Paris, E. Dentu, 1861
1 vol. (115 x 183 mm) de 1 f., 70 p. et 1 f. Demi-veau marron, dos à nerfs, titre doré (reliure de l'époque).

Édition originale.
« Plaquette très rare » (Carteret) et dernier grand texte critique de Baudelaire, Richard Wagner et Tannhäuser à Paris revient sur la cabale qui a fait retirer de l'affiche après seulement trois représentations l'opéra du maître allemand. 
Document de premier ordre, qui est une véritable étude sur Tannhäuser et qui démontre que le poète a compris, plus que beaucoup d'autres, toute la portée et le sens du drame wagnerien. « Soixante pages essentielles », pour reprendre les termes de Dauriac. L'article reproduit textuellement plusieurs phrases de la fameuse lettre du 17 férier 1860 adressée par le poète à Wagner : son admiration ne connut en effet plus de borne après la série de concerts que le compositeur donna au Théâtre-Italien en janvier-février 1860.

Mais c'est après sa rencontre avec Wagner, et en réaction à l'échec de Tannhaüser à l'Opéra (les 13, 18 et 24 mars) 1861, que le poète décida d'écrire le présent éloge, dithyrambique. La lettre semble être au premier abord un cri de reconnaissance « je vous dois la plus grande jouissance musicale que j'aie jamais éprouvée ». il pousse même la déférence jusqu'au reniement national : « ce cri pouvait avoir une valeur d'un genre singulier quand il venait d'un Français, c'est à dire d'un homme bien fait pour l'enthousiasme et né dans un pays où l'on ne s'entend guère plus à la poésie et à la peinture qu'à la musique ». 
L'article sera publié dans La Revue européenne du 1er avril 1861 sous le titre Richard Wagner : Baudelaire avait promis à Lacaussade (l'ancien secrétaire de Sainte-Beuve et traducteur d'Ossian) un article de 25 pages, qu'il avait douze jours pour composer : « rien n'est prêt pour l'échéance, et c'est aux dernières heures, assailli, bousculé, - à l'imprimerie Panckoucke même où toute une journée on l'enferme - que fébrilement il couvre un à un ses feuillets, tout enflammés d'ardeur vengeresse contre la sottise épanouie des foules» (Adolphe Tabarant, La Vie artistique au temps de Baudelaire, p. 291).
Si « [s]a brochure sur Wagner, oeuvre de circonstance très méditée » est une commande, c'est aussi le dernier grand texte critique de Baudelaire, écrit en 3 jours dit-il à sa mère et médité « de longs mois » : « Je suis en train de faire un grand travail sur la Musique de Wagner, chose rude pour moi. » (lettre à Mme Aupick du 28 avril 1860). Il en sera récompensé : Richard Wagner lui écrira le 15 avril 1861 pour le remercier chaleureusement : « Mon cher monsieur Baudelaire ! J'étais plusieurs fois chez vous sans vous trouver. Vous pensez bien combien je suis désireux de vous dire quelle immense satisfaction vous m'avez préparée par votre article qui m'honore et qui m'encourage plus que tout ce qu'on a jamais dit sur mon pauvre talent. Ne serait-il pas possible de vous dire bientôt, à haute voix, comment je m' ai (sic)senti enivré en lisant ces belles pages qui me racontaient, comme le fait le meilleur poème - les impressions que je me dois vanter d'avoir produites sur une organisation si supérieure que la vôtre ? Soyez mille fois remercié de ce bienfait que vous m'avez procuré, et croyez-moi bien fier de vous pouvoir nommer ami. A bientôt, n'est-ce pas ? Tout à vous, Richard Wagner ».
Bel exemplaire, très pur et grand de marge (hauteur : 183 mm), en reliure d'époque soignée -  condition rare. 
Carteret Romantique I, 127 ; Clouzot 27 ; Lhermitte 64 ; Vicaire I, 346 ; Barioz, Bibliographie wagnérienne, p. 95.
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