La Guerre des boutons
Un des 19 premiers exemplaires sur vergé de Hollande (n° 19)
« Cy n’entrez pas, hypocrites, bigotz » : l’apostrophe de Rabelais que place Pergaud en exergue donne le ton du propos, et le romancier revendique d’avoir fait un « livre sain », à la fois « gaulois, épique et rabelaisien où coulât la sève de la vie » ; un livre de souvenirs d’enfance, qui retrace les faits d’armes de deux bandes de galopins, l’une menée par le grand Braque, de Longeverne ; l’autre, dirigée par l’Aztec des Gués, de Velrans. Le butin de guerre des deux armées rivales, fait de boutons de culotte et de lacets de souliers, sera disputé sans cesse, férocement.
Là où le roman publié en 1912 situait les beugnées forestières dans les années 1890, Yves Robert, pour son adaptation au cinéma de 1962, en donnera une narration contemporaine à l’heure de la « fin des paysans », imaginant que Lebrac s’enfuit et vit quelque temps dans les bois, poursuivi par les honnêtes gens qui lui font la chasse. Caché dans un chêne que les bûcherons abattent, il tombera en criant : « Vive la liberté ! ». Placé en maison de correction, il retrouve L’Aztec et fait la paix. La « République des enfants » pressentait la fin de l’état de grâce : « Dire que, quand nous serons grands, nous serons peut-être aussi bêtes qu’eux. » Ajoutons que la célèbre phrase» Ah ben mon vieux, si j’aurais su, j’aurais pô v’nu ! » n’est pas présente dans le roman de Louis Pergaud mais qu’elle a été inventée pour le film
Mobilisé en août 14 dans l’armée française comme sous-lieutenant à Verdun, Pergaud servit en Lorraine sur le front Ouest. Le 7 avril 1915, son régiment lança une attaque contre les lignes allemandes : Pergaud, piégé dans les barbelés, est blessé par balles. On croit maintenant que plusieurs heures plus tard, les soldats allemands seraient venus à son secours, et l’auraient emmené avec quelques-uns de ses camarades dans un hôpital provisoire, situé à Fresnes-en-Woëvre, dans la Meuse, qui fut détruit par un tir de barrage de l’armée française. Son corps et ceux de ses camarades ne furent jamais retrouvés et Pergaud ne dispose toujours d’aucune sépulture. Une stèle rappelle sa mémoire à Fresnes, tandis que les deux villages du Doubs qui furent les sources de son roman, Landresse et Belmont, ont porté son nom sur le monument aux morts ! Ultime hommage des deux communes à l’auteur de la luttre fratricide de La Guerre des boutons.







