Ce livre immense est construit sur le plan du monologue intérieur, forme dont Joyce a laissé un monument [...] Et se place ici, par une irrésistible symétrie, le souvenir du Voyage au bout de la nuit pour que nous découvrions que le vrai Céline, c'est Cendrars ; je veux dire que de l'homme ancêtre qu'est Blaise s'est détachée la feuille d'artichaut Céline, mais extérieure, loin du coeur savoureux, et à laquelle il lui a fallu donner une saveur artificielle en la trempant dans toutes sortes de sauces. Alors que le discours tantôt narratif, tantôt jaculatoire de Cendrars, par l'effet d'une âme riche, dense et pleine d'elle-même, n'a pas besoin de pareils condiments ; qu'il peut parler de la merde sans la nommer [...] Quand il dit : " Ah ! les salauds " - cela vaut quarante pages d'inoculodoncocucocandries du docteur-rhéteur Destouches ». Céline n'en prendra connaissance que deux ans plus tard, pendant l'été 1947, qui fait immédiatement réagir Céline : « j'ai envoyé à Cendrars une lettre dans les termes que vous imaginez - où je traite Vox de lope, salope, galapiat merdeux et la sauce. Tout ce qu'il mérite. Salir un homme enchaîné et qui vous nourrit c'est un petit comble. » 
Vox a entretemps quitté ses fonctions chez Denoël depuis juin - ce que Céline ignore sans doute - et, à partir de septembre, le dossier Céline se retrouve géré par Jeanne Loviton, sans grand succès, puis par Guy Tosi, à qui Céline envoie ce nouveau courrier plein d'ironie. Jeanne Loviton, qui a repris la direction de la masion Denoël, envoie alors son Directeur littéraire à Copenhague, le 18 novembre. Nouvel échec, cette fois pour Tosi. Le 3 décembre, le nouvel administrateur, A. Lacroix, envoie à Céline son compte d'auteur, lequel « se trouve actuellement complètement soldé ». Le lendemain l'écrivain dénonce par lettre recommandée à Jeanne Loviton ses contrats avec les Editions Denoël. Le 8 décembre, c'est à nouveau Lacroix qui lui répond, pour contester les motifs de sa rupture de contrat. A partir de ce moment, Céline va mener une guerre à la maison Denoël, dans laquelle Maximilien Vox n'est plus intervenu, puisqu'il a quitté la rue Amélie en juin, ce que l'écrivain paraît ignorer. Les conflits d'intérêts, nombreux depuis près de 10 ans, iront grandissants, jusqu'à l'année suivante, où la rupture est officialisée, après 16 ans de présence de Céline chez Denoël. "
« Mes romans me rapportait un million par an jusqu'à 1944 - et à mon éditeur, le malheureux Denoël largement le double - je tombe de haut vous le voyez - j'étais aussi l'auteur le plus cher de France ! Ayant toujours fait de la médecine gratuite je m'étais juré d'être l'écrivain le plus exigeant du marché - et je l'étais. » (in une lettre à l'universitaire américain Milton Hindus du 9 mars 1947, citée par Henri Thyssens). Céline fera publier une nouvelle édition du Voyage en juin 1949n chez un éditeur belge, Frémanger, aux éditions Froissart. Denoël portera plainte pour contrefaçon, sans suite. Après d'autres publications chez Chambriand et Monnier, Gaston Gallimard est ensuite à la manoeuvre et rachète les Editions Denoël, mal en point, en octobre 1951. Le Voyage sera enfin réimprimé en France, officiellement, en mars 1952, dans un tirage de 9 000 exemplaires, plus celui des exemplaires numérotés sous cartonnage décoré de Paul Bonet (1050 exemplaires). Mort à crédit suivra le mois suivant, avec 7000 exemplaires ordinaires et 750 sous cartonnage Bonet. 
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