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Paris, Gallimard, (21 avril) 1942
1 vol. (120 x 185 mm) de 159 pp. Broché, chemise et étui (Devauchelle).

Édition originale. 
Exemplaire imprimé du service de presse
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Les brouillons et manuscrits de L'Étranger sont le fruit d'une longue gestation, entreprise dès 1938 mais qui ne prendra forme qu'après son départ du journal Alger républicain, en janvier 1940. Camus arrive à Paris en mars, pour intégrer Paris-Soir. Il n'y écrira pas une ligne puisqu'on ne lui confie que des tâches subalternes et consacre son temps à l'écriture ; dès le 1er mai 1940, il peut écrire à Francine, restée à Oran qu'il vient « de terminer [s]on roman [...] mais mon travail n'est pas fini ». Il ne le sera qu'un an plus tard, lorsqu'il peut cofier en mars 1941 un manuscrit à Jean Grenier et un second à Pascal Pia. L'un et l'autre - le 19 avril pour le premier, le 25 pour le second -, le félicitent, « persuadé », pour Pia, « que, tôt ou tard, L'Étranger trouvera sa place, qui est une des premières ».
Paulhan, également, peut lire le manuscrit, avant qu'il ne soit confié à Roland Malraux, puis André Malraux, qui sortira de cette lecture ébranlé : « il est clair que vos manuscrits l'ont secoué [...] il propose des corrections de forme », écrit Pia à Camus le 27 mai. Plusieurs chapitres, notamment ceux de l'aumônier et celui du meurtre de l'arabe, seront repris fin mars, pour un version manuscrite définitive en 85 feuillets depuis lequel que L'Étranger sera édité.
Les épreuves sont confiées à l'imprimerie Chantenay, sise 45 rue de l'Abbé Grégoire, dans le VIe arrondissement, et l'ouvrage est mis en fabrication à partir du 1er avril, d'après les archives Gallimard. Une vingtaine de jours suffira pour livrer l'ouvrage (achevé d'imprimé le 21), mis en librairie moins d'un mois plus tard, le 19 mai 1942, au prix de 25 francs, au milieu des autres parutions maison. Malgré la guerre, l'activité est intense : 11 nouveautés et 19 réimpressions. Parmi ces dernières, les déjà classiques de la maison : Claudel, Saint-Exupéry, Martin du Gard, Valéry, Gide ou Morand, et trois titres étrangers : Nietzsche, Jünger et Dostoïevski.
Une petite partie des 550 premiers exemplaires est diffusée dès le début du mois de mai, avec un tirage ‘spécial' en service de presse portant la mention « S.P. » imprimée sur la page de titre et sur la quatrième de couverture. Le dos, pour ces derniers, ne comporte aucune indication du prix [25 francs]. Albert Camus, alors à Alger, n'en dédicace aucun. Les autres 4 400 exemplaires (moins les services de presse) seront livrés et proposés à la vente, divisés comme souvent chez Gallimard en huit tranches d'éditions de 550 exemplaires chacune, portant toutes, en bas de la dernière ligne de texte, la mention « Chantenay, Imp. Paris, 21-4-42 ».
Deux autres tirages, sur les mêmes plaques et donc rigoureusement identiques - on avait demandé à Chantenay de garder une empreinte de l'ouvrage ainsi que sa composition originale - auront lieu en novembre (9e et 10e éditions) puis décembre 1942 (11e à 14e éditions). Ces exemplaires porteront des mentions d'éditions (page de titre et quatrième de couverture, sans service de presse imprimé) et les achevés d'imprimer de l'un ou l'autre de ces deux mois. En règle générale, les exemplaires sans mention sont devenus rares et ceux imprimés pour la presse le sont encore davantage et sont considérés, faute de mieux, comme les « grands papiers » de L'Étranger.
Le premier tirage d'avril connaît un succès tout relatif, seulement relayé, malgré les efforts de Gaston Gallimard par une petite dizaine d'articles, pour un bilan critique mitigé selon Camus : « La critique : médiocre en zone libre, excellente à Paris. Finalement tout repose sur un des malentendus. Le mieux c'est de fermer ses oreilles et de travailler » (in Lettre à Fréminville du 6 septembre 1942, citée par Todd).
Le roman, néanmoins, se sera bien vendu - et Camus aura toute les difficultés du monde à en obtenir des exemplaires. En septembre 1942, il se plaint toujours de n'avoir eu entre les mains qu'un seul exemplaire de son roman. Il ne rentrera à Paris qu'en juin 1943, où il peut commencer à offrir quelques exemplaires, sur des retirages ou des exemplaires avec mention d'édition. Il retrouve difficilement des exemplaires sans mention et, à ce jour, nous n'en avons croisés que huit qui soient dédicacés, dont deux sur un service de presse (envois postérieurs au deuxième semestre 1943). Trois autres exemplaires sans mention contiennent également une note autographe de Camus, sans que l'exemplaire soit dédicacé ; ces mentions ont été ajoutées là aussi très postérieurement.
Enfin, des dédicaces portées sur des exemplaires avec mention (mais toujours du tirage d'avril 1942) existent : notre recensement dénombre aujourd'hui 14 entrées. Puis d'autres dédicaces sur des retirages post-années 50, - sans qu'ils soient non plus très fréquents. 
Bel exemplaire broché, dans la meilleure condition possible du premier tirage et en service de presse, imprimé (page de titre et quatrième de couverture).
28029

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