S.l.n.d. [1956]
1 f. (250 x 320 mm). 16 lignes à l'encre bleue.
Important brouillon de travail pour La Chute, avec plusieurs variantes et corrections. Le brouillon est celui du cinquième paragraphe de l'incipit du roman, et du début du sixième. Le "héros", Jean-Baptiste Clamence, s'y présente, et présente son environnement, celui d'Amsterdam, où il aborde un compatriote dans un bar douteux d'Amsterdam, le Mexico-City, et lui propose de lui servir d’interprète auprès du barman.
« Resterez-vous un temps à Amsterdam ? Belle ville, n’est-ce pas ? Fascinante ? Voilà un adjectif que je n’ai pas entendu depuis longtemps. Depuis que j’ai quitté Paris, justement, il y a des années de cela. Mais le cœur a sa mémoire et je n’ai rien oublié de notre belle capitale. Paris est un superbe décor habité par quatre millions de silhouettes [...]. Les Hollandais eux sont beaucoup moins modernes. Ils ont le temps, regardez au jour le jour. Que font-ils ? He bien ces messieurs vivent du travail de ces dames-là. Ce sont d’ailleurs, mâles et femelles, de fort bourgeoises créatures, venues ici, comme [d’habitude, par mythomanie ou par bêtise]. »
Le texte publié donnera : " Ferez-vous un long séjour à Amsterdam ? Belle ville, n’est- ce pas ? Fascinante ? Voilà un adjectif que je n’ai pas entendu depuis longtemps. Depuis que j’ai quitté Paris, justement, il y a des années de cela. Mais le cœur a sa mémoire et je n’ai rien oublié de notre belle capitale, ni de ses quais. Paris est un vrai trompe-l’œil, un superbe décor habité par quatre millions de silhouettes. Près de cinq millions, au dernier recensement ? Allons, ils auront fait des petits. Je ne m’en étonnerai pas. Il m’a toujours semblé que nos concitoyens avaient deux fureurs : les idées et la fornication. À tort et à travers, pour ainsi dire. Gardons-nous, d’ailleurs, de les condamner ; ils ne sont pas les seuls, toute l’Europe en est là. Je rêve parfois de ce que diront de nous les historiens futurs. Une phrase leur suffira pour l’homme moderne : il forniquait et lisait des journaux. Après cette forte définition, le sujet sera, si j’ose dire, épuisé. Les Hollandais, oh non, ils sont beaucoup moins modernes ! Ils ont le temps, regardez-les. Que font-ils ? Eh bien, ces messieurs-ci vivent du travail de ces dames-là. Ce sont d’ailleurs, mâles et femelles, de fort bourgeoises créatures, venues ici, comme d’habitude, par mythomanie ou par bêtise ". 
C’est le dernier roman achevé par Camus, découpé en six parties, pour un récit dont les événements ont lieu sur cinq jours successifs.
Un an plus tard, il recevra le prix nobel de littérature.
Le manuscrit est accompagné d'une lettre dactylographiée et signée par Suzanne Agnely, la secrétaire d'Albert Camus, rédigée en son nom et adressée à André Devaux : 
Paris, 21 février 1958. 1 p. en 1 feuillet (135 x 210 mm), sur papier à en-tête imprimé de la NRF. 
« M. Albert Camus vient de quitter Paris pour un voyage d'environ trois mois. Avant son départ, il m'a priée de vous écrire en son nom pour vous remercier de votre lettre et de votre intérêt, et pour vous faire parvenir une page manuscrite de La Chute. [...] ».
Hypokhâgneux au lycée Henri-IV, à Paris, André Devaux est, durant la seconde guerre mondiale, l'élève de Ferdinand Alquié. Il se spécialise alors en philosophie et continue ses études à la Sorbonne, où il suit l'enseignement de René Le Senne. Agrégé de l'université, il commence à professer en lycée à Laon et Rouen, ainsi qu'à l'Ecole normale d'instituteurs de Besançon. Il est ensuite nommé maître de conférences à la Sorbonne (Paris-IV) où il est, pendant longtemps, directeur adjoint du département de philosophie. Philosophe et spécialiste de l'oeuvre de Pierre Teilhard de Chardin et de René Le Senne, il produisit des textes fondamentaux sur Saint-Exupéry et Charles Péguy et était le spécialiste de l'oeuvre de Simone Weil.
Il donnera plusieurs textes consacrés à Albert Camus (Albert Camus devant le christianisme et les chrétiens, 1968, Albert Camus et l'hellénisme, 1970) et ses textes sur Weil proposent de nombreuses citations de l'oeuvre de Camus. Il citera, dans le texte paru dans Science et Esprit, plusieurs passage de La Chute, roman dans lequel, d'après Devaux, " Camus honore le crucifié, mais ne parvient pas à voir le Rédempteur ". 
Les manuscrits concernant La Chute sont rares. 
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