28309 Jules VALLÈS. Jacques Vingtras L'Insurgé. 1871 
Paris, G. Charpentier et Cie, 1885
1 vol. (120 x 185 mm) de 376 p. Broché, chemise et étui.
VENDU
Première édition complète, ornée d'un portrait-frontispice signé E. Clair-Guyot.
En 1882, Jules Vallès conclut avec L'Insurgé sa trilogie autobiographique de Jacques Vingtras, commencée en 1878 avec L'Enfant, et poursuivie en 1881 avec Le Bachelier. Dans ce troisième opus, il se plonge plus particulièrement dans la Commune et les mois qui l'ont précédée. Le projet du livre semble exister dès 1879 et s'inscrit logiquement dans la courbe de la trilogie de Jacques Vingtras, ouverte avec L'Enfant et poursuivie avec Le Bachelier. L'Insurgé a paru pour la première fois du vivant de Vallès, en version incomplète, dans La Nouvelle Revue de Juliette Adam : il y en eut quatre livraisons, de juillet à octobre 1882. L'année suivante, le texte, un peu modifié, paraîtra dans Le Cri du peuple, le journal que Vallès fait reparaître. Cette fois, c'est un feuilleton en 59 livraisons, du 28 octobre 1883 au 6 janvier 1884.  On compte donc deux pré-publications, incomplètes, avant l'édition originale publiée chez Charpentier en 1886. Entre-temps, Vallès est mort le 14 février 1885, alors que Le Cri du peuple était chahuté par l'affaire Ballerich (du nom de deux frères policiers auteurs d'une fusillade dans les locaux du journal, à la suite d'articles écrits par un agent provocateur). Séverine (la femme de lettres et journaliste féministe Caroline Rémy) a pris le relais de Vallès à la direction du journal (elle l'accompagnait déjà dans les dernières années de sa vie, aussi bien pour son travail de rédacteur en chef du Cri du peuple, que pour la mise en forme de ses oeuvres littéraires). Contrairement à une légende, elle n'a pas modifié le texte de Vallès mais s'est contentée d'une tâche d'ordonnatrice du manuscrit et de recopie du texte, suivant scrupuleusement les indications de l'auteur, comme le prouve la lecture même du manuscrit des derniers chapitres, retrouvé dans le fonds de la bibliothèque de Saint-Denis. Deux autres manuscrits sont conservés à la BnF - donnés à l'institution en 1981 par Lucien Scheler, qui les avait lui-même acquis auprès de Pierre Berès.
Rare exemplaire, sans mention, du tout premier tirage avec la page de titre à la date de 1886 et la couverture à la date de 1885.
Vicaire, VII, 949 ; Clouzot, 266 ; Carteret, 410.

28385 Louis PERGAUD. De Goupil à Margot  
Paris, Mercure de France, (30 août) 1910
1 vol. (125 x 185 mm) de 258 p. et [1] f. Broché.
250 €
Édition originale. 
Premier tirage numéroté (n° 782), bien complet du catalogue éditeur in fine.

Après s'être essayé à la poésie, et deux ans avant la célébrissime "Guerre des boutons", Louis Pergaud publiait ses premiers contes animaliers, immédiatement salués par la critique et couronnés par le prix Goncourt.  Il a vingt-huit ans. Outre les 5000 francs du prix, non négligeables pour ce jeune franc-comtois fraîchement installé dans la capitale, ce premier livre lui vaut la reconnaissance de ses pairs. Alors que les libraires atteignent des records de vente avec "Goupil", Pergaud travaille déjà à un autre recueil de nouvelles, "La Revanche du Corbeau", dans la veine du premier, et, faudrait-il ajouter, dans la lignée de l'inégalable "Roman de renard", maître-étalon du genre.


28314 [PRIX GONCOURT] | Adrien BERTRAND. L'Appel du Sol 
Paris, Calmann-Lévy, (octobre) 1916
1 vol. (120 x 185 mm) de 302, [1] et 2 f. Broché, à toutes marges, non coupé.
1 800 €
Édition originale.
Un des 10 premiers exemplaires sur hollande (n° 9) - seul grand papier.

Né en 1888 à  Nyons, Drôme, d'un père pasteur qui deviendra Secrétaire général de la Ligue contre les embusqués, Adrien Bertrand fait ses études à  l'École Alsacienne, et commence à  Paris une carrière de journaliste et de poète. Socialiste et pacifiste, il créée un revue littéraire « les Chimères » et collabore à  plusieurs  journaux littéraires et politiques. En 1914, il est blessé, en Lorraine, par un éclat d'obus. Il est rapatrié et consacre toute sa convalescence à la rédaction de L'Appel du sol, qu'il termine avant de s'éteindre des suites de ses blessures. 
Le roman paraît en feuilleton dans la Revue des deux mondes à partir du mois d'Août 1916. Il n'est pas qu'un magnifique et réaliste roman de guerre mais surtout, sous la plume d'un jeune pacifiste patriotique ami de Clemenceau, (qui fut son témoin de mariage), une plongée dans la France de 1914 vue par un intellectuel humaniste au front. Rien n'y manque : le patriotisme ardent de certains officiers mis en valeur par l'indifférence, voire le cynisme des soldats, l'incompétence meurtrière d'une partie de l'État-major clairement perçue sur le front par l'absurdité de certaines offensives, menées malgré tout par des soldats courageux et massacrés, l'amour d'une certaine vision de la France  par ces soldats méridionaux envoyés à  la mort dans le Nord et l'Est qu'Adrien Bertrand réhabilite alors que la presse parisienne les conspuait. « l'Appel du sol, un des meilleurs livres de la guerre, net, vaillant, vivant, merveilleusement juste en même temps qu'exact, le plus équilibré peut-être qu'on ait écrit »  (in Le Figaro 1917).
Le roman est salué autant par la critique que le public et reçoit le prix Goncourt 1914, attribué en 1916. C'était le moins pour honorer l'entrée en guerre et le premier récit qui, le premier, donne du conflit une image forte, violente mais aussi profondément humaniste. 

Un des prix Goncourt les plus rares en grand papier. 



28310 Raymond RADIGUET. Le Bal du comte d'Orgel 
Paris, Grasset, 1924. 
1 vol. (120 x 185 mm) de 239 p. Broché, sous chemise et étui.
800 €
Édition pré-originale en volume. 
Un des 200 exemplaires des " Bonnes feuilles " (n° 181) - seul tirage. 
Envoi signé de Jacques Lemarchand, le correcteur des épreuves
: " à Frédéric Lefèvre, très amicalement, Lemarchand ".
C'est en 1919 que Radiguet rencontra Cocteau, lequel donnera lecture des ébauches des deux que le jeune prépare, Le Diable au corps et ce Bal du comte d'Orgel. S'ensuit alors pour le disciple et son pygmalion, un long travail de réécriture jusqu'en janvier 1923, où Radiguet peut remettre à Grasset le manuscrit définitif du premier des deux, l'éditeur lui assurant un tirage de 45000 exemplaires ainsi qu'une une campagne promotionnelle sans précédent dans l'histoire des Lettres pour un  auteur seulement âgé de 17 ans. Consacré par l'obtention du prix du Nouveau-Monde et fort d'une entrée remarquée en littérature, le jeune auteur entame alors sans plus attendre de terminer son deuxième roman, qu'il reprend dès l'été, Le Bal du comte d'Orgel, à nouveau installé avec à Pramousquiers avec Cocteau, lequel contribue grandement au texte. Début octobre le manuscrit est réduit de moitié prend sa forme définitive, mais, frappé par la typhoïde, Radiguet, dixit Cocteau, annonce le 9 décembre 1923 : « Ecoutez une chose terrible. Dans trois jours je vais être fusillé par les soldats de Dieu ». Trop belle pour être vraie ? Quoiqu'il en soit Radiguet tînt parole et rendit l'âme le 12. Ce sont Cocteau et Joseph Kessel qui se chargeront de la correction des épreuves du livre, livrées quelques semaines avant la parution de l'ouvrage à quelques 200 privilégiés dans ces exemplaires d'épreuves. 
Très rare état à parution, tel que paru, de cette publication fragile et souvent - pour ne pas dire systématiquement - en état déplorable. 


27629 [Albert DUBOUT]. L'Eloge de la folie [d'Erasme] 
Paris, à l'enseigne du Pot cassé, (10 décembre) 1926
1 vol. (120 x 185 mm) de 210 p. Broché, sans la première de couverture, sous chemise et étui. Dos fendillé
400 €

L'exemplaire de travail d'Albert Dubout, abondamment annoté, enrichi de petits croquis et d'une cinquantaine de signets qu'il a soigneusement intercalés pour la préparation d'une édition illustrée.
Érasme, né vers 1466 à Rotterdam, est un chanoine régulier de saint Augustin, philosophe, humaniste et théologien des Pays-Bas, considéré comme l'une des figures majeures de la culture européenne. Il fut l'ami et le correcteur de l'imprimeur bâlois Froben qui publia ses livres. Il reste évidemment célèbre pour sa declamatio satirique Éloge de la Folie (1511), une oeuvre maintes fois commentée, et illustrée. Elle impressionna le jeune Albert Dubout dans les années 20, qui eut très tôt l'envie d'en donner une édition illustrée - qui ne sera publié qu'en 1951, au moment où celle d'Augustin Lepère avait déjà paru (en 1906) et celle de Touchet sortait des presses de Kieffer (1926). " Si la lecture de Lepère pouvait être qualifiée d'actualisation sérieuse, contenant un message personnel, à la fois politique et idéologique fort, toute autre est celle proposée par Jacques Touchet vingt ans plus tard. D'un style tout à fait différent, les illustrations de Touchet appuient nettement le caractère humoristique tout en démontrant un travail fouillé sur le texte ainsi qu'un tissage serré du texte (...). A titre de comparaison, on peut ouvrir l'édition illustrée par Dubout en 1951, dans laquelle la farce écrase toute autre lecture, et où toutes les images ont une connotation ou une dénotation sexuelle, impliquant des moines (...) et nivelle le message général sur un seul plan. " Ces premières esquisses de Dubout sont portées sur un exemplaire d'une édition publiée en 1926 et illustrées de vignettes de Hans Holbein, d'après l'exemplaire conservé à la bibliothèque de Bâle. Les notes de Dubout sont principalement des passages soulignés, surlignés ou commentés, avec quelques crayonnés : autant d'idées et de pistes pour une lecture légère et bouffonne du texte. 

28308 Georges BERNANOS. Le Journal d'un curé de campagne 
Paris, Plon, (17 mars) 1936
1 vol. (120 x 190 mm) de 366 p., [1] et 2 f. Broché, sous chemise et étui.
900 €
Édition originale. Rare premier tirage, sans mention.
Envoi signé
: " pour Monsieur Garoby, en très confraternel hommage, Bernanos, Palma 26/3/36 -". 
Considéré comme l'oeuvre la plus populaire et la plus émouvante de Bernanos, Le Journal d'un curé de campagne figure parmi les derniers textes de fiction qu'il s'autorisa à écrire. « En 1934 j'ai quitté la France pour l'Espagne. J'ai écrit Un Crime, Le Journal d'un curé de campagne et Les grands cimetières sous la lune. Cette expérience d'Espagne a été, peut-être, l'événement capital de ma vie. ». Il est certain au moins qu'elle décida de son avenir littéraire : engagé dans l'Histoire qui secoue l'Europe en cette fin des années 1930, Bernanos témoignera au travers d'articles du désastre qui s'annonce. Comme le curé d'Ambricourt, il crut « toujours qu'on ne saurait réellement servir - au sens traditionnel de ce mot magnifique - qu'en gardant vis-à-vis de ce que l'on sert une indépendance de jugement absolue ».  Installé avec sa famille, de 1934 à 1937, à Palma-de-Majorque, pour y poursuivre son oeuvre littéraire, il assiste au déclenchement de la guerre civile. D'abord favorable aux insurgés franquistes, il est bouleversé par la répression féroce que ceux-ci organisent avec la collaboration de l'Eglise et, afin de réveiller la conscience des catholiques, publiera en 1938 ces Grands Cimetières sous la lune, dont l'influence sera grande. Grand prix du roman de l'Académie française, il sera adapté au cinéma par Robert Bresson en 1951.
Notons la date particulièrement précoce de la dédicace, datée du 26 mars 1939, soit 11 jours après l'achevé d'imprimer. 
Sans nul doute, un des tous premiers exemplaires dédicacés par Bernanos, depuis Palma. 

28392 Franz KAFKA. Un divertissement
Paris, GLM, (22 février) 1938
1 vol. (130 x 170 mm) de 16 f. Broché.
200 €
Édition originale de la traduction française par Henri Parisot avec un frontispice de Max Ernst.
Un des 30 exemplaires sur Arches (n° 39)
- après 15 exemplaires sur japon impérial. 
Ce recueil contient 5 textes de Kafka : Un divertissement - Mon voisin - Le silence des sirènes - Des coups à la porte du manoir - Le pont. 
Coron. Bibl. GLM n° 179

28333 Louis-Ferdinand CELINE. Voyage au bout de la nuit. 
Paris, Éditions Denoël, (mars) 1942
1 vol. (140 x 230 mm) de 384 et (1) p. Broché.
500 €
Première édition illustrée. 15 dessins de Gen-Paul.
Un des 270 exemplaires numérotés sur alfa
(n° 116) - deuxième papier après 35 exemplaires sur vélin d'Arches.
Rare exemplaire broché de cette toute première édition illustrée du chef d'oeuvre de Céline : état de neuf, tel que paru, non coupé. 

28437 Albert CAMUS. Discours de Suède 
Paris, Gallimard, (6 février) 1958
1 vol. (120 x 190 mm) de 69 p. et [3] f. Broché, non coupé.
4 000 €
Édition originale.
Exemplaire poinçonné du service de presse. 
Envoi signé
: " Je vous embrasse, mon cher Brice. A. "
Bel exemplaire offert à Brice Parain, dans une dédicace des plus affectueuse qui témoigne de la proximité entre les deux hommes, qui se connaissent depuis 1943, lorsque Camus arrive à Paris. Camus s'intéressera de près à la question du langage, centrale chez Brice Parain : il donnera notamment « Sur une philosophie de l'expression », qui sera publié dans la revue clandestine de Pierre Seghers Poésie 44 (n° 17, décembre 1943 et janvier 1944), texte dans lequel se trouve la fameuse citation « Mal nommer un objet c'est ajouter au malheur de ce monde, car le mensonge est justement la grande misère humaine, c'est pourquoi la grande tâche humaine correspondante sera de ne pas servir le mensonge (...) Il s'agit de savoir si notre langage est mensonge ou vérité : c'est la question que pose Parain.... Il s'agit de savoir si notre langage n'est pas mensonge au moment même où nous croyons dire vrai ». Les liens entre les deux hommes furent forts et constants ; Parain abritera Albert Camus en 1944, à Verdelot, dans sa propriété du Pressoir, lorsque Camus, membre du réseau de Résistance Combat, craindra pour sa sécurité et préférera quitter provisoirement Paris. 
Ces discours furent rédigés avec quelques conseils de Martin du Gard, pour qui Camus avait accepté de préfacer ses oeuvres complètes dans La Pléiade l'année précédente. Martin du Gard recommande à son cadet d'y aller avec modestie : « Abdiquez toute volonté, toute préférence, pendant ces quelques jours [...], » lui donnant des conseils pratiques : comment se vêtir, se tenir, préparer de petits papiers pour «improviser» dans les toasts (« Les Suédois ont la manie de se lever, à toute occasion, un verre en main ») et, en point d'orgue, de rédiger un discours bref et important : « Un type comme vous, qui a cette occasion de s'adresser à un public international, se doit, à mon avis, de faire une déclaration importante, substantielle, significative, et qui fasse date » Ce sera le discours de Suède, ou « l'art de vivre par temps de catastrophe ». Camus suivra les conseils de son aîné : " Un sage oriental demandait toujours dans ses prières que la divinité voulût bien lui épargner de vivre une époque intéressante. Comme nous ne sommes pas sages, la divinité ne nous a pas épargnés, et nous vivons une époque intéressante. En tous cas, elle n'admet pas que nous puissions nous désintéresser d'elle (...) Chaque génération se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse."  " Ecrasé par ce prix alors qu'il sait son "oeuvre en chantier" [...] Jean Daniel tire la leçon " Ah ! Ce Nobel ! Bien sûr il lui a donné la possibilité d'acheter la proprieté de Lourmarin, de mieux assurer la sécurité des siens et d'avoir la conscience plus légère lors d'une croisière en Grèce. Mais lorsqu'il s'est abattu sur lui, tout le monde a pensé, nous avons tous pensé, que c'était bien trop tôt  [...] Et puis, trois ans après, la mort est venue signifier que cela avait failli être presque trop tard, bref que la la consécration était intégrée dans ce parcours d'exception" (in Dictionnaire Camus, article Nobel, pp. 613 et sq.). Le texte sera imprimé sur le presses de l'Imprimerie Moderne à Montrouge, le 6 février 1958. Il est dédié à Louis Germain, à qui Camus avait écrit dès novembre : "Ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur. Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le coeur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre reconnaissant élève. Je vous embrasse de toutes mes forces. » 
L'exemplaire est enrichi d'un photographie de Camus, félicité par le roi de Suède Gustav VI Adolph, au dîner du gala du 10 décembre 1957 à Stockholm.

28434 René CHAR. Les Transparents 
Cartalégraphies de Pablo Picasso. 

Alès, PAB, (mars) 1967.
1 vol. (260 x 320) 34, [4] pp. et 1 f. En feuilles, couverture à rabats, sous emboîtage signé de Julie Nadot.
10 000 €
Première édition illustrée par Picasso. Tirage unique à 60 exemplaires sur Rives, signés par Picasso et PAB (n° 12).
Dix exemplaires, parmi les 60, contiennent une suite imprimée sur chine avec une cinquième cartalégraphie, refusée.

Ces cartalégraphies originales à pleine page représentant des masques telluriques ; elles sont au nombre de quatre dans tous les exemplaires.

Le nôtre est enrichi d’un tirage supplémentaire de la première des 4 cartalégraphies, sur vélin de Rives (Bloch, 1236). 
Elle est exceptionnellement signée au crayon gras par Picasso.
L'édition PAB est la dernière qui sera donnée des Transparents, qui ont fait l'objet de nombreuses rééditions depuis leur première parution en 1949, au Mercure de France. Avant Picasso, Louis Fernandez, Vieira da Silva, Nicolas de Staël s'y étaient risqués. Les Transparents, aux yeux de Char, étaient les personnages de son enfance, peu à peu disparus du paysage rural : jusqu'à dix-sept personnages - tous des hommes - se trouveront ainsi décrits dans les différentes éditions que Char donnera : Toquebiol, Joseph Puissantseigneur, Laurent de Venasque, Crillon le brave, Odin le Roc, Raymond de Ridet, entre autres, formeront cette curieuse et respectée cohorte de communards errants. Picasso en donnera ici quatre saississants portraits, par un procédé nouveau pour lui mais qu'il avait vu utiliser par Georges Braque avec PAB : « Un carton plan ou ondulé, souple ou plus rigide, est découpé, déchiré, incisé ou gratté par l'artiste, puis fixé par l'imprimeur sur un support à la hauteur typographique, finalement encré et tiré » (Coron, Le Fruit donné, p. 39). La cartalégraphie constitue un développement de la gravure sur celluloïd, déjà pratiquée par Picasso avec PAB. Grâce à la cartalégraphie, PAB imprima huit livres de Braque - le premier fut Dans vos jardins, en 1959. Après Picasso, ce fut au tour de Joan Miro d'être conquis en 1975 ; il réalisa cinq découpes, dont trois furent employées pour Pour 1971.
Très bel exemplaire, conservé dans un délicat emboitage à fenêtre et rabats de Julie Nadot.
De la bibliothèque R. & B. Loliée (ex-libris et vente, 2016, n° 168).

28331 [PRIX GONCOURT] | Michel TOURNIER. Le Roi des Aulnes 
Paris, Gallimard, (26 août) 1970
1 vol. (140 x 205 mm) de 395 p. et [2] f. Broché.
1 400 €
Édition originale. Exemplaire du service de presse.
Envoi signé
: « à Marcel Sauvage, en hommage amical, M. Tournier ».
Après le succès de Vendredi ou les limbes du Pacifique, Grand Prix de l'Académie française 1967, Michel Tournier remet le manuscrit du Roi des Aulnes, son deuxième roman, à Dominique Aury. La lectrice du comité de lecture des Éditions Gallimard, discrète auteur d'Histoire d'O, fait part de son avis à la séance du 6 janvier 1970 : «C'est un livre très extraordinaire», «le portrait d'un être obsédé, passionné, ravagé et triomphant dans son désastre même». Elle recommande toutefois à l'écrivain d'en alléger et resserrer la première partie. Le 3 mars 1970, Michel Tournier remet un nouveau manuscrit « provisoirement définitif » à Claude Gallimard, pour lecture. Dominique Aury suggère à nouveau de procéder à quelques modifications et prépare à cette fin un argumentaire pour convaincre l'auteur. Voici la réponse très précise qu'apporte Michel Tournier à ces recommandations, transmises au romancier le 20 avril 1970 par Claude Gallimard : 
"  Ce n'est pas faute de scrupules ni de bonne volonté. Le manuscrit du Roi des Aulnes a été soumis depuis le 1er janvier à :
- un médecin agrégé spécialiste des enfants
- un critique littéraire (Robert Poulet)
- un procureur de la République
- un historien allemand spécialiste du IIIe Reich
 un connaisseur en chasse et en équitation
outre bien sûr les lecteurs de Gallimard que j'ai écoutés la plume à la main.
Il en est résulté un dossier contenant des centaines d'observations et d'objections techniques et littéraires sur lequel je travaille depuis quatre mois. Il va de soi que si je tenais compte de toutes ces observations, il faudrait écrire une autre histoire - qui n'aurait d'ailleurs ni queue, ni tête". 
Prix Goncourt 1970.

28445 Romain GARY. Europa 
Paris, Gallimard, (23 mars) 1972
1 vol. (145 x 210 mm) de 372 p. et [3] f. Broché, non coupé.
3 000 €
Édition originale. 
Un des 25 premiers exemplaires sur vélin de Hollande
(n° 3).
Sur fond de quête identitaire, Gary fait état de blessures intimes, interrogeant en filigrane l'identité de cet espace communautaire balbutiant pour lequel il annonce la fin de la culture, « soluble dans l'économie de marché » : l'Europe, «... enfin, dans la mesure où elle veut dire quelque chose, c'est avant tout l'apartheid : la culture d'un côté, la réalité sociale de l'autre [...]. Elle n'a jamais su devenir ce qui aurait pu la faire naître : une concrétisation vécue de son imaginaire. » Mais Gary ira encore encore plus loin : dans sa Note pour l'édition américaine d'Europa - la traduction est l'oeuvre de Paul Audi -, il dénoncera aussi la « belle culture européenne », capable de déception et de trahison : « [...] lorsque les escadrons de la mort nazis se préparaient à mitrailler leurs victimes, les mères qui tenaient leurs bébés dans les bras étaient dispensées, pour cette raison, de creuser leur propre tombe : une telle délicatesse devait certainement relever de la Kultur. De même, quand l'armée française, au cours de la guerre d'Algérie, s'était mise à appliquer le gégène aux organes génitaux des rebelles qu'elle avait capturés, le général alors en charge avait soumis ses propres testicules à ce traitement avant de le faire appliquer aux autres - ce qui, à n'en point douter, participait également de la culture. » À sa parution, le texte fut massacré par la critique, d'aucuns laisseront même entendre que cela détermina Gary à choisir d'écrire sous le pseudonyme d'Ajar. Quoiqu'il en soit, il en fut atteint, considérant ce livre comme l'un de ses plus importants. 

28316 Michel TOURNIER. Le Nain rouge 
Montpellier, Fata Morgana, (6 octobre)1975
1 vol. (125 x 215 mm) de 55 p. et [3] f. En feuilles.
500 €
Édition originale illustrée par Anne-Marie Soulcié.
Un des 50 premiers exemplaires sur Arches, comportant 2 eaux-fortes originales signées
au crayon par l'artiste (n° 19). 
Cet exemplaire contient exceptionnellement (comme les 5 exemplaires de tête) une suite des gravures sur " papier ancien " sur vergé teinté.
Envoi signé : " pour Louis Merlin, grand du cirque, cette histoire horrible d'un petit du chapiteau. En amical souvenir, Noël 1975, Michel Tournier ".

28270 Marcel PROUST. L'Indifférent 
Paris, Gallimard, (18 janvier) 1978
1 vol. (130 x 200 mm) de 69 p. et [5] f. Broché, non coupé.
500 €
Édition originale. Préface de Philip Kolb.
Un des 81 premiers exemplaires sur vergé de hollande
(n° 12).
Parue dans une revue éphémère, cette nouvelle de Marcel Proust, oubliée de tous, a été retrouvée par Philip Kolb en 1978. Ecrite en 1893, elle fut publiée publiée dans la revue La Vie contemporaine du 1er mars 1896. L'histoire fait sans doute écho à une expérience personnelle de l'écrivain dans un bal donné par la princesse de Wagram. Il y fit la rencontre de la comtesse Greffulhe qui sera sa source principale d'inspiration pour sa duchesse de Guermantes dans la Recherche. Proust évoque cette rencontre dans une lettre datée du 28 juin 1892 adressée à Robert de Montesquiou. L'héroïne Madeleine de Gouvres, jeune veuve, se prend de passion de façon subite et inexplicable pour un homme mystérieux appelé Lepré ; on retouvera dans cette oeuvre de jeunesse bien des thèmes et des mots proustiens : les crises d'asthme, les cattleyas, l'Opéra, et surtout une étude de la cristallisation de l'amour qui est déjà celle qui sera développée dans Un amour de Swann...


28346 Alexandre JARDIN. Le Zèbre
Paris, Gallimard, (20 juillet) 1988
1 vol. (140 x 205 mm) de 204 p. et [1] f. Broché.
VENDU
Édition originale. Premier tirage - pas de grands papiers.
Envoi signé
: " Pour Arlette et Maurice Alteirac, mon [ZÈBRE] dont je partage le rêve ; et vous ? Sincèrement, Alexandre Jardin 26 nov. 88."
Gaspard Sauvage, dit le Zèbre, refuse de croire au déclin des passions. Bien que notaire en province, condition qui ne porte guère aux incongruités, le Zèbre est de ces irréguliers qui vivent au rythme de leurs humeurs fantasques. Quinze ans après avoir épousé Camille, il décide de ressusciter l'ardeur des premiers temps de leur liaison. Grâce à des procédés cocasses et à des stratagèmes rocambolesques, il redeviendra celui qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : l'Amant de Camille, l'homme de ses rêves : " Au printemps 1988, j'avais déjà écrit un premier roman [Bille en tête], et j'avais une date de remise de mon deuxième ; j'arrive à la campagne et je dis à ma mère que je viens d'écrire un livre, mais que j'ai honte, parce que ce livre ne me ressemble pas. 'Il ne te ressemble vraiment pas' ? J'ai dit non. Alors elle a pris le manuscrit et l'a jeté dans le feu. Elle l'a brûlé. Elle m'a dit ' tu ne peux pas publier quelque chose qui ne te ressemble pas'. Elle m'a mis dans une merde noire, parce que j'avais une date de remise. Et donc j'ai écrit le Zèbre en six semaines. C'est un livre de remplacement. Le point de départ a été la certitude que mon père aurait dû vivre ça. Même si dans mon roman, le zèbre est plus efficace que papa ! Pour ma part, j'ai écrit l'homme que je rêvais, et réparais par avance la médiocrité de la vie. Des dizaines de milliers de gens, voire plus, ont joué au zèbre. Si la fiction inspire notre réalité, ça vaut le coup de publier."
Prix Femina 1988.


28444 Milan KUNDERA. L'Immortalité
Paris, Gallimard, (2 janvier) 1990
1 vol. (140 x 210 mm) de 411 p., 1 et [1] f. Broché.
1 400 €
Édition originale de la traduction française - le dernier écrit par Kundera en tchèque.
Un des 91 premiers exemplaires sur vélin pur chiffon de Rives
(n° 72), seul papier.
L'Immortalité met en scène divers personnages fictifs et historiques dont Goethe, Hemingway, Rilke, Soljenitsyne, jusqu'à François Mitterrand et ses amis éditeurs, au premier rang duquel Claude Gallimard. Ce dernier avait rencontré Milan Kundera à Prague et avait ramené dans ses valises, clandestinement, le manuscrit de La vie est ailleurs. " Il est venu plusieurs fois. Et je souligne : non pas comme un entrepreneur à la recherche d'un best-seller, mais comme une grande personnalité européenne qui essayait de soutenir une culture mise à mort (...) Encouragé par Claude, j'ai achevé encore deux romans dont, l'un après l'autre, il a rapporté les manuscrits avec lui à Paris. Claude Gallimard l'a compris et, à sa façon, fine, presque timide, il nous a encouragés, ma femme et moi, à émigrer [...]. Les années ont passé depuis, et c'est Antoine, le fils de Claude, qui continue cette superbe tradition centenaire, unique en Europe, unique au monde". Les prochains titres publié de Kundera quitteront la collection « Du Monde entier » pour rejoindre la « Blanche ». 

28443 Milan KUNDERA. Les Testaments trahis
Paris, Gallimard, (7 septembre) 1993
1 vol. (150 x 220 mm) de 324 p., [2] et 3 f. Broché, non coupé.
1 500 €
Édition originale. 
Un des 50 premiers exemplaires sur vergé de Hollande
(n° 29).
Les Testaments trahis est un recueil de neuf essais sur l'art ; la littérature et la musique, avec comme thème principal celui de l'art romanesque : l'esprit de l'humour dont il est né, ses liens avec la musique, et ce que Kundera nomme la sagesse existentielle du roman. Entre un éloge critique de Kafka et une renaissance de Stravinsky qui fait palpiter sa magnifique musique, Kundera en appelle à l'art de Rabelais, Rushdie, Stravinsky, Beethoven, Broch, Kafka, Musil, Mann, Hemingway, Faulkner ou Chamoiseau. Le recueil a reçu, en 1996, le prix de la Société des compositeurs américains pour le « meilleur livre écrit sur la musique » 

28442 Milan KUNDERA. La Lenteur
Paris, Gallimard, (19 décembre) 1994
1 vol. (145 x 210 mm) de 153 p. Broché.
1 500 €
Édition originale. 
Un des 50 premiers exemplaires sur vergé blanc de Hollande
(n° 49).
En préfaçant sa pièce de théâtre, Jacques et son maître, Milan Kundera écrivait : « Quand la pesante irrationalité russe est tombée sur mon pays, j'ai éprouvé un besoin instinctif de respirer fortement l'esprit des Temps modernes occidentaux. Et ils me semblaient n'être concentrés avec une telle densité nulle part autant que dans ce festin d'intelligence, d'humour et de fantaisie qu'est Jacques le Fataliste. ». Choderlos de Laclos, comme Vivant Denon ou Denis Diderot, appartiennent à ce XVIII ème siècle français cher à l'auteur tchèque. Présents en filigrane dans ce roman fable qu'est La Lenteur, leurs fantômes s'opposent par le raffinement de leur libertinage à l'impuissance grossière de la société médiatique, cible principale visée par Kundera. Brillant. 

28370 [PRIX GONCOURT] | Patrick RAMBAUD. La Bataille 
Paris, Grasset, (août) 1997
1 vol. (130 x 205 mm) de 301 p. et [2] f. Broché.
800 €
Édition originale. 
Envoi signé
: " Pour Maurice et Arlette [Alteirac], en leur souhaitant un bon voyage en 1809. Patrick Rambaud ". 
« Là, j'entreprends de vous initier à toutes les horreurs, à toutes les beautés d'un champ de bataille... Des canons, des chevaux, deux armées, des uniformes ; à la première page, le canon gronde, il se tait à la dernière. » Ainsi Balzac évoque-t-il son projet de consacrer un roman à la bataille d'Essling, qui opposa en 1809, près de Vienne, les Autrichiens à la Grande Armée de Napoléon. Balzac mourut sans nous donner sa Bataille, mais Patrick Rambaud, près de 160 ans plus tard, nous livrera la sienne, immergeant son lecteur au coeur de l'affrontement qui coûta la vie à près de 40 000 hommes, sans oublier les 15 mutilés : Essling, c'est trente heures de combat et la première grande hécatombe de la guerre moderne, et le premier vrai revers de Napoléon. Rambaud, comme Balzac, voulait donner à entendre la guerre, dans toute son horreur et aussi, paradoxalement, dans la beauté et le courage des hommes. C'est totalement réussi et assurément l'un des grands romans de 1997, couronné - pour la toute première fois - d'un rare doublé : Grand Prix du roman de l'Académie française puis prix Goncourt ! 
Seul Jonathan Littell, avec
Les Bienveillantes réussira ce nouveau doublé, en 2006.
Excessivement rare en premier tirage et envoi. 





Vous retrouverez notre prochaine " Bonnes feuilles " en septembre prochain, en même temps que le catalogue (déjà en préparation) pour l'édition 2022 du Salon du livre rare au Grand Palais Éphémère, du 23 au 26 septembre 2022. Une édition pleine de surprises et de nouveautés !