Paris, Gallimard, (18 octobre) 1951
1 vol. (120 x 185 mm) de 382 p. et [1] f. Broché, chemise et étui de demi-maroquin bleu, doublure de suédine beige.
Édition originale. 
Un des 45 exemplaires sur hollande (n° 29).
Il est joint un f. autographe du manuscrit, abondamment corrigé (18 l. sur un feuillet (210 x 270 mm) à en-tête du journal Combat, à l'encre noire.
« L'Homme Révolté » : Un essai philosophique majeur qui exalte les vertus d'une révolte créatrice. « C'est un livre qui a fait beaucoup de bruit mais qui m'a valu plus d'ennemis que d'amis. (...) Parmi mes livres, c'est celui auquel je tiens le plus... » écrira Albert Camus. Publié en 1951, quatre années après la La Peste, en pleine période de maturité tourmentée ou cycle de la révolte (1940-1960), cet essai philosophique, dès sa parution, lui vaudra beaucoup d'inimitiés et suscitera de violentes polémiques dans le monde intellectuel français (le sociologue Pierre Bourdieu sera d'un grand mépris à l'égard de cet essai), notamment chez les surréalistes - André Breton en chef de file. Ce sera le livre de la rupture idéologique, publique et définitive entre Sartre et Camus. Si le livre soulève nombres de polémiques dès sa parution, la plus importante se fera attendre. Six mois. Et une polémique entre l'auteur et la rédaction des Temps modernes : Jean-Paul Sartre avait chargé le philosophe Francis Jeanson de rendre compte du livre, ce dont il s'acquitta en écrivant sept pages d'une insigne virulence parues dans le numéro de mai 1952 sous le titre « Albert Camus ou l'âme révoltée ». Le sécrétaire de Sartre, Jean Cau, fait alors savoir à l'auteur qu'une réponse éventuelle de sa part serait publiée dans la revue. L'écrivain démonte alors point par point la critique du journaliste. On lui reproche de penser peu mais de bien écrire, « s'il est vrai, rétorque-t-il, que mes pensées sont inconsistantes, autant les bien écrire pour limiter les dégâts. Supposez en effet qu'on ait à lire des pensées confuses en style consterant, voyez l'exil ! ». Ailleurs il dénonce l'esprit de parti sous-jacent aux remontrances de Jeanson : « On ne décide pas de la vérité d'une pensée selon ce que la droite et la gauche décident d'en faire. » Enfin, l'auteur met en cause, sans le nommer, Sartre lui-même. Celui-ci répondra par dix-neuf pages qui débutent ainsi : « Mon cher Camus, notre amitié n'était pas facile mais je la regretterai. » Dont acte.
Seul le philosophe Paul Ricoeur soutiendra publiquement « L'Homme Révolté ». « Je me révolte, donc nous sommes ». Concilier la révolte et la mesure. Dans cet essai sur la lutte sociale et politique, le plus important quant à ses prises de positions, Camus analyse l'esprit de révolte, la tragédie, au point de vue historique et philosophique, à travers des portraits d'individus révoltés : Sade, Lautréamont, Bakounine, les anarchistes russes (la révolution russe est clairement mise en cause dans cet essai), Dostoïevski... et nous révèle ainsi l'évidence de l'émergence d'un nouveau cogito.
Très bel exemplaire. 
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