Paris, chez l'éditeur, [Houssiaux], [août] 1851
1 plaquette (130 x 195 mm) de [5] f. Broché, couverture crème  illustrée, chemise et étui papier (moderne).

Rarissime tirage de première émission, dans une pagination à 12 pages : la couverture est bien celle du premier état, imprimée dès avril 1851 pour la première livraison. Cette couverture contient une faute à la parenthèse non fermée au sous-titre [poésie et musique)], elle est de couleur crème (et non rose), avec le cartouche vierge par défaut : imprimée à grand nombre, elle portera l'adresse des différents libraires dépositaires : Martinon sera le principal, rue du Coq-saint-Honoré, mais on trouvera aussi Lécrivain et Toubon, Dutertre, Havard, Ledoyen, Giret, Bellue fils (à Marseille),... Au gré de la livraison des éditions, l'éditeur (il s'agit d'Houssiaux, rue de L'École-de-médecine) appliquait dans le cartouche le détail de la livraison, ce qui permettait l'utilisation des couvertures vierges à différentes dates pour n'importe quel contenu, nouveau ou ancien.
Les retirages de ces couvertures de livraisons, une fois les premières épuisées, seront faites sur un papier rose, puis corrigeront la faute de la parenthèse, puis annonceront, pour les dernières livraisons, en dernière page, l'édition Voltaire-Rousseau. Quelques variantes du bois gravé à signaler, en remplacement de celui de Pisan. 
Le texte de Baudelaire constitue la vingtième livraison des Chants et Chansons de Pierre Dupont : un recueil de chansons politiques - mais aussi des pastorales et des chants dits "symboliques", qui forme une détonante vision sur les événements de 1848, vus par un écrivain engagé. Socialiste, Pierre Dupont fut avant tout connu pour avoir été le chansonnier de la Révolution de 1848. Fils d'artisans de Provins, il fut racheté de la conscription par cette ville, qui lui fournit les moyens d'éditer ses premières oeuvres dès 1842. Il évoquait dans ses oeuvres la vie et le labeur des paysans et ouvriers, son travail mêlant à la fois des pastorales, des chants dits « symboliques » et des chansons politiques.
Ses Chants des ouvriers constituèrent un véritable hymne à la Révolution de 1848 et le Chant des paysans, fortement hostile à Napoléon III, lui valut d'être condamné à trois années de déportation.
Baudelaire admira beaucoup ce « poète qui se met en communication permanente avec les hommes de son temps ». Dans sa préface, le poète dit du chansonnier Dupont : « Raconter les joies, les douleurs et les dangers de chaque métier, et éclairer tous ces aspects particuliers et tous ces horizons divers de la souffrance et du travail humain par une philosophie consolatrice, tel était le devoir qui lui incombait, et qu'il accomplit patiemment ». Ou encore « Ce sera l'éternel honneur de Pierre Dupont d'avoir le premier enfoncé la porte. La hache à la main, il a coupé les chaînes du pont-levis de la forteresse ; maintenant la poésie populaire peut passer ».
Rare exemplaire en fascicule broché, tel que paru, à toutes marges.
Il est complet du portrait gravé de Pierre Dupont placé en frontispice, d'après un dessin de Gigoux et gravé sur acier par Charles Colin. Il a été tiré et imprimé chez Furne fils et Delamain, rue gît-le-coeur.
Toutes les couvertures des livraisons seront imprimées, quel que soit le tirage, chez Martinet, avec mention de ce dernier en quatrième de couverture. Elle portent toutes la gravure au médaillon dessinée par T. Johannot et gravée sur bois par Pisan en tête (sauf quelques livraisons qui diffèrent avec une autre bois, bien décrites par Vicaire). C'est également ce même imprimeur Martinet qui se chargera d'imprimer les feuillets de texte, soit 8 pages chiffrées 1-8, à la suite du portrait, pour la version finale : le verso de la couverture contient un "Avis aux souscripteurs", la dernière les "Conditions de la souscription".
Ces 8 pages de la  sur Pierre Dupont de Baudelaire seront reprises à l'identique pour l'édition en volume (Vicaire, III, 516).
Notre exemplaire est la véritable première version imprimée de la Notice sur Pierre Dupont, dont on ne connaît qu'une poignée d'exemplaires à ce jour :
- Elle ne contient pas encore l'avis au souscripteurs, qui s'ajoutera postérieurement au verso de la couverture dans les exemplaires destinés aux livraisons : le verso de la couverture Martinet est ici blanche, non imprimée de cet "avis" ;
- La pagination de la notice n'est pas imprimée (1-8) ; elle se compose ici de 6 feuillets de texte (au lieu de 4), soit 12 pages à la suite du portrait (au lieu de 8), donnant donc une composition  différente. Le texte est identique, mais la signature de Charles Baudelaire diffère, en cela qu'elle apparaît seule en fin, détachée et sans mention de l'imprimerie Martinet.
- La note de bas de page du feuillet précédent est également plus détaillée(1) Avertissement aux propriétaires, 1842 (in-12 Garnier), p. 97 deviendra (1) Avertissement aux propriétaires dans l'édition définitive de la Notice. On notera également quelques autres différences d'ordre typographique ; pour le reste, le texte de Baudelaire est identique. Dans notre exemplaire, une main anonyme a porté à l'époque, à la plume, la pagination (2-11) des feuillets du texte de Baudelaire.
Cette version ne semble pas avoir été diffusée : l'absence de l'avis aux souscripteurs lui enlève d'une part son caractère informatif et commercial, et le recomposition de 12 à 8 p. a sans doute permis une économie de papier ; l'absence de pagination signifie quant à elle une version sans doute "non aboutie" typographiquement. Les livraisons commercialisées le sont enfin au format in-8, massicotées à la taille de la couverture : notre exemplaire est lui à toutes grandes marges des feuillets de texte. Cet état n'est décrit par aucune des bibliographies de référence, qui citent toutes la pagination en 8 p. chiffrées.
La couverture est, faussement, donnée comme rose par Carteret, Clouzot et Oberlé (elle doit être de couleur crème) ; seul Vicaire mentionne l'existence de couvertures "non imprimées sur les plats extérieurs"; selon lui destinées à prendre place en tête du tome premier pour l'édition en volume. Elles ont pu être faites à cet usage. En revanche, aucune des bibliographes ne signale la faute à la parenthèse, ni les variantes du bois gravés de Pisan en tête. Elles permettent pourtant de situer l'édition, quand l'exemplaire contient encore sa couverture.
Carteret I, 117 (en donnant l'adresse de Lécrivain, la couverture rose et une collation de 8 p.) ; Clouzot, p. 43 (reprenant Carteret) ; Oberlé, Poulet-Malasis, 223 (adresse de Martinon et couverture rose, en 8 p. également) ; Vicaire, 516-518.
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