Les enfants et les génies savent qu’il n’existe pas de pont, seulement l’eau qui se laisse traverser. Aussi chez Braque la source est-elle inséparable du rocher, le fruit, du sol, le nuage, de son destin, invisiblement et souverainement. Le va-et-vient incessant de la solitude à l’être et de l’être à la solitude fonde sous nos yeux le plus grand cœur qui soit. Braque pense que nous avons besoin de trop de choses pour nous satisfaire d’une chose, par conséquent il faut assurer, à tout prix, la continuité de la création, même si nous ne devons jamais en bénéficier. Dans notre monde concret de résurrection et d’angoisse de non-résurrection, Braque assume le perpétuel. Il n’a pas l’appréhension des quêtes futures bien qu’ayant le souci des formes à naître. Il leur placera toujours un homme dedans ! Œuvre terrestre comme aucune autre, et pourtant, combien harcelée du frisson des alchimies ! Au terme des laconismes… Mai 1947. René Char ".
Paris, Maeght, Éditions Pierre à Feu, n° 4, juin 1947. 
1 vol. (280 x 380 mm) de 8 p., en feuilles, sous couverture illustrée en couleurs. 
Texte de René Char et Jacques Kober.
Une lithographie originale en couleurs de Braque en couverture et 7 reproductions en noir.
Précieux exemplaire de René Char, avec un envoi signé de George Braque à son nouvel ami : 
" À René Char, pour le rayon dont il a traversé ma peinture. Georges Braque " 
Exceptionnel et admirable envoi de l'artiste au poète sur la première publication les faisant apparaître ensemble : un texte de René Char, demandé par Maeght, pour le numéro de 4 de Derrière le miroir, édité en juin 1947. Le manuscrit date du mois de mai 1947, en prévision de l'exposition qui sera organisée rue de Téhéran, du 30 mai au 30 juin 1947 (exposé en 2015 à l'exposition Braque de Bilboa | musée Guggenheim) : ce sera la première exposition de Braque chez Aimé Maeght, qui publie en marge de l’exposition le "Cahier de Georges Braque, 1917-1947", aboutissement de ses réflexions sur l’art, accompagné de 3 lithographies. Braque reçoit l'année suivante le Grand Prix de la XXIVe Biennale de Venise, la première organisée depuis la guerre.
Geroges Braque et René Char se rencontreront pour la première fois quelques semaines plus tard, à l'occasion du premier festival d'Avignon, en septembre 1947, fondé par l’acteur, metteur en scène et directeur de théâtre Jean Vilar, suite à une rencontre avec René Char. Cette "Semaine d'Art dramatique en Avignon" - c'est son premier nom officiel - contribuera à forger la légende de ce festival, qui prendra rapidement ses quartiers d'été en juillet. Rappelons-en brièvement les faits. Le 12 décembre 1946, Char fait passer à Vilar le mot suivant : «Il serait urgent que je vous voie, mais êtes-vous à Paris ? J'ai écrit le scénario et les dialogues d'un film qui sera tourné au printemps dans des conditions sérieuses.» Le poète a des rêves de cinéma, il a pensé à Jean Vilar pour tenir l'un des rôles du long métrage qu'il se prépare à tourner. Il veut lui en parler. Char, 39 ans, n'est pas encore très connu mais son nom grimpe vite dans le ciel de la poésie. Après quelques années aux côtés des surréalistes, le natif de L'Isle-sur-la-Sorgue nourrit son oeuvre de pierres sèches, de l'eau verte des rivières de son pays et des années qu'il vient de passer dans la Résistance. Le film ne se fera pas. Cependant, par l'intermédiaire de Char, Vilar rencontre Christian et Yvonne Zervos, collectionneurs d'art, amoureux du Vaucluse, proches du poète, qui préparent alors une expo de peinture contemporaine dans la grande chapelle du palais des Papes à Avignon ; les Zervos aimeraient y ajouter un spectacle. Vilar leur en propose trois spectacles. Avec l'aide du maire d'Avignon, le Dr Pons, l'affaire aboutit. La première « Semaine d'art en Avignon » a lieu du 4 au 10 septembre 1947 avec, au programme, deux concerts, les trois pièces (Richard II de Shakespeare, Tobie et Sara de Paul Claudel, et la Terrasse de midi de Maurice Clavel) et l'exposition des oeuvres de vingt-six artistes et non des moindres : Picasso, Kandinsky, Chagall, Ernst, Matisse, Léger et Braque.
C'est le 5 septembre 1947 que ce dernier rencontre René Char, en Avignon, et vraisemblablement à cette occasion qu'il lui livre cet exemplaire dédicacé. Jusqu'à la mort du peintre, leur "conversation souveraine" s'est poursuivie au long d'une amitié qui s'est approfondie, selon la phrase de Georges Braque "chemin faisant". Sur ce chemin, a écrit Georges Blin, "les rôles s'inversent, tout aussi naturellement que dans le serrement de deux mains viriles chacune à son tour comprend l'autre. Et c'est Char qui consulte les pouvoirs et les raisons de Braque dans le mémorial des Matinaux ou dans le dialogue Sous la verrière et qui, sollicité par Maeght pour Derrière le miroir, rédige le premier texte qu'il publiera sur Braque, en tête du n° 4 de juin 1947.  
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