S.l., « 9 novembre 1915 »
2 page in-12, à l'encre, signée.
Magnifique lettre à Lou, envoyée du front - et l'une des deux seules écrites à Lou en novembre 1915 : 
« Je te félicite d’être amoureuse et de mener une vie intéressante. Toutou m’a écrit une lettre très gentille. Ce que je fais ? Je tire des coups de canon. Jamais je n'aurais cru que je participerai à la plus grande bataille d'artillerie de tous les temps (…) J'ai le culot qui n'est pas boche je crois de me trouver le sous-officier qui s'embête le moins, bien que nous soyons dans la région la plus déserte du front puisque c'était un désert même avant la guerre…". 
Le poète rencontre Louise de Coligny-Châtillon, qui lui est présentée par un ami, dans un restaurant niçois. Sa déclaration d'amour, dans une lettre datée du 28 septembre 1914, commençait en ces termes : « Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d'hier soir, j'éprouve maintenant moins de gêne à vous l'écrire. Je l'avais déjà senti dès ce déjeuner dans le vieux Nice où vos grands et beaux yeux de biche m'avaient tant troublé que je m'en étais allé aussi tôt que possible afin d'éviter le vertige qu'ils me donnaient. » Si ils rompent en mars de l'année suivante, ils entretiennent ensuite une correspondance quasiment quotidienne, Apollinaire espèrant la reconquérir. Les deux amants se seront vus à Marseille le 28 mars 1915, date de leur rupture. Touché bien plus qu'il ne veut le montrer, Apollinaire se porte alors volontaire au prochain départ pour le front. Devenu le fiancé de Madeleine Pagès, ses lettres se feront, à partir de l'été, plus rares - jusqu'à la dernière, datée du 18 janvier 1916. 
Apollinaire évoque ici Toutou, "Toutou" à Baccarat, et est heureux de sa " lettre très gentille" , qui vient équilibrer une précédente, de juin, où Apolliaire fut chagriné que Toutou le prenne « pour un soldat en carton et se moque un peu de moi ». Ce "toutou", c'est Charles Cousin, fils d'un notaire honoraire de Sedan, qui habite Baccarat, de deux ans son cadet. Ami de coeur et de corps, elle ne s'en éloigna jamais, et est enterrées à ses côtés. Apolliaire l'a toujours senti, plus encore après la rupture, et se réjouit même ici qu'elle soit amoureuse, la félicitant de mener une "vie intéressante". 
La correspondance amoureuse à Louise de Coligny-Châtillon, représente 220 lettres et 76 poèmes, souvent inclus dans les lettres.
Apollinaire, Lettres à Lou, p. 522, éd. 1990.
      
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